samedi 27 août 2005

The Path of the Righteous Director

Virer un réalisateur en France c'est un sacrilège (sauf si on s'appelle Besson et qu'on emploie des tâcherons pas assez maléables) puisque le réalisateur est aussi un sacro-saint auteur qui sait parfaitement ce qu'il fait (même s'il est le seul à le comprendre). Aux Etats-unis où le producteur a l'entière responsabilité des énergies créatives qu'il va réunir (je ne dis pas que c'est nécessairement mieux mais c'est une approche moins prétentieuse du cinéma) ça arrive tous les jours. De fait se rendre compte de différences créatives avant le tournage c'est exactement la même chose qu'éviter une erreur de casting.
Quelle vision du projet doit prévaloir ? Soit le producteur est à l'origine du projet (même dans le cas où il achète un lot scénar/réal) et il définit les règles du jeu, soit il a entre les mains un véritable auteur (et son équipe créative, j'insiste) auquel il donne carte blanche.

Petit retour sur quelques exemples historiques et emblématiques dans le NYT de dimanche :
Renny Harlin, who is better known for blood than philosophy, [was hired after Paul Schrader had already cut his Exorcist prequel] to reshoot the film in its entirety. A year after Mr. Harlin's version opened to tepid reviews and slow box office, Mr. Schrader called in some favors, and finished production on his version. In May, Morgan Creek released "Dominion: Prequel to the Exorcist" as a Paul Schrader film. The "Dominion" DVD comes out this October, providing more vindication for Mr. Schrader, and perhaps further embarrassment to the executives who fired him. No matter. "You never underestimate the power of greed," Mr. Schrader said. "When greed comes face to face with hubris, greed tends to win."

2 commentaires:

Marie Guyot a dit…

Le système de production états-unien est effectivement moins prétentieux que le cinéma d'auteur français (n'oublions pas qu'en France aussi, pour certains films, le producteur ou les acteurs comptent plus que le réalisateur lui-même), et cela s'explique sans doute parce que le second se veut plus intellectuel : héritiers d'un mouvement qui a été théorisé (la Nouvelle Vague), les auteurs français s'inscrivent volontairement dans une démarche où la réflexion est affichée.
Je ne suis pas une fan des films qui s'écoutent penser et se regardent le nombril, mais je préfère tout de même une approche prétentieuse du cinéma, qu'une approche économique, car il ne faut pas oublier que le cinéma est un art.

viktor a dit…

Pour détailler mon point de vue sur la question je te dirais que le mot d’auteur n’a rien à faire au cinéma. Un bouquin, un tableau, une partition peuvent avoir un ou des auteurs, mais au cinéma il faut vraiment être prétentieux pour se proclamer auteur d’un film. Qui peut se proclamer assez brillant pour réunir une équipe qui n’aura plus qu’à faire ce qu’il a en tête (pour autant qu’il arrive à l’exprimer) ? Hitchcock ne s’est jamais pris pour un auteur avant que la critique française ne vienne lui expliquer qu’il était un génie méconnu.
Malheureusement c’est là le plus lourd héritage de la Nouvelle Vague : perpétuer la croyance que scénariste et réalisateur sont séparément de vulgaires métiers techniques mais que regroupés dans un même cerveau ça suffit à faire un auteur tout beau tout chaud. Oui théoriquement c’est joli (ça convient parfaitement à un programme scolaire) mais ça contribue à gonfler les egos dans un milieu qui n’en a pas vraiment besoin et ça entretient une énorme hypocrisie économique spécifique au cinéma français. En gros (je ne veux pas m’étaler sur le sujet) tu devient auteur à la française après deux succès d’estime avalisés par le CNC (je veux dire que tu y as des soutiens) et tu peux continuer à faire tes films subventionnés pour un public confidentiel : c’est bien de cracher sur l’argent, mais il vient bien de quelque part et ne pas avoir à rendre de compte est certainement l’attitude la plus malhonnête qui soit. Sans compter que le fait que la pige scénario a aussi sa logique financière pour un réalisateur : cumuler les droits d’auteur et surtout (grosse hypocrisie française) se payer une grosse part de salaire exemptée de charges sociales (part scénariste).

En conclusion si qq1 a vraiment des trucs à raconter sur grand écran il lui suffit de trouver des financements. Si c’est trop sale ou trop dur pour lui c’est sûrement que sa volonté n’arrive pas au niveau du talent qu’il croit avoir.