dimanche 7 août 2005

Ciné-o-logismes : Backstory

Ceci est la première entrée de la série ciné-o-logismes consacrée au vocabulaire, voire du jargon, propre au cinéma. Vos suggestions sont les bienvenues !

Il n'y a pas d'équivalent simple en français pour ce terme qui a une signification très précise du côté d'Hollywood. Intrigué par le succès du mot dans les médias, avec une connotation plus large (souvent sous la version back story), William Safire a fait une recherche lexicographique très bien résumée par ces mots de son rédac-chef Gerald Marzorati :
''My understanding is that the phrase is mostly (though not exclusively) used in Hollywood to describe the potted history and biography of, respectively, the narrative and the characters that will have to be worked into the film -- carefully, as not to bog down the unfolding of the edge-of-the-seat stuff that moviegoers have paid their 10-plus bucks for.''
Je soupçonne que le succès de ce terme de backstory remonte l'âge d'or de l'Actor's studio dont les adeptes avaient besoin de se plonger dans la psychologie complexe d'un personnage. William Safire suggère que c'est juste un mot à la mode pour parler du background, l'arrière-plan émotionel et narratif d'un personnage ou d'une situation.
Effectivement le terme prend vite des allures de recette marketing pour donner de la profondeur à une situation : qui n'a jamais rit devant un film américain où l'action se calme pour laisser la place à un petit monologue bien lourdaud sur le trauma d'un personnage ? Regardez Die Hard : on a la backstory de John McLane très bien présentée dans la première partie du film (exposition) mais on nous bassine plus loin avec celle du flic noir (une histoire de bavure, tu l'as dit). A l'inverse une backstory peut donner lieu à des grand moments de cinéma quand elle s'intègre parfaitement à l'histoire et à son rythme (je pense notamment au monologue de l'USS Indianapolis dans Jaws).

En amont un scénariste peut s'astreindre à écrire des petites bios de ses personnages pour mieux les sentir lors de l'écriture, mais la logique du truc ce n'est pas de pondre la Comédie Humaine, juste de développer des idées qui viendront soutenir des conflits, éventuellement la résolution, de l'histoire principale. Ça c'était le petit coup de canif aux prétentions artistiques de beaucoup trop de monde en France.
Chez les américains c'est l'excès inverse qui domine : le productivisme. On avait une bonne backstory dans un film qui a marché ? Faisons une prequel, détaillons à l'extrême ce qui était efficacement suggéré. Exemple typique de la backstory surexploitée : dans Star Wars (1977) Obi-wan expliquait à Luke que Darth Vador avait combattu avec son père lors d'une mystérieuse mais évocatrice 'guerre des clones'. Devant le succès George Lucas s'est empressé de taper dans ce genre de backstory pour nous assommer avec Anakin Skywalker, sa vie, son oeuvre, sans trop se soucier de la cohérence dans l'esprit entre les deux trilogies. En revanche on a échappé à une prequel de Jaws centrée sur le personnage de Quint (le vieux loup de mer) et sa fascinante backstory dont je parlais plus haut (faut dire que dans cette franchise le personnage central c'est le requin).
Enough is enough, je ne m'abaisserai pas à reparler de Batman 0.


Toujours dans le NYT Magazine de ce dimanche une analyse très pertinente sur la pub au cinéma (et en général) et un comparatif lumineux entre Wedding crashers (Serial noceurs en vf) et Broken Flowers par le critique en chef du journal.
Et encore : un long article sur des accros à la Xbox qui font des films en scénarisant des parties de Halo (pas lu).

2 commentaires:

Jordon Hillard a dit…

Thanks so very much for taking your time to create this very useful and informative blog.

viktor a dit…

Thanks for taking the time to leave a kind comment)