Je ne sais pas trop fixer à quelle époque ce carnaval des morts nous a été imposé. Je suis à peu près sûr que c'était avant les réseaux sociaux. Peut-être avec le renouveau "festif" des films d'horreur avant 2000 ? Le genre s'était lentement marginalisé une redéfinition moderne au tournant des années 70 : La Nuit des Morts Vivants (1968), Rosemary's Baby (1968) puis l'Exorciste (1973). Ces films créaient, sans forcément le vouloir, une dimension horrifique qui dépassait le film d'horreur de papa avec ses monstres bien identifiés (Dracula, Frankenstein, La Momie, Tarantula, La Créature du Marais...). Il y avait certes eu des précurseurs mais au sortir des années 60 un nouveau public faisait que le cinéma était mûr pour une horreur en prise avec le quotidien et non plus l'imaginaire : les zombies c'est le harcèlement de la société qui veut nous traiter en consommateurs passifs ; le Mal, le Diable c'est un malaise profond, délétère, qui peut s'immiscer en nous ou en nos proches si on n'y prend garde.
Une fois le genre attesté par le succès de ces films majeurs, il s'est décliné jusqu'à cibler plus précisément les adolescents. Et avant Scream (1996) on peut dire que le film d'horreur vivait plus grâce à l'explosion de la vidéo que par de réguliers succès en salles. Wes Craven, plutôt que de réinventer le genre qu'il avait beaucoup exploré, proposait alors une sorte d'hommage jubilatoire à ce qui ressortait de plus efficace dans ce qui était devenu des poncifs du genre. Surtout le premier Scream s'ouvre sur un élément narratif emblématique qui illustre parfaitement le genre a pû être créatif en cultivant des idées simples, en l'occurrence l'appel d'un inconnu.
Remontons le fil de cette idée qui fait mentir les snobs qui ne veulent retenir des films d'horreur que les clichés brodés sur un canevas de 'whodunnit' sanguignolant.
- Dial M for Murder (1954). Hitchcock a certainement inspiré toute une génération de nouveaux cinéastes, et forcément dans le développement des films d'horreur. Ne serait-ce qu'avec Psychose (1960). Ironiquement Dial M for Murder a dû être proposé en 3D. J'ai testé et ca n'a évidemment aucun intérêt (à par le buzz attrape-gogos) mais c'est justement la 3D qui avait sonné le glas d'un cinéma d'horreur de papa dans les années 50.
- I tre volti della paura (1963). Le sketch Il telefono utilise pour la première fois, à ma connaissance, cette idée originale d'une voix mystérieuse qui harcèle le soir au téléphone. Comme d'habitude Mario Bava excelle dans l'ambiance visuelle, la vision artistique depuis le décor aux relations entre les personnages, mais moins dans la mise en scène elle-même malheureusement. Trop théatral pour être magistral mais l'idée est là.
- Il faut attendre 1974 et Black Christmas pour retrouver l'idée au centre d'un long-métrage. Il y a d'autres trames narratives autour, mais c'est bien dans cette grande maison d'étudiantes (sorority house) que l'intrigue se concentre. L'idée de base est portée à son pinacle avec beaucoup d'efficacité. Je trouve triste que peu de monde connaisse ce film auquel John Carpenter doit presque tout (oui, Mike Myers n'a pas le téléphone) pour son Halloween, et croient que...
- ... When a stranger calls (1979) est d'une suprême originalité. En fait ce film corrige la faiblesse principale de Black Christmas : ne pas faire un huis-clos dans la maison et se disperser sur les histoires des personnages. Mais sur le fond c'est exactement la même idée horrifique (je n'en dis pas plus pour ne pas divulgâcher) avantageusement promue en trame unique.
- Et donc Scream (1996) qui rend un hommage officiel. Les critiques de l'époque ne parlaient que de la référence précédente, je n'ai pas fouillé pour voir si Wes Craven avait détaillé sa propre inspiration.




