mardi 12 mai 2015

Liste de films préférés/conseillés, par Scorcese

L'an dernier on m'a signalé cette liste de "39 films essentiels" que Scorcese a dressé à la demande d'un étudiant en cinéma :
  • Nosferatu *
  • Metropolis
  • Dr Mabuse, le joueur *
  • Napoléon
  • La Grande illusion
  • La règle du jeu
  • Les enfants du paradis *
  • Rome, ville ouverte
  • Paisa
  • La terre tremble
  • Le voleur de bicyclette *
  • Umberto D
  • La belle et la bête
  • Tokyo story
  • Ikiru
  • Les sept samourais *
  • Ugetsu
  • L'intendant Sansho
  • Par delà le ciel et l'enfer *
  • Le pigeon
  • Rocco et ses frères
  • Les 400 coups
  • Tirez sur le pianiste
  • A bout de souffle
  • Bande à part
  • Le fanfaron
  • L'avventura
  • Blow up
  • Avant la révolution
  • Le boucher
  • Week-end
  • La mort par pendaison
  • Le marchand des quatre saisons
  • Tous les autres s'appellent Ali
  • Le mariage de Maria Braun
  • Au fil du temps
  • L'ami américain
  • L'énigme de Kaspar Hauser
  • Aguirre, la colère de Dieu
Le jeune homme n'avait entendu parler d'aucun de ces films (il avoue n'avoir aucune connaissance du cinéma étranger). Même pas Les sept samourais ou Métropolis qui doivent figurer en bonne place dans n'importe quelle encyclopédie du cinéma ? Bref le gars a eu une sorte de révélation que le cinéma ne se limitait pas au cinéma américain. Autant dire que pour des yankees moins passionnés par le 7ème art et donc moins ouverts d'esprit sur le sujet l'idée de films étrangers ne doit jamais apparaître sur l'écran radar. (cette constatation étourdissante quoique triviale vous a été offerte par le centre national pour la défense de l'exception culturelle bien de chez nous, merde quoi).

Jusqu'à Rocco et ses frères je suis largement Scorcese : on a là une sacrée belle liste (excluant le ciné US donc) de cinéphile. A partir de la Nouvelle Vague je décroche. Je n'ai jamais trouvé aucun film de Truffaut ou Godard particulièrement impressionnant. Truffaut a recréé l'académisme qu'il avait conchié dans ses critiques virulentes des vieux réalisateurs (y compris Clouzot, on croit rêver !), mais le terrorisme de la pensée artistique prétentieuse en diable n'a jamais trouvé meilleur spadassin que Godard (ah, j'entends déjà les louanges qu'on va lui tresser à sa mort... en Suisse probablement).

Et puis je dois avouer que j'ai vu peu des films cités par la suite, même si je sais plus ou moins qu'ils existent. Fassbinder ou Wenders, je ne me suis jamais décidé à entamer le morceau. Là, comme ça, j'ai un préjugé d'intellectualisme dans la droite lignée de ce que la Nouvelle Vague à ouvert comme vanne à un charabia tautologique pour tenter de recréer à tout prix le langage cinématographique et en faire un instrument d'éducation des masses. Werner Herzog, je ne connais justement que son remake de Nosferatu : très empesé. Quand j'y repense je trouve ridicule cette prétention qu'ont certains de refaire avec des moyens modernes ce que d'autres, autrement talentueux, ont créé de manière mémorable avec une palette technique 100x plus limitée.

J'ai signalé par une astérisque les films que je mettrais volontiers dans ma propre liste. Et j'y ajouterais notamment comme films importants :
  • Fantomas (Le mort qui tue, le policier apache) : les plans sont encore très fixes mais Feuillade compose admirablement ses tableaux. Fritz Lang en a manifestement beaucoup appris pour créer son Dr Mabuse, autre génie du mal.
  • Les trois lumières (moins grandiloquent que Métropolis, plus dans la poésie que dans la science-fiction)
  • M le maudit (Fritz Lang intègre directement le nouveau paramètre du son pour faire un chef d’œuvre, c'est doublement impressionnant)
  • Rashomon
  • Le salaire de la peur
  • Les fraises sauvages (difficile de choisir un Bergman, mais c'est celui qui m'a le plus fait un choc)
  • La dolce vita (comment ne pas préférer la symphonie Fellini aux petites histoires lourdingues des la Nouvelle Vague ?)
Et puis je suis obligé de compléter avec une liste de films américains :
  • La ruée vers l'or (difficile de choisir un seul Chaplin aussi...)
  • Scarface (qu'on ne me fasse pas l'insulte de parler de l'ignoble remake avec Pacino)
  • To be or not to be
  • Eve (All about Eve)
  • Scaramouche
  • Certains l'aiment chaud
  • Psychose
  • 2001, l'odyssée de l'espace
  • Orange Mécanique 
  • Les dents de la mer
  • Les aventuriers de l'arche perdue
  • The thing
  • Le nome de la rose
  • Casino
Ce choix d'un film de Scorcese en étonnera peut-être plus d'un. Ragging Bull est excellent, Les Affranchis aussi, Taxi Driver est sacrément fascinant, mais j'ai un faible pour Casino. Le côté "chute de l'empire romain à l'époque du consumérisme effréné" peut-être...

C'est triste en pensant à ce film que Scorcese n'a pondu que des boursouflures avec di Caprio depuis, les Infiltrés étant ce qu'il y avait de plus réussi et il fait pourtant pale figure face à l'original (Infernal Affairs) qui n'atteint pourtant pas le rang de chef d’œuvre.

Les listes doivent bien s'arrêter quelque part. Celle de Scorcese s'arrête poliment au moment où il entre dans l'arène des réalisateurs en vue. La mienne s'arrête au moment où j'ai enfin pu consommer des films à un rythme satisfaisant (merci les salles parisiennes), une cinéphilie ouverte où j'ai appris à ne pas trop attendre des films récents. Un peu de divertissement. Alors forcément difficile d'être impressionné.

dimanche 1 mars 2015

Kingsman Vs. James Bond

Matthew Vaughn annonçait lui-même regretter les James Bond d'avant : avant Daniel Craig et son incarnation froide et compassée, et même avant Pierce Brosnan, aux antipodes, décontracté et sans envergure. C'est un peu l'argument principal qui m'a vendu le film, parce que pour le reste je suis allergique à cette tendance du cinéma loufoque où l'action et la violence sont mélangés dans une vaste gaudriolle. Tarentino a, malheureusement, ouvert la voie. Je trouve personnellement que son talent est totalement bouffé par l'attirance pour l'action et la violence comme spectacle ultime. C'est parfois bien sous contrôle (bien mis en scène), mais déjà dans Reservoir Dogs (scène de torture "Allo ?") puis dans Pulp Fiction (le coup de feu qui part tout seul sur la banquette arrière) la violence extrême est stylisée, ramenée au rang d'artifice narratif. Mais si j'ai pu apprécier, malgré tout, les premiers Tarantino, les productions de Matthew Vaughn m'ont toujours débecté. Lock, Stock and Two Smoking Barrels (Arnaques, crimes et botanique - bravo le titre en vf...) et Snatch de Guy Ritchie (tiens il fait encore du cinéma depuis qu'il est divorcé de Madonna ?), et Layer Cake qui est une ressucée de Snatch avec un Daniel Craig totalement à la rue avec son air impassible dans ce film qui est censé se situer au 42ème degré de l'humour britannique. Hé bien justement Kingsman est du même tonneau (fumant), à part que le casting ne fait pas l'erreur d'inclure des mecs incapables de distanciation comique (ceci dit je doute que Matthew Vaughn soit un énorme directeur d'acteur, donc je n'accable pas complètement Daniel Craig). Les James Bond qui sont évoqués par le réalisateur (et directement dans le dialogue) restent tout de même largement ancrés dans la réalité. Que 007 exécute des cascades extraordinaires plusieurs fois en moins de 2h, ça reste dans le domaine de quelques chose de réalisable dans l'absolu même si improbable. Le cinéma sait jouer avec l’invraisemblable : il étire les limites de la réalité que l'on connaît, mais doit garder un pied dans la réalité (ce principe du référentiel nécessaire est évoqué par Howard Hawks dans l'analyse du flop de Bringing Up Baby - L'impossible Monsieur Bébé en 1938). Dans Kingsman ces limites sont étirées bien au-delà du "raisonnable" puisque on tombe dans le parti-pris de la grosse farce. Je n'aime pas me faire moralisateur et théoricien du cinéma, mais en vieux cinéphile je trouve que lorsque la frontière de l'invraisemblable n'est pas assez savamment travaillée, lorsqu'on part dans le délire pur, les personnages deviennent alors des personnages de papier, sans substance. Personnellement je n'ai plus peur pour le héros si tout est possible. Où est le suspense quand il peut liquider les doigts dans le nez une demi-douzaine de malfrats dans une seule pièce en moins de 2 (Boileau remixé) ? Cet exemple est symptomatique du manque de travail de fond : on refourgue la même scène d'action, dans des contextes différents, à 3-4 endroits du film. Le kidnapping en Argentine, le Pub, l'église (quelqu'un a compté ?) et l'assaut final (plus dans une seule pièce mais justement totalement déboussolé pour le sens de l'urgence et du risque réel encouru par notre gentil héros). Ça se veut vachement réfléchi comme travail mais c'est en fait du travail de poseur. Par rapport à un film bourrin de série B (avec nettement moins de budget effets spéciaux donc) la prétention est énorme. Et c'est là mon reproche majeur au Tarantino d'après Jackie Brown : tomber dans la facilité. De l'action stylisée jusqu'à l'overdose comme manifeste d'un style propre. Pour moi on déraille dans le parodique qui est justement le refuge des cinéastes peu assurés de leur talent. Au lieu de bosser à faire une histoire solide qui tient la route, on se dit qu'on va grossir le trait et que rien ne sera sérieux, comme ça s'il y a un défaut on dira que c'est fait exprès, banane, t'as rien compris c'est le style du film. Pour finir sur Kingsman, je doute qu'une démarche fondamentalement aussi je-m-en-foutiste puisse aller loin : quand on construit un chateau de sable, on trouve que le suivant n'a rien d'original par rapport au (souvenir du) premier et on s'en lasse (s'enlisse ?) très vite. Jouer dans la cour des James Bond c'est avant tout construire un personnage principal et personnages secondaires qui ne sont pas de simples marionnettes. Raconter une histoire qui tient la route et qui n'est pas une vague enfilade de séquences dont on finit par oublier si le lieu est important. De même bâtir un univers purement imaginaire ça demande beaucoup de boulot. Fantastique, science-fiction : là on est dans des genres où on ne peut pas tricher. Mais il faut avoir le courage d'explorer le genre.

lundi 11 août 2014

Aménager la chèvre, la choucroute et le pirate

"Et vous qu'avez-vous fait contre le piratage ?" C'est en substance cette rengaine obligée face aux pouvoirs publics que Jean Labadie a adressé à la Ministre de la Culture. Le personnage, discret dans les medias et efficace dans son domaine a enchainé les succès à partir de ses années Mk2, à la tête de Bac Films, Mars Distribution et au lancement de sa propre société de distribution : Le Pacte. Et puis les affaires se corsent, parce qu'il y a du monde sur le créneau et que rien ne garanti le succès annuel qui permet de continuer.

Alors il vient pleurer. Contre le "piratage", évidemment. La vie est injuste est dure, aidez-nous, défendez-nous, subventionnez-nous... bref, faites notre travail à notre place en somme. Parce qu'il est là le problème : ces messieurs "de l'industrie" se voient comme des créateurs, des artistes de la confection de films taillés pour le grand écran (à décliner en prêt-à-porter pour les autres supports) et où l'économie générale du secteur c'est à l'Etat de s'en porter garant.

Hé oui, c'est bien de connaitre à fond son métier, de travailler dans un secteur très valorisant mais éminemment nombriliste : à un moment il faut regarder ce qui se passe dans le monde, et avec plus de recul que le producteur à l’affut de sujets brulants, d'actualité pétillante. La VOD est un quasi-fiasco en France, mais ça ne date pas d'hier. On sait très bien que si ça n'a pas marché comme il faudrait c'est à cause des difficultés à mettre tout le monde d'accord. Qui attendait un Ministre de la Culture visionnaire (et couillu) pour chambouler tout ça ? Sérieusement, il faut arrêter de fabriquer des chapeaux dans son coin et s'apercevoir que les gens veulent aller nu tête, ou se donner un style qui laisse la place à des niches. On ne va pas forcer les gens à mettre des chapeaux, on ne va pas subventionner les chapeliers.

Le "piratage"... Mais c'est vraiment se voiler la face que de prendre un effet parmi d'autres de la révolution numérique comme la cause des difficultés du secteur. C'est regarder le monde par le petit bout de la lorgnette en sachant d'avance ce qu'on va voir comme horizon limité. Celui qui aime ce qu'il produit ne peut que ce réjouir de l'engouement qu'il suscite. S'il n'en tire pas suffisamment bénéfice c'est qu'il ne sait tout simplement pas bien se vendre.

J'ai toujours l'impression que les producteurs qui bèlent "Au viol, je suis piraté dans tous les sens" se plaignent surtout que leurs films ne marchent pas suffisamment bien à cause de l'attitude des gens qui attendraient une séance gratuite. Encore une fois, mettez-vous à la place de votre public au lieu de le traiter de voleur ! Si on enlève les gros films qui sortent sur plus de 400 copies, il y a beaucoup de villes (et a fortiori de campagnes) qui n'ont pas de salle à proximité. Et la VOD est mal déployée, et arrive trop tard. Et la TNT est toute fraiche (même pas 10 ans), alors on n'est pas encore blasés du choix violemment élargi que ça a nous a apporté pour nos soirées.

Bref, continuez à tendre votre chapeau au Ministre et vous n'allez pas tarder à le manger, non sans vous fâcher avec tout ceux qui vous subventionnent et peuvent accessoirement faire office de public.

mardi 15 avril 2014

Projection test : "Papa was not a rolling stone"

Depuis le temps que j'entendais parler de ces fameuses projections test, j'ai enfin eu l'occasion de me faire une idée. De fait j'ai souvent entendu des anecdotes plus ou moins heureuses sur cette dernière étape de la genèse du film, mais autant que je me souvienne il ne s'agit que d'exemples américains. Évidemment puisque c'est eux qui l'ont inventé (peut-être Harold Lloyd dès 1928 d'après Wikipedia) et il faut bien avouer que le procédé a mauvaise presse chez nous les Exceptionnels Culturistes du 7ème Art, le pays de l'auteur sans plafond et ses amis intermittents de la créativité.


Faire une projection test les américains font ça sans complexe, et franchement, quand on a bossé le nez dans le guidon pendant des mois, qui pourrait cracher sur un regard innocent, et le seul regard qui compte au final, celui du public ? Ceci dit ça coûte cher donc on a intérêt à savoir quels aspects on souhaite tester, parce que quiconque a fait un peu sérieusement de l'analyse statistique sait que des questions mal posées, trop ouvertes, trop fermées, un questionnaire trop long, mal structuré etc. vont introduire un biais qui se démultiplie au fil des erreurs de conception.


PAPA WAS NOT A ROLLING STONE


Le premier biais c'est celui de l'échantillon et de ce que j'ai compris Médiametrie a tapé dans le cœur du public régulier des salles obscures : ceux qui ont une habitude, un plaisir, des exigences sur grand écran. On était beaucoup dans la tranche 20-40 ans apparemment ce lundi soir au cinéma Publicis.


Le fait de ne pas savoir quel film on allait voir perturbait un peu les gens qui m'accompagnaient et ça c'est peut-être un vrai biais... pas forcément négatif puisque les volontaires les plus naturels vont ainsi s'avérer être plus ouverts d'esprit a priori, prêts à donner sa chance à un film dont ils ne connaissent même pas le titre.

lundi 7 avril 2014

Pretty Stupid Woman ch. Orange Studio à couler

Tout laisse penser que la structure de production ciné Orange Studio (appelée Studio 37 à l'origine) va peu à peu être démantelée. Une maison mère qui vivait dans l'insouciante opulence avant le séisme Free Mobile, une structure batarde : privée mais donc l’État reste l'actionnaire principal et décide donc directement de la nomination du Président (et en sous main de bon nombre de copains et autres relations plus ou moins avouables à recaser).

Studio 37 : le nom de départ fleurait pourtant bon l'humilité d'une structure indépendante, mais c'était évidemment illusoire dans la nébuleuse Orange. Orange Studio c'est sans équivoque une "danseuse", un projet perclus de prétentions. On ne s'étonnera donc pas de trouver comme présidente de son Conseil d'Administration Christine Albanel, qui doit sa triste notoriété au Ministère de la Culture à son empressement borné à suivre les lobbies des "ayant-droits" pour faire financer par le contribuable le fiasco Hadopi.

Mais ce n'est qu'un détail dans le gouffre du Studio Orange :
Le bilan financier : Orange Studio afficherait des pertes cumulées de 100 millions d’euros sur 4 ans avec "beaucoup d’échecs" et "zero kopek" sur les succès comme The Artist.
Pour Frédérique Dumas "dès le départ, [...] les choses étaient claires : on savait qu’il n’était pas question de rentabilité, chaque film est une prise de risques. L’amortissement des pertes était conditionné à la création d’un catalogue, et à l’exploitation à long terme des films."
 (in Le Monde du 26 mars 2014)

Cette fameuse Frédérique Dumas est l'ancienne DG du studio, licenciée fin janvier et qui va maintenant pleurer aux Prud'hommes après s'être pavanée avec des gens de cinéma pour choisir sur quels films claquer des millions. Je crois rêver en lisant de tels propos pour assurer sa défense : en gros la gestion catastrophique du studio ne peut pas lui être reprochée puisqu'il s'agissait de perdre de l'argent aujourd'hui pour en gagner (peut-être un peu) plus tard. Quelle fulgurante leçon d'investissement et de responsabilité managériale !

"L’amortissement des pertes était conditionné à la création d’un catalogue, et à l’exploitation à long terme des films." Non mais quelle grosse tache ! "A long terme" disait Keynes pour moquer les théories fumeuses "nous sommes tous morts." N'importe qui est capable de mettre de l'argent sur des films qui ne rapportent pas un kopeck et raconter qu'on se rattrapera sur "+ l'infini" en ventes DVD, VOD... Sauf qu'il y a une corrélation très marquée (pas absolue, il y a tjs des exceptions, mais rarement sur des films de studios) entre la rentabilité en salles et la rentabilité tv/vidéo.

Ah, je n'ose même pas imaginer le salaire (et les notes de frais) de Mme Dumas, ni ce qu'elle pourrait toucher aux Prud'hommes. Le chômage continue d'augmenter, des salariés de se jeter par les fenêtres mais il y a ces petits courtisan(e)s qui vivent tranquillement dans leur monde. Un film d'inaction qui ne sort pas en salles mais coûte autant qu'un blockbuster à Orange, donc à l'Etat, donc à nous contribuables. Michael Cimino avait coulé United Artists en 1980, mais avec le panache d'un réalisateur qui concevait le cinéma comme une gigantesque fresque animée. Pour le même prix on n'aura même pas le DVD souvenir, mais précisément il serait très dommage que Mme Dumas se fasse oublier trop facilement se voyant offrir un nouveau poste à responsabilités. Quant à ceux qui l'avaient recrutée (ou avaient appuyé sa candidature) chez Orange, c'est (double) peine perdue.

lundi 3 mars 2014

Une affaire de moeurs

Combien de fois m'est-il arrivé d'essayer de faire découvrir un bon (voire un excellent) film et me retrouver comme un couillon face à quelqu'un qui m'en voulait presque de l'expérience.

Ce thème de l'incompréhension entre deux mondes qu'un fossé, ou plutôt un mur invisible, sépare est d'ailleurs très riche. Dernièrement c'est dans La Vie d'Adèle que je l'ai trouvé particulièrement bien exploré. Et pourtant, ce film justement...
  • Il y a ceux qui sont allés le voir parce que c'est le dernier Kechiche, parce qu'il a eu la Palme d'Or... bref ceux qui, pour des raisons complètement ou pas du tout snobs vont voir plus ou moins régulièrement des "films d'auteur" (càd des films pas formatés au point d'entrer dans une case précise et unique type comédie/drame/policier/mœurs... quoiqu'on soit bien souvent plus près de l'étude de mœurs que d'autres genres),
  • Il y a ceux qui ont été curieux à cause ou grâce à la polémique lancée par Léa Seydoux (qui à mon avis a surtout flippé en voyant la place que risquait de prendre ce petit film d'auteur dans sa carrière) et au sujet des scènes de cul entre les deux actrices principales,
  • Il y a ceux qui vont très régulièrement au cinéma et qui vont voir à peu près tout ce qui fait un peu parler dans les sorties d'une semaine à l'autre,
  • Et il y en reste peut-être encore qui n'ont pas été pollués par les a priori des catégories ci-dessus et qui ont simplement été intrigués par la bande annonce, l'affiche ou par l'adaptation d'une BD qu'ils connaissaient déjà.
Je me classe plutôt dans ces derniers : c'est l'état d'esprit dans lequel j'aime aller voir un film. Une envie fondée sur quelques éléments révélateurs (sur lesquels évidemment je pourrai être très difficile), une envie qui veut en savoir le moins possible sur un film (contrairement à l'époque où je dévorais les revues ciné). Dans l'absolu je me range plutôt dans la première catégorie : je suis un cinéphile averti. Mais l'un n'empêche pas l'autre.

Pourtant ce mûr invisible est bien là. Plus je fuis les gens qui se la racontent intellos en ne jurant que par les derniers "auteurs" qui font des films très lourds à force de se regarder filmer, plus je me retrouve perdu au milieu de gens pour qui le ciné c'est juste une grande salle pour voir un grand spectacle qui existe aussi en petits formats à regarder chez soi (voire dans les transports...).

J'ai parfois fait l'erreur du débutant qui oublie que la grande majorité des spectateurs viennent chercher 1h30 - 2h de divertissement. J'imagine le sommelier qui conseille son vin préféré que le client lui recrache à la figure en lui disant qu'il veut absolument le vin formaté, surcoté avec la jolie étiquette dont tout le monde parle. J'ai encore fait cette erreur récemment. Un film dont j'ai offert le DVD à une demi-douzaine de personnes depuis que je l'ai découvert au ciné, rive gauche, dans un cycle sur le cinéma japonais. Quand j'y pense j'ai un peu pressé cette dernière personne pour qu'elle le voie alors qu'avant je n'ai jamais eu de retour. Je soupçonne même que certains ont évité de m'en parler...

Entre le ciel et l'enfer - Tengoku To Jigoku (High and Low en anglais) - Kurosawa (1963)
Ce n'est pas un film trop parfait pour être vrai, et justement le qualificatif prout-prout "chef d’œuvre immortel du 7ème art" ne me vient pas à l'esprit pour évoquer la puissance du film. Au point que j'ai du mal à me mettre à la place de quelqu'un qui aurait des attentes différentes.

vendredi 13 décembre 2013

La Grande Disette du Cinéma Français, premier bilan

Voilà, on arrive aux fêtes de fin d'année traditionnellement plus propices aux blockbusters familiaux et grand public. Le Hobbit, épisode 2 et le Disney de Noël sont en place et il ne restera éventuellement qu'un petit créneau pour Belle et Sébastien. A part ça Guillaume Galienne a permis au cinéma hexagonal de reprendre un peu de couleur : Les Garçons et Guillaume, à table ! devient le 6ème film français de l'année à majorer le box-office. Au total à 49 semaines/52 en 2013 seuls 7 classements ont été dominés par un film bien de chez nous. Serais-je le seul à y voir un léger problème ? Au risque d'être lourd je rappellerai que le marché français est ultra-protégé, les films locaux subventionnés par un système très pervers pour la prétendue qualité de notre exception culturelle.


J'en arrive à un n-ième bide parmi tous les bides, forcément passés inaperçus du grand public au milieu des films qui ont réussi à se faire une place. Il y a eu le bide de Jeunet (Amélie Spivet ?)qui, de l'aveu général, doit beaucoup à une campagne de promotion inexistante (ou alors vraiment très mal calibrée), dans la catégorie grosse production. Il y a eu aussi dans cette même période récente le bide du projet raccro présomptueux avec Le coeurs des hommes 3. Mais je voulais parler d'un bide intermédiaire, un bide sur une idée originale* mais avec un réalisateur dont on se demande comment il fait encore des films.

samedi 2 novembre 2013

Série d'ici : Tunnel


L'an dernier j'ai été intrigué - vite fait - par la série Kaboul Kitchen, grâce à sa promo. Canal+ a encore eu une bonne idée pour promouvoir sa dernière série, Tunnel : proposer à ses abonnés newsletter de visionner le pilote en intégralité (enfin on ne dit plus pilote maintenant que les séries font l'objet d'une commande ferme pour leur première saison).

www.canalplus.fr/c-series/pid6558-c-tunnel.html‎


Bien joué, je me suis laissé tenter malgré mes a prioris négatifs contre la création audiovisuelle française. Les premières images sont d'ailleurs très classes, et les plans aériens dans l'épisode sont de manière générale très beaux et dégagent une atmosphère particulière, à la fois oppressante et fantastique, propice à établir l'ambiance de la série.

Et puis voilà, ça ne dure pas longtemps, on arrive tout de suite dans le cliché de série policière lambda : au tout début de l'épisode un corps est trouvé, dans un tunnel de service du tunnel sous la Manche. Honnêtement je reste dans le truc (je ne suis pas un maniaque à l'affut du moindre défaut de conception) mais il faut avouer que la mise en scène est super plan-plan. Non, là où je cesse d'espérer une série française inventive et ambitieuse c'est juste après, quand il s'avère que le corps est positionné pile poil à cheval sur la frontière.

vendredi 20 septembre 2013

La Grande Disette du Cinéma Français

Ça fait un moment que le cinéma français ne produit rien d'enthousiasmant. Les faibles performances de cet été (avec le fameux top 10 100% US du 13 août dernier) ne cachent même pas un succès de fond sur la niche du cinéma d'auteur. Oui les boites de production françaises tournent en rond et c'est un effet pervers du compte de soutient et de l'avance sur recettes de notre Très Grande et Très Glorieuse Exception Culturelle.

Printemps du Cinéma, Fête du Cinéma, et encore Rentrée du Cinéma relancée cette année : rien n'y fait, la Grande Disette du cinéma français dure depuis près de 6 mois - 6 mois qu'aucun film français n'a atteint la première place du box-office. C'est dire que les opérations marketing de soutien conjoncturel sont aussi peu efficaces que les aides structurelles cloisonnent la profession dans l'auto-satisfaction.

Cette Rentrée du Cinéma justement. Qui en a entendu parler ? A priori seuls ceux qui ont vu la bande-annonce réalisée par Olivier Mégaton (méga-réal d'ailleurs...) en allant au cinéma les semaines précédentes. On claque un budget de film publicitaire pour toucher une population qui va déjà au cinéma (et en ces périodes creuses, quelle proportion possède une carte d'abonnement qui les fera justement fuir ces événements ?).

Un cinéma de plus en plus petit face aux séries

OK, on ne peut pas dire que le cinéma aide à avoir le sens des réalités. Ça fait rêver les gens d'un côté, et de l'autre les "professionnels" se prennent pour autre chose que des professionnels : des demi-dieux, ou au moins d'ardents "défenseurs de la culture". Les spectateurs eux sont beaucoup plus captivés par les séries TV, tout simplement parce qu'elles sont plus créatives (les remakes de "V" et du "Prisonnier" n'en sont que de piètres échantillon qui ont vite disparu), et il faut reconnaitre qu'elles ne prétendent pas nous vendre des effets spéciaux 3D en gros.

Malgré la prétention du cinéma français on ne peut pas dire que notre production cocorico nationale soit un modèle de créativité. Même les séries françaises font meilleure figure que les derniers films "majeurs" du terroir. Les séries s'accommodent très bien du téléchargement gratuit qui leur permet de recruter de nouveaux fans et donc de nouveaux clients. Hé oui M. Nicolas Seydoux et consorts, c'est un vrai business model que d'accepter d'être "piraté" par 1 million de personnes pour que 50 000 achètent vos DVD. Oui, c'est dur d'accepter qu'un mauvais film téléchargé ne suscitera que peu de recommandations et peu d'achats (personnels et pour offrir) là où une série bien pensée et bien écrite va captiver un public sur la durée même si les 3/4 l'ont découverte en téléchargement ou en streaming gratuit.

Business model ET créativité sclérosés par la dépendance aux aides de la sacro-sainte exception culturelle (parlons un peu des profiteurs du système à grande échelle qui prennent sans rien produire de constructif derrière), je ne vois pas trop par où le cinéma français va se réinventer. Les politiques ne veulent pas risquer de se mettre à dos des gens qu'ils côtoient régulièrement (tout ce beau monde se convainquant mutuellement d'appartenir à une élite) et les esprits plus créatifs du secteur sont forcément attirés par des formes plus stimulantes (et plus lucratives) pour eux comme les séries.

Ah, au fait, le film retenu par le microcosme pour représenter la France dans le panel de l'Oscar du Meilleur Film en Langue Etrangère est Renoir. Vous en avez probablement peu entendu parler, mais voilà encore une fois qui est emblématique de décisions "politiques" où le serpent se mort la queue : on choisit le film qui correspond le mieux à ce qu'apprécient les votants (dans ce cas précis, les journalistes ciné à LA) et donc emblématique de l'idée qu'il se font d'une qualité française.
Ceci dit comment déterminer le meilleur film français sur cet horizon désespérément plat ?

lundi 16 septembre 2013

Histoire d'adaptation : Un Idiot à Paris

J'aime bien Audiard, mais Un Idiot à Paris ne pouvait être qu'un mauvais film. Franchement, je veux bien avoir l'esprit ouvert mais Jean Lefebvre en personnage principal d'un film sur grand écran, ça ressemble à une (très) mauvaise blague ou une encore plus mauvaise erreur de casting.

Finalement je suis tombé sur le livre de René Fallet il y a quelques mois et après l'avoir lu je me suis dit que je pourrais avoir la curiosité intellectuelle de voir ce qu'ils en ont fait au cinéma. Pour être tout à fait honnête l'argument "curiosité intellectuelle" seul ne tenait pas. Il se trouve qu'en découvrant l'an dernier l'excellent documentaire Michel Audiard et le triangles des Bermudes, j'ai pu voir trois extraits du film qui illustraient justement très bien le style et les thèmes du dialoguiste star.

Un des extraits était tout simplement la première scène d'André Pousse au cinéma. La présentation de la scène par André Pousse lui-même dans le documentaire est plus convaincante que la scène elle-même où le débutant parait laissé à lui-même par le réalisateur (il faut avouer qu'avoir un monologue comme première scène quand on n'est pas acteur c'est pas un cadeau).

Un autre extrait nous montrait la délicieuse Dany Carel en discussion avec une copine de turbin, dans une envolée classique chez Audiard sur le métier de péripapéticienne qui n'est plus ce qu'il était (cf. Bernard Blier sur la nostalgie des anciens tenanciers de maisons closes dans Le Cave se Rebiffe et les Bons Vivants ; le rapport de gestion de Mme Maude dans les Tontons Flingueurs - c'est d'ailleurs la même actrice qui joue la femme de Blier dans les Bons Vivants).

Un dernier extrait reprenait une pensée fulgurante d'Audiard, cette fois dans la bouche de Robert Dalban, toujours aussi mauvais acteur que Jean Lefebvre (ce qui est criant quand il arrive dans un second rôle, même bref, comme dans le Pacha) mais parfait en personnage loufoque de complément (cf. les deux, évidemment, dans les Tontons). Pas la peine d'écouter le gars sortir la réplique pour en profiter pleinement d'ailleurs :
Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistro, c'est te dire si dans ma vie j'ai entendu des conneries, mais des comme ça jamais.
Truc amusant, la tirade est drôle tirée de son contexte comme un petit bijou d'Audiard, mais elle est loin d'être exploitée au maximum de son ressort comique dans le film puisqu'elle arrive en chute de quelque chose de très mal amené. Ce qui est finalement le problème général du film : des répliques d'Audiard pur jus, qui ne sont pas à leur place dans la narration et desservent plutôt le propos.

On trouve justement sur Youtube deux autres exemples très révélateurs de ce qu'est l'adaptation d'Un Idiot à Paris. Tout d'abord un n-ième monologue magistral de Blier estampillé Audiard, et celui-ci a obtenu une aura spéciale par son commentaire social, chose rare chez Audiard qui évite d'ordinaire les sujets politiques par une pirouette anarchiste (ce qui est finalement le cas ici dans la mesure où l'action renvoie dos à dos patron implacable et ouvriers dociles).

Audiard y résume bien le personnage de Monsieur Dessertine, mais face à un excellent acteur comme Blier, avec en plus du Audiard à becqueter, comment faire exister un idiot du village, qui ne peut sortir les mêmes tirades, et de surcroît joué par une serpillère comme Jean Lefebvre ?

mardi 3 septembre 2013

Le cinéma français à la niche

Le cinéma français se porte toujours aussi mal depuis le fameux top 10 100% US (semaine 32 du 7 au 13 août 2013). La sortie de Jeune & Jolie, 7ème au box-office et seul film français du top15, a contribué à un rebond de la part de marché des productions de chez nous de 9% à 11,66% !

Ozon justement, la critique attend ses films. C'est un "auteur" comme on dit chez nous depuis la Nouvelle Vaguelette, mais vous me permettrez de ne pas écrire auteur avec un grand A tellement je trouve ce mot prétentieux (pour celui qui le revendique) et pédant (pour le non moins auto-proclamé connaisseur qui semble invoquer ainsi un talent divin, donc incontestable). Ozon tente un sujet "dans l'air du temps" : les ados de la "génération Facebook", plus un angle "osé" avec la pornographie.

Un analyste des médias semble découvrir à cette occasion une attirance croissante du cinéma "mainstream" pour ce sujet précis. Mais il faut voir que déjà le fantasme du porno de qualité date de l'explosion du X. A l'époque certains se sont montés le bourrichon à y croire comme un nouveau genre à part entière. La fiscalité puis la VHS aidant, c'est resté un simple segment du marché. Le fond c'est l'hypocrisie d'un porno "plus présentable" alors que concrètement il y a toujours cette barrière.
Mais les "artistes", au delà de la vieille prétention de faire du porno artistique (cf. par ex. les expérimentations de Marc Caro et Gaspar Noé) se targuent de faire tomber cette barrière dans le sens faire un film (non-X) avec un fort contexte/contenu porno. C'est autant un avouable défi qui flatte leur ego qu'une basse tentation de mettre les pieds dans la polémique pour faire parler d'eux, leur "courage", leur "vision tranchante de la société contemporaine" blablabla.

samedi 17 août 2013

13 août 2013, Exception Fatale

Que c'est-il passé le 13 août dernier ? Le box-office français a clos une semaine avec 10 films américains dans le top 10. Oui, pas un seul film français dans les 10 meilleures entrées en salles entre le 7 et le 13 août. Ça n'a l'air de pas grand chose mais ça n'était jamais arrivé. Le précédent record, d'après Davy de Cine-directors.net, remontait à 2000 avec 8 films américains en tête.

Alors certes le mois d'août n'est pas très favorable, et on a pu ponctuellement avoir ce genre de cas extrême se présenter au cours des 30 dernières années. Mais les circonstances aggravantes sont là : depuis 2000 aucune situation aussi critique. Pas de film français qui surnage sur une stratégie de sortie au cœur de l'été, 10 films américains. Oui, parce qu'il n'y a pas non plus un film chinois ou scandinave ou anglais... qui se positionne dans le tas. Et pour couronner le tout la semaine suivante (14-21 août) s'annonce aussi mauvaise pour le cinéma français avec toujours aucun film français dans le top 10 (9 films américains en tête suivis d'un film Sud-africain)*. L'addition est très sévère et risque donc de s'alourdir puisque déjà, sur les 2 semaines écoulées (31-32), la part de marché du cinéma français plafonne à 9%.

D'INTOUCHABLES A INSAISISSABLES

Davy revient d'ailleurs en détail sur l'année de résultats médiocres voire franchement minables pour le cinéma français. Certains osent dire que le coup de gueule de Vincent Maraval a porté préjudice au cinéma français. La bonne blague... La vérité c'est qu'il y a 18 mois Intouchables était l'arbre qui cachait la forêt de l'indigence de l'offre cinématographique française, bien calée sur ses prétentions d'exception culturelle. L'ironie c'est que le 13 août c'est un réalisateur français, rodé dans les écuries Besson, qui mène la danse avec Insaisissables (Now You See Me en v.o.), un gros film d'action avec une approche originale. Au passage notons que gros film d'action c'est le rayon Besson qui clame son attachement à la France tout en y produisant des films pas vraiment exceptionnels ni franchement culturels.

lundi 22 avril 2013

Marketing négatif, et avec des grosses bottes

Il y a des films, bons ou corrects, qui se plantent à cause du marketing. Soit on n'a rien fait pour amorcer la pompe (et à l'époque des réseaux sociaux c'est assez pitoyable) soit on s'est complètement planté dans l'approche. Là on peut donc parler de marketing négatif parce que même si on peut traiter de nuls ses responsables, l'effet n'est malheureusement pas neutre. On n'a pas deux fois l'occasion de faire une bonne impression, donc le film qui est marketé "à côté de ses bobines" se retrouve victime d'un préjudice organisé et qui en plus fait parti du budget de promotion !

Bon c'est pas pour autant qu'il vaut mieux, dans le doute, s'abstenir d'organiser la promotion. Ce cas de figure arrive quand un distributeur ne sait pas trop quoi faire d'un film qui n'a pas de "leverage" international à part éventuellement un ou deux acteurs connus. Au moins quand on fait une sortie technique on ne cherche pas à mentir au spectateur potentiel.

Entre les films sur la Seconde Guerre Mondiale et ceux sur l'Holocauste, j'en ai un peu ma claque. Pas besoin de le dire plus fort, il me suffit d'éviter ces films : c'est bien ce que fait le public quand il se lasse d'un genre, d'une franchise, etc. En revanche je ne peux pas trop échapper aux affiches qui mettent des grosses croix gammées pour attirer le chaland "Achtung! fenez foir, gross film sur événement essentiel de l'Histoire avec ein grand H comme dans..."

Franchement, ça s'adresse au public intéressé par un film sur un sujet aussi profond que la controverse sur la banalité du mal ? Quelle affiche dégueulasse. Même si on enlève le drapeau nazi c'est une affiche laide, creuse... bien la preuve que le premier plan n'était qu'un prétexte pour habiller la jolie bannière à svastika. Je ne sais pas qui est responsable de ce choix chez Sophie Dulac mais c'est lamentable. On distribue des films "intellectuels", on bénéficie de subventions du label 'art et essai' puis on essaie d'attraper son public avec des techniques publicitaires de lessiviers.

Je n'irai pas voir ce film au cinéma, même si le sujet m'intéresse beaucoup et qu'il a l'air de qualité. J'attendrais qu'il soit disponible en DVD avec une jaquette qui ressemble plus à l'affiche originale :


lundi 8 avril 2013

First Reel Contact

Des films qui démarrent sans perdre de temps il y en a (heureusement) beaucoup. Le contrat avec le spectateur est de ne pas l'assommer avec une introduction (ou pire un prologue), ce que l'on appelle "l'exposition" des enjeux, des conflits... et surtout la présentation des personnages qui doivent au moins éveiller notre curiosité s'ils ne suscitent pas l'identification à un certain degré.

En revanche des films qui arrivent à gérer cette exposition dans le générique de début ils sont rares et là on est forcé de dire chapeau !
J'en ai deux qui me viennent à l'esprit parce qu'ils m'ont justement marqué sur ce point, et leur dénominateur commun est un compositeur qui a su capter l'essence du film.

Shaft (1971), oui le Shaft original bien-sûr, pas le remake mollasson où Richard Roundtree fait juste une apparition.
Bon c'est à peine de la triche parce que le tube de Isaac Hayes a des paroles, donc le réalisateur n'a plus qu'à nous montrer le fameux lascar marcher avec assurance dans les rues de New York.
Bilan : cinq minutes de générique qui nous mettent dans le film sans qu'on ait besoin d'autre chose. Parfait.

Le syndrome de Stendhal (la Sindrome di Stendhal - 1996) : un film de Dario Argento parmi d'autres, je ne le conseille même pas (les fans l'on certainement déjà vu) mais le réalisateur y retrouve Ennio Moriconne (compositeur sur son premier film, L'oiseau au plumage de cristal en 1970) et le maestro nous pond le morceau qu'il faut pour que le spectateur 1/comprenne dans le générique ce qu'est le syndrome de Stendhal 2/soit plongé dans l'ambiance et 3/ soit intrigué par le personnage principal (Asia Argento).
Huit minutes pas perdues du tout puisque ce sont les plus intéressantes et efficaces du film (avec d'autres intégrant des œuvres d'art). Un coup de maître vraiment, même si le reste du film est sans intérêt pour ceux qui ont déjà vu ces histoires gore de tueur en série vicelard : L'oiseau au plumage de Cristal ou Rouge Profond (Profondo Rosso - 1975) font amplement l'affaire. Soit dit en passant, je trouve que dans ce dernier la musique de Goblin détruit au contraire l'ambiance.

PS je souligne l'importance de la musique pour nous plonger efficacement au cœur de l'action sans perdre de temps en palabres, mais bien sûr il faut en premier lieu féliciter les réalisateurs (ou autres dans l'équipe) qui ont imaginé un condensé de sens pour ne pas perdre une minute.

samedi 30 mars 2013

Intellectualisme et pédantisme sont les deux sphincters du cinéma

J'ai toujours détesté les analyses à la "mors-moi l'noeud" - disons capillotractées pour rester dans le ton - que ce soit en littérature ou en cinéma. On a en France une déplorable approche de la culture, engoncée dans la mode du structuralisme, qui permet à chacun de paraphraser des œuvres sans trop se préoccuper de les comprendre, mais surtout en leur faisant dire tout et n'importe quoi qui aura l'air vaguement cohérent avec ce que l'on sait de l'auteur, de sa vie, son époque et s'il écrivait plutôt en robe de chambre le matin ou en perruque poudrée le soir.

Le pédantisme, c'est étymologiquement l'art d'enseigner, faire œuvre de pédagogie. Le sens n'est aujourd'hui que péjoratif pour parler de cette tendance à étaler sa culture à tout bout de champ. Le pédant donne dans le concours de bite : c'est à celui qui montrera qu'il en sait le plus. C'est Question pour un Champion, les Chiffres et les Lettres... on apprend des encyclopédies et des dictionnaires.
Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement, et la conscience, vides.
Montaigne, Essais I xxv (Du Pédantisme)
Mais le pédant n'est pas gênant. C'est un autiste qui cherche des âmes impressionnables ou d'autres pédants à qui se mesurer.

L'intellectualisme, c'est une autre paire de manches : il prétend non pas à une supériorité quantitative, mais réellement qualitative. L'intello il prolifère dans cette catégorie socio-professionnelle qui prétend s'élever au-dessus des goûts populaires sans vraiment en avoir les moyens intellectuels justement. Il s'agit de poser, de se rassurer sur le fait que son statut économique et social n'est pas dû au hasard, à la chance, mais réellement à un intellect "supérieur".

Ainsi le cinéma français se complait-il dans ce côté intello, indépendant (de quoi ? dans notre système subventionné, avec l'avance sur recettes, on se le demande), proche des vrais problèmes de société/humanité/psychologie/temporalité etc. Ça donne des films imbitables et lourds ou au contraire désespérément creux à force de vouloir jouer la simplicité et le dépouillement.

vendredi 1 mars 2013

Histoire vraie : spéculation sur le sucre en 1974

Ces derniers temps j'ai eu envie de voir/revoir des films français des années 60-70. Clairement pas ma période de prédilection, moi qui exècre les prétentions prout-prout artistiques de la Nouvelle Vague (qui n'étaient qu'une posture politique de contestation dans une époque où tout était trop rose pour les petits nerveux des àChier du Cinéma), et justement c'est des films décriés comme populaires que je voulais voir pour me (re)faire une idée.

Dans le tas j'avais notamment envie de découvrir la masse de films mineurs dialogués (voire réalisés) par Audiard, parce que franchement, entre un film de Godard avec 2 pauvres idées perdues dans un pudding pédant et un film avec des vrais morceaux de dialogues d'Audiard... bon Audiard a travaillé à la chaîne sur tout et n'importe quoi, mais ça a donné des trucs inoubliables. Bref, j'ai un post sur le sujet dans les cartons.

Dans cet âge de Bronze du cinéma français j'avais envie de revoir Le Sucre (Jacques Rouffio, 1978). J'étais trop jeune pour tout comprendre à l'époque : il y est question d'économie, de politique, pas de manière trop pesante, mais l'adaptation du bouquin relatant la spéculation sur le sucre en 1974 est très complète.

L'histoire vraie : 1974
De 1000 francs en octobre 1973 la tonne de  sucre va se négocier jusqu'à 8000 francs (650£ sur le graphique) un an plus tard à Paris. Au milieu se déroule une spéculation complètement folle sur la base d'une rumeur de pénurie bien orchestrée.

vendredi 28 décembre 2012

Skyfall dépasse Golfinger

Dans le petit monde des chiffres du ciné on parle gros sous. Salaires d'acteurs 'bankables' et budgets qui se comptent en dizaines de millions de dollars (sinon, peuh...). A partir de 20 millions de dollars le film un acteur a droit à des articles sur son accession au sommet (effectivement c'est moins discutable que le talent), mais ça devient rare avec des deals qui ont une plus forte partie de variable, et à partir de 100 millions de dollars de budget... et ben théoriquement il y a assez de budget marketing pour acheter de l'espace un peu partout et même susciter des envies de papier chez ceux qui n'ont pas eu leur part.

En France on continue de mesurer le succès en salles en nombre de spectateurs, et pas en recettes brutes au guichet. C'est plus honnête, c'est une donnée plus fiable dans le temps, mais question marketing parler en millions de dollars (ou d'euros tant que ça existe) ça se pose un peu là ! Quelques économistes du cinéma font bien des études en corrigeant les données en dollars constants, en parité de pouvoir d'achat, pour pouvoir comparer ce qui est comparable, tout le monde s'en fout, on compare des choux et des carottes.

En France jusqu'à cet hiver Golfinger était - et de loin - le James Bond le plus vu en salles. 6 675 000 entrées dans l'année qui a suivi sa sortie (1965).

mercredi 12 décembre 2012

Histoire d'adaptation : Orange Mécanique


50 ans après la publication du roman, 40 ans après la sortie du film, quelques considérations sur l'adaptation littéraire à partir de ce cas unique : la conjonction des talents d'un écrivain et d'un cinéaste majeurs. Anthony Burgess a écrit Orange Mécanique en 3 semaines, Stanley Kubrick s'est lancé dans cette adaptation après l'échec du financement de sa lubie, un film fleuve retraçant la vie, in extenso, de Napoléon. En 1962 Burgess avait besoin d'argent. Kubrick en 1970 venait de décrocher un contrat à long terme avec Warner Bros, un contrat unique lui assurant indépendance financière et artistique.


Il est très difficile de lire Orange Mécanique après avoir vu le film. Le livre n'est pas très facile à lire, au moins au début, à cause de l'argot 'nadsat' inventé pour l'occasion, et l'histoire en elle-même n'est plus originale pour peu qu'on ait été marqué par le film. L'adaptation de Kubrick est un film tellement fort, tellement réussi que l'expérience de lecture ne peut qu'en être décevante après. Kubrick loue cependant de manière appuyé les mérites du court roman original :
« brilliant and original novel »
« I think A Clockwork Orange is one of the very few books where a writer has played with syntax and introduced new words where it worked. »
« A Clockwork Orange has a wonderful plot, strong characters and clear philosophy. »
(interview par Michel Ciment au cours des années 80)
Pourtant, à propos de Barry Lyndon, son film suivant, pour lequel il a aussi écrit seul l'adaptation d'un court roman, il explique qu'il est plus facile de tirer un bon film d'un roman moyen que d'un chef d’œuvre. Un monument de la littérature dégage une puissance monolithique trop riche et complexe pour ne pas devoir en passer par une simplification, forcément décevante, à moins de revendiquer clairement n'avoir eu l'ambition que de s'inspirer d'une partie de l'histoire1.

Toutes les qualités du roman Orange Mécanique sont concentrées et facilitent ainsi une vision simple de l'adaptation à convertir en scénario puis en images : « personnage central fort, excellente histoire » et stylisation qui s'impose avec le langage inventé. Cette stylisation demande un certain effort d'adaptation en langue originale, mais comme toute stylisation importante elle rend la traduction forcément laborieuse. Traduite visuellement la stylisation est enfin traduite dans un langage universel, c'est la force du cinéma dès le muet. Mais le roman a aussi, nous dit Kubrick, une « philosophie claire », en l'occurence la question du libre-arbitre :
« Do we lose our humanity if we are deprived of the choice between good and evil? »

Entre HAL-9000 et la chambre 237 : le chapitre 21.


C'est ici que la vision des deux auteurs diffère dans le détail sans différer sur la forme. Ce détail a d'ailleurs permis d'alimenter les nombreuses thèses sur le roman qui ont suivi la sortie du film, situation ironique où l'écrivain s'est retrouvé à assurer le service après-vente d'un phénomène dont il n'a touché que peu de dividendes. Ce détail c'est tout simplement un chapitre du livre qui a été coupé, et pas juste une chapitre anecdotique : le dernier chapitre. En résumé le film se clôt sur l'avant dernier chapitre de l'histoire racontée par Burgess, et ce 21ème et dernier chapitre est effectivement déroutant pour qui a vu (et apprécié) le film. Il s'agit tout simplement d'une sorte d'épilogue où le héros Alex atteint 18 ans (il en a à peu près 14-15 au début) et se trouve trop vieux pour cette vie de débauche recommencée. Il devient adulte nous dit l'auteur.

Si Kubrick n'a pas gardé cette fin « morale » à défaut d'être moralisatrice, c'est tout simplement parce qu'il avait lu l'édition américaine du roman et que Burgess avait accepté que l'éditeur US omette ce dernier chapitre parce qu'il avait besoin de l'avance. Kubrick avoue avoir appris l'existence de la fin originale alors qu'il finissait son adaptation. Pour lui ce chapitre avait l'air d'une concession de l'écrivain à un éditeur soucieux de la bonne morale ! Burgess se justifie2 lors d'une réédition US (1986) reprenant enfin l'intégralité des 21 chapitres originaux. Pour lui le romancier se doit de montrer que les personnages peuvent évoluer, donc ce dernier chapitre est essentiel. Sinon on est dans la fable, l'allégorie. On ne peut s'empêcher de penser que Burgess a effectivement suivi ce principe rapidement en même temps que son plan en 21 chapitres (3 parties de 7 chapitres, 21 symbolisant à cette époque l'entrée dans l'âge adulte) pour écrire une histoire aussi originale en trois semaines. En 1986 Antony Burgess continue de revendiquer la pertinence de sa logique face à l'étouffante popularité du film de Kubrick. Pourtant ses arguments sont alignés avec une force de conviction décroissante. Il décrit la fatalité artistique d'être connu principalement pour ce roman (voire simplement connu grâce au générique du film pour la majorité des spectateurs qui ne lira jamais une ligne de son œuvre), roman mineur pour lui auquel il tient bien moins qu'à d'autres où il sait qu'il a mis plus de travail et où il a eu l'impression d'avoir mis plus de talent.