vendredi 20 septembre 2013

La Grande Disette du Cinéma Français

Ça fait un moment que le cinéma français ne produit rien d'enthousiasmant. Les faibles performances de cet été (avec le fameux top 10 100% US du 13 août dernier) ne cachent même pas un succès de fond sur la niche du cinéma d'auteur. Oui les boites de production françaises tournent en rond et c'est un effet pervers du compte de soutient et de l'avance sur recettes de notre Très Grande et Très Glorieuse Exception Culturelle.

Printemps du Cinéma, Fête du Cinéma, et encore Rentrée du Cinéma relancée cette année : rien n'y fait, la Grande Disette du cinéma français dure depuis près de 6 mois - 6 mois qu'aucun film français n'a atteint la première place du box-office. C'est dire que les opérations marketing de soutien conjoncturel sont aussi peu efficaces que les aides structurelles cloisonnent la profession dans l'auto-satisfaction.

Cette Rentrée du Cinéma justement. Qui en a entendu parler ? A priori seuls ceux qui ont vu la bande-annonce réalisée par Olivier Mégaton (méga-réal d'ailleurs...) en allant au cinéma les semaines précédentes. On claque un budget de film publicitaire pour toucher une population qui va déjà au cinéma (et en ces périodes creuses, quelle proportion possède une carte d'abonnement qui les fera justement fuir ces événements ?).

Un cinéma de plus en plus petit face aux séries

OK, on ne peut pas dire que le cinéma aide à avoir le sens des réalités. Ça fait rêver les gens d'un côté, et de l'autre les "professionnels" se prennent pour autre chose que des professionnels : des demi-dieux, ou au moins d'ardents "défenseurs de la culture". Les spectateurs eux sont beaucoup plus captivés par les séries TV, tout simplement parce qu'elles sont plus créatives (les remakes de "V" et du "Prisonnier" n'en sont que de piètres échantillon qui ont vite disparu), et il faut reconnaitre qu'elles ne prétendent pas nous vendre des effets spéciaux 3D en gros.

Malgré la prétention du cinéma français on ne peut pas dire que notre production cocorico nationale soit un modèle de créativité. Même les séries françaises font meilleure figure que les derniers films "majeurs" du terroir. Les séries s'accommodent très bien du téléchargement gratuit qui leur permet de recruter de nouveaux fans et donc de nouveaux clients. Hé oui M. Nicolas Seydoux et consorts, c'est un vrai business model que d'accepter d'être "piraté" par 1 million de personnes pour que 50 000 achètent vos DVD. Oui, c'est dur d'accepter qu'un mauvais film téléchargé ne suscitera que peu de recommandations et peu d'achats (personnels et pour offrir) là où une série bien pensée et bien écrite va captiver un public sur la durée même si les 3/4 l'ont découverte en téléchargement ou en streaming gratuit.

Business model ET créativité sclérosés par la dépendance aux aides de la sacro-sainte exception culturelle (parlons un peu des profiteurs du système à grande échelle qui prennent sans rien produire de constructif derrière), je ne vois pas trop par où le cinéma français va se réinventer. Les politiques ne veulent pas risquer de se mettre à dos des gens qu'ils côtoient régulièrement (tout ce beau monde se convainquant mutuellement d'appartenir à une élite) et les esprits plus créatifs du secteur sont forcément attirés par des formes plus stimulantes (et plus lucratives) pour eux comme les séries.

Ah, au fait, le film retenu par le microcosme pour représenter la France dans le panel de l'Oscar du Meilleur Film en Langue Etrangère est Renoir. Vous en avez probablement peu entendu parler, mais voilà encore une fois qui est emblématique de décisions "politiques" où le serpent se mort la queue : on choisit le film qui correspond le mieux à ce qu'apprécient les votants (dans ce cas précis, les journalistes ciné à LA) et donc emblématique de l'idée qu'il se font d'une qualité française.
Ceci dit comment déterminer le meilleur film français sur cet horizon désespérément plat ?

lundi 16 septembre 2013

Histoire d'adaptation : Un Idiot à Paris

J'aime bien Audiard, mais Un Idiot à Paris ne pouvait être qu'un mauvais film. Franchement, je veux bien avoir l'esprit ouvert mais Jean Lefebvre en personnage principal d'un film sur grand écran, ça ressemble à une (très) mauvaise blague ou une encore plus mauvaise erreur de casting.

Finalement je suis tombé sur le livre de René Fallet il y a quelques mois et après l'avoir lu je me suis dit que je pourrais avoir la curiosité intellectuelle de voir ce qu'ils en ont fait au cinéma. Pour être tout à fait honnête l'argument "curiosité intellectuelle" seul ne tenait pas. Il se trouve qu'en découvrant l'an dernier l'excellent documentaire Michel Audiard et le triangles des Bermudes, j'ai pu voir trois extraits du film qui illustraient justement très bien le style et les thèmes du dialoguiste star.

Un des extraits était tout simplement la première scène d'André Pousse au cinéma. La présentation de la scène par André Pousse lui-même dans le documentaire est plus convaincante que la scène elle-même où le débutant parait laissé à lui-même par le réalisateur (il faut avouer qu'avoir un monologue comme première scène quand on n'est pas acteur c'est pas un cadeau).

Un autre extrait nous montrait la délicieuse Dany Carel en discussion avec une copine de turbin, dans une envolée classique chez Audiard sur le métier de péripapéticienne qui n'est plus ce qu'il était (cf. Bernard Blier sur la nostalgie des anciens tenanciers de maisons closes dans Le Cave se Rebiffe et les Bons Vivants ; le rapport de gestion de Mme Maude dans les Tontons Flingueurs - c'est d'ailleurs la même actrice qui joue la femme de Blier dans les Bons Vivants).

Un dernier extrait reprenait une pensée fulgurante d'Audiard, cette fois dans la bouche de Robert Dalban, toujours aussi mauvais acteur que Jean Lefebvre (ce qui est criant quand il arrive dans un second rôle, même bref, comme dans le Pacha) mais parfait en personnage loufoque de complément (cf. les deux, évidemment, dans les Tontons). Pas la peine d'écouter le gars sortir la réplique pour en profiter pleinement d'ailleurs :
Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistro, c'est te dire si dans ma vie j'ai entendu des conneries, mais des comme ça jamais.
Truc amusant, la tirade est drôle tirée de son contexte comme un petit bijou d'Audiard, mais elle est loin d'être exploitée au maximum de son ressort comique dans le film puisqu'elle arrive en chute de quelque chose de très mal amené. Ce qui est finalement le problème général du film : des répliques d'Audiard pur jus, qui ne sont pas à leur place dans la narration et desservent plutôt le propos.

On trouve justement sur Youtube deux autres exemples très révélateurs de ce qu'est l'adaptation d'Un Idiot à Paris. Tout d'abord un n-ième monologue magistral de Blier estampillé Audiard, et celui-ci a obtenu une aura spéciale par son commentaire social, chose rare chez Audiard qui évite d'ordinaire les sujets politiques par une pirouette anarchiste (ce qui est finalement le cas ici dans la mesure où l'action renvoie dos à dos patron implacable et ouvriers dociles).

Audiard y résume bien le personnage de Monsieur Dessertine, mais face à un excellent acteur comme Blier, avec en plus du Audiard à becqueter, comment faire exister un idiot du village, qui ne peut sortir les mêmes tirades, et de surcroît joué par une serpillère comme Jean Lefebvre ?

mardi 3 septembre 2013

Le cinéma français à la niche

Le cinéma français se porte toujours aussi mal depuis le fameux top 10 100% US (semaine 32 du 7 au 13 août 2013). La sortie de Jeune & Jolie, 7ème au box-office et seul film français du top15, a contribué à un rebond de la part de marché des productions de chez nous de 9% à 11,66% !

Ozon justement, la critique attend ses films. C'est un "auteur" comme on dit chez nous depuis la Nouvelle Vaguelette, mais vous me permettrez de ne pas écrire auteur avec un grand A tellement je trouve ce mot prétentieux (pour celui qui le revendique) et pédant (pour le non moins auto-proclamé connaisseur qui semble invoquer ainsi un talent divin, donc incontestable). Ozon tente un sujet "dans l'air du temps" : les ados de la "génération Facebook", plus un angle "osé" avec la pornographie.

Un analyste des médias semble découvrir à cette occasion une attirance croissante du cinéma "mainstream" pour ce sujet précis. Mais il faut voir que déjà le fantasme du porno de qualité date de l'explosion du X. A l'époque certains se sont montés le bourrichon à y croire comme un nouveau genre à part entière. La fiscalité puis la VHS aidant, c'est resté un simple segment du marché. Le fond c'est l'hypocrisie d'un porno "plus présentable" alors que concrètement il y a toujours cette barrière.
Mais les "artistes", au delà de la vieille prétention de faire du porno artistique (cf. par ex. les expérimentations de Marc Caro et Gaspar Noé) se targuent de faire tomber cette barrière dans le sens faire un film (non-X) avec un fort contexte/contenu porno. C'est autant un avouable défi qui flatte leur ego qu'une basse tentation de mettre les pieds dans la polémique pour faire parler d'eux, leur "courage", leur "vision tranchante de la société contemporaine" blablabla.

samedi 17 août 2013

13 août 2013, Exception Fatale

Que c'est-il passé le 13 août dernier ? Le box-office français a clos une semaine avec 10 films américains dans le top 10. Oui, pas un seul film français dans les 10 meilleures entrées en salles entre le 7 et le 13 août. Ça n'a l'air de pas grand chose mais ça n'était jamais arrivé. Le précédent record, d'après Davy de Cine-directors.net, remontait à 2000 avec 8 films américains en tête.

Alors certes le mois d'août n'est pas très favorable, et on a pu ponctuellement avoir ce genre de cas extrême se présenter au cours des 30 dernières années. Mais les circonstances aggravantes sont là : depuis 2000 aucune situation aussi critique. Pas de film français qui surnage sur une stratégie de sortie au cœur de l'été, 10 films américains. Oui, parce qu'il n'y a pas non plus un film chinois ou scandinave ou anglais... qui se positionne dans le tas. Et pour couronner le tout la semaine suivante (14-21 août) s'annonce aussi mauvaise pour le cinéma français avec toujours aucun film français dans le top 10 (9 films américains en tête suivis d'un film Sud-africain)*. L'addition est très sévère et risque donc de s'alourdir puisque déjà, sur les 2 semaines écoulées (31-32), la part de marché du cinéma français plafonne à 9%.

D'INTOUCHABLES A INSAISISSABLES

Davy revient d'ailleurs en détail sur l'année de résultats médiocres voire franchement minables pour le cinéma français. Certains osent dire que le coup de gueule de Vincent Maraval a porté préjudice au cinéma français. La bonne blague... La vérité c'est qu'il y a 18 mois Intouchables était l'arbre qui cachait la forêt de l'indigence de l'offre cinématographique française, bien calée sur ses prétentions d'exception culturelle. L'ironie c'est que le 13 août c'est un réalisateur français, rodé dans les écuries Besson, qui mène la danse avec Insaisissables (Now You See Me en v.o.), un gros film d'action avec une approche originale. Au passage notons que gros film d'action c'est le rayon Besson qui clame son attachement à la France tout en y produisant des films pas vraiment exceptionnels ni franchement culturels.

lundi 22 avril 2013

Marketing négatif, et avec des grosses bottes

Il y a des films, bons ou corrects, qui se plantent à cause du marketing. Soit on n'a rien fait pour amorcer la pompe (et à l'époque des réseaux sociaux c'est assez pitoyable) soit on s'est complètement planté dans l'approche. Là on peut donc parler de marketing négatif parce que même si on peut traiter de nuls ses responsables, l'effet n'est malheureusement pas neutre. On n'a pas deux fois l'occasion de faire une bonne impression, donc le film qui est marketé "à côté de ses bobines" se retrouve victime d'un préjudice organisé et qui en plus fait parti du budget de promotion !

Bon c'est pas pour autant qu'il vaut mieux, dans le doute, s'abstenir d'organiser la promotion. Ce cas de figure arrive quand un distributeur ne sait pas trop quoi faire d'un film qui n'a pas de "leverage" international à part éventuellement un ou deux acteurs connus. Au moins quand on fait une sortie technique on ne cherche pas à mentir au spectateur potentiel.

Entre les films sur la Seconde Guerre Mondiale et ceux sur l'Holocauste, j'en ai un peu ma claque. Pas besoin de le dire plus fort, il me suffit d'éviter ces films : c'est bien ce que fait le public quand il se lasse d'un genre, d'une franchise, etc. En revanche je ne peux pas trop échapper aux affiches qui mettent des grosses croix gammées pour attirer le chaland "Achtung! fenez foir, gross film sur événement essentiel de l'Histoire avec ein grand H comme dans..."

Franchement, ça s'adresse au public intéressé par un film sur un sujet aussi profond que la controverse sur la banalité du mal ? Quelle affiche dégueulasse. Même si on enlève le drapeau nazi c'est une affiche laide, creuse... bien la preuve que le premier plan n'était qu'un prétexte pour habiller la jolie bannière à svastika. Je ne sais pas qui est responsable de ce choix chez Sophie Dulac mais c'est lamentable. On distribue des films "intellectuels", on bénéficie de subventions du label 'art et essai' puis on essaie d'attraper son public avec des techniques publicitaires de lessiviers.

Je n'irai pas voir ce film au cinéma, même si le sujet m'intéresse beaucoup et qu'il a l'air de qualité. J'attendrais qu'il soit disponible en DVD avec une jaquette qui ressemble plus à l'affiche originale :


lundi 8 avril 2013

First Reel Contact

Des films qui démarrent sans perdre de temps il y en a (heureusement) beaucoup. Le contrat avec le spectateur est de ne pas l'assommer avec une introduction (ou pire un prologue), ce que l'on appelle "l'exposition" des enjeux, des conflits... et surtout la présentation des personnages qui doivent au moins éveiller notre curiosité s'ils ne suscitent pas l'identification à un certain degré.

En revanche des films qui arrivent à gérer cette exposition dans le générique de début ils sont rares et là on est forcé de dire chapeau !
J'en ai deux qui me viennent à l'esprit parce qu'ils m'ont justement marqué sur ce point, et leur dénominateur commun est un compositeur qui a su capter l'essence du film.

Shaft (1971), oui le Shaft original bien-sûr, pas le remake mollasson où Richard Roundtree fait juste une apparition.
Bon c'est à peine de la triche parce que le tube de Isaac Hayes a des paroles, donc le réalisateur n'a plus qu'à nous montrer le fameux lascar marcher avec assurance dans les rues de New York.
Bilan : cinq minutes de générique qui nous mettent dans le film sans qu'on ait besoin d'autre chose. Parfait.

Le syndrome de Stendhal (la Sindrome di Stendhal - 1996) : un film de Dario Argento parmi d'autres, je ne le conseille même pas (les fans l'on certainement déjà vu) mais le réalisateur y retrouve Ennio Moriconne (compositeur sur son premier film, L'oiseau au plumage de cristal en 1970) et le maestro nous pond le morceau qu'il faut pour que le spectateur 1/comprenne dans le générique ce qu'est le syndrome de Stendhal 2/soit plongé dans l'ambiance et 3/ soit intrigué par le personnage principal (Asia Argento).
Huit minutes pas perdues du tout puisque ce sont les plus intéressantes et efficaces du film (avec d'autres intégrant des œuvres d'art). Un coup de maître vraiment, même si le reste du film est sans intérêt pour ceux qui ont déjà vu ces histoires gore de tueur en série vicelard : L'oiseau au plumage de Cristal ou Rouge Profond (Profondo Rosso - 1975) font amplement l'affaire. Soit dit en passant, je trouve que dans ce dernier la musique de Goblin détruit au contraire l'ambiance.

PS je souligne l'importance de la musique pour nous plonger efficacement au cœur de l'action sans perdre de temps en palabres, mais bien sûr il faut en premier lieu féliciter les réalisateurs (ou autres dans l'équipe) qui ont imaginé un condensé de sens pour ne pas perdre une minute.

samedi 30 mars 2013

Intellectualisme et pédantisme sont les deux sphincters du cinéma

J'ai toujours détesté les analyses à la "mors-moi l'noeud" - disons capillotractées pour rester dans le ton - que ce soit en littérature ou en cinéma. On a en France une déplorable approche de la culture, engoncée dans la mode du structuralisme, qui permet à chacun de paraphraser des œuvres sans trop se préoccuper de les comprendre, mais surtout en leur faisant dire tout et n'importe quoi qui aura l'air vaguement cohérent avec ce que l'on sait de l'auteur, de sa vie, son époque et s'il écrivait plutôt en robe de chambre le matin ou en perruque poudrée le soir.

Le pédantisme, c'est étymologiquement l'art d'enseigner, faire œuvre de pédagogie. Le sens n'est aujourd'hui que péjoratif pour parler de cette tendance à étaler sa culture à tout bout de champ. Le pédant donne dans le concours de bite : c'est à celui qui montrera qu'il en sait le plus. C'est Question pour un Champion, les Chiffres et les Lettres... on apprend des encyclopédies et des dictionnaires.
Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement, et la conscience, vides.
Montaigne, Essais I xxv (Du Pédantisme)
Mais le pédant n'est pas gênant. C'est un autiste qui cherche des âmes impressionnables ou d'autres pédants à qui se mesurer.

L'intellectualisme, c'est une autre paire de manches : il prétend non pas à une supériorité quantitative, mais réellement qualitative. L'intello il prolifère dans cette catégorie socio-professionnelle qui prétend s'élever au-dessus des goûts populaires sans vraiment en avoir les moyens intellectuels justement. Il s'agit de poser, de se rassurer sur le fait que son statut économique et social n'est pas dû au hasard, à la chance, mais réellement à un intellect "supérieur".

Ainsi le cinéma français se complait-il dans ce côté intello, indépendant (de quoi ? dans notre système subventionné, avec l'avance sur recettes, on se le demande), proche des vrais problèmes de société/humanité/psychologie/temporalité etc. Ça donne des films imbitables et lourds ou au contraire désespérément creux à force de vouloir jouer la simplicité et le dépouillement.

vendredi 1 mars 2013

Histoire vraie : spéculation sur le sucre en 1974

Ces derniers temps j'ai eu envie de voir/revoir des films français des années 60-70. Clairement pas ma période de prédilection, moi qui exècre les prétentions prout-prout artistiques de la Nouvelle Vague (qui n'étaient qu'une posture politique de contestation dans une époque où tout était trop rose pour les petits nerveux des àChier du Cinéma), et justement c'est des films décriés comme populaires que je voulais voir pour me (re)faire une idée.

Dans le tas j'avais notamment envie de découvrir la masse de films mineurs dialogués (voire réalisés) par Audiard, parce que franchement, entre un film de Godard avec 2 pauvres idées perdues dans un pudding pédant et un film avec des vrais morceaux de dialogues d'Audiard... bon Audiard a travaillé à la chaîne sur tout et n'importe quoi, mais ça a donné des trucs inoubliables. Bref, j'ai un post sur le sujet dans les cartons.

Dans cet âge de Bronze du cinéma français j'avais envie de revoir Le Sucre (Jacques Rouffio, 1978). J'étais trop jeune pour tout comprendre à l'époque : il y est question d'économie, de politique, pas de manière trop pesante, mais l'adaptation du bouquin relatant la spéculation sur le sucre en 1974 est très complète.

L'histoire vraie : 1974
De 1000 francs en octobre 1973 la tonne de  sucre va se négocier jusqu'à 8000 francs (650£ sur le graphique) un an plus tard à Paris. Au milieu se déroule une spéculation complètement folle sur la base d'une rumeur de pénurie bien orchestrée.

vendredi 28 décembre 2012

Skyfall dépasse Golfinger

Dans le petit monde des chiffres du ciné on parle gros sous. Salaires d'acteurs 'bankables' et budgets qui se comptent en dizaines de millions de dollars (sinon, peuh...). A partir de 20 millions de dollars le film un acteur a droit à des articles sur son accession au sommet (effectivement c'est moins discutable que le talent), mais ça devient rare avec des deals qui ont une plus forte partie de variable, et à partir de 100 millions de dollars de budget... et ben théoriquement il y a assez de budget marketing pour acheter de l'espace un peu partout et même susciter des envies de papier chez ceux qui n'ont pas eu leur part.

En France on continue de mesurer le succès en salles en nombre de spectateurs, et pas en recettes brutes au guichet. C'est plus honnête, c'est une donnée plus fiable dans le temps, mais question marketing parler en millions de dollars (ou d'euros tant que ça existe) ça se pose un peu là ! Quelques économistes du cinéma font bien des études en corrigeant les données en dollars constants, en parité de pouvoir d'achat, pour pouvoir comparer ce qui est comparable, tout le monde s'en fout, on compare des choux et des carottes.

En France jusqu'à cet hiver Golfinger était - et de loin - le James Bond le plus vu en salles. 6 675 000 entrées dans l'année qui a suivi sa sortie (1965).

mercredi 12 décembre 2012

Histoire d'adaptation : Orange Mécanique


50 ans après la publication du roman, 40 ans après la sortie du film, quelques considérations sur l'adaptation littéraire à partir de ce cas unique : la conjonction des talents d'un écrivain et d'un cinéaste majeurs. Anthony Burgess a écrit Orange Mécanique en 3 semaines, Stanley Kubrick s'est lancé dans cette adaptation après l'échec du financement de sa lubie, un film fleuve retraçant la vie, in extenso, de Napoléon. En 1962 Burgess avait besoin d'argent. Kubrick en 1970 venait de décrocher un contrat à long terme avec Warner Bros, un contrat unique lui assurant indépendance financière et artistique.


Il est très difficile de lire Orange Mécanique après avoir vu le film. Le livre n'est pas très facile à lire, au moins au début, à cause de l'argot 'nadsat' inventé pour l'occasion, et l'histoire en elle-même n'est plus originale pour peu qu'on ait été marqué par le film. L'adaptation de Kubrick est un film tellement fort, tellement réussi que l'expérience de lecture ne peut qu'en être décevante après. Kubrick loue cependant de manière appuyé les mérites du court roman original :
« brilliant and original novel »
« I think A Clockwork Orange is one of the very few books where a writer has played with syntax and introduced new words where it worked. »
« A Clockwork Orange has a wonderful plot, strong characters and clear philosophy. »
(interview par Michel Ciment au cours des années 80)
Pourtant, à propos de Barry Lyndon, son film suivant, pour lequel il a aussi écrit seul l'adaptation d'un court roman, il explique qu'il est plus facile de tirer un bon film d'un roman moyen que d'un chef d’œuvre. Un monument de la littérature dégage une puissance monolithique trop riche et complexe pour ne pas devoir en passer par une simplification, forcément décevante, à moins de revendiquer clairement n'avoir eu l'ambition que de s'inspirer d'une partie de l'histoire1.

Toutes les qualités du roman Orange Mécanique sont concentrées et facilitent ainsi une vision simple de l'adaptation à convertir en scénario puis en images : « personnage central fort, excellente histoire » et stylisation qui s'impose avec le langage inventé. Cette stylisation demande un certain effort d'adaptation en langue originale, mais comme toute stylisation importante elle rend la traduction forcément laborieuse. Traduite visuellement la stylisation est enfin traduite dans un langage universel, c'est la force du cinéma dès le muet. Mais le roman a aussi, nous dit Kubrick, une « philosophie claire », en l'occurence la question du libre-arbitre :
« Do we lose our humanity if we are deprived of the choice between good and evil? »

Entre HAL-9000 et la chambre 237 : le chapitre 21.


C'est ici que la vision des deux auteurs diffère dans le détail sans différer sur la forme. Ce détail a d'ailleurs permis d'alimenter les nombreuses thèses sur le roman qui ont suivi la sortie du film, situation ironique où l'écrivain s'est retrouvé à assurer le service après-vente d'un phénomène dont il n'a touché que peu de dividendes. Ce détail c'est tout simplement un chapitre du livre qui a été coupé, et pas juste une chapitre anecdotique : le dernier chapitre. En résumé le film se clôt sur l'avant dernier chapitre de l'histoire racontée par Burgess, et ce 21ème et dernier chapitre est effectivement déroutant pour qui a vu (et apprécié) le film. Il s'agit tout simplement d'une sorte d'épilogue où le héros Alex atteint 18 ans (il en a à peu près 14-15 au début) et se trouve trop vieux pour cette vie de débauche recommencée. Il devient adulte nous dit l'auteur.

Si Kubrick n'a pas gardé cette fin « morale » à défaut d'être moralisatrice, c'est tout simplement parce qu'il avait lu l'édition américaine du roman et que Burgess avait accepté que l'éditeur US omette ce dernier chapitre parce qu'il avait besoin de l'avance. Kubrick avoue avoir appris l'existence de la fin originale alors qu'il finissait son adaptation. Pour lui ce chapitre avait l'air d'une concession de l'écrivain à un éditeur soucieux de la bonne morale ! Burgess se justifie2 lors d'une réédition US (1986) reprenant enfin l'intégralité des 21 chapitres originaux. Pour lui le romancier se doit de montrer que les personnages peuvent évoluer, donc ce dernier chapitre est essentiel. Sinon on est dans la fable, l'allégorie. On ne peut s'empêcher de penser que Burgess a effectivement suivi ce principe rapidement en même temps que son plan en 21 chapitres (3 parties de 7 chapitres, 21 symbolisant à cette époque l'entrée dans l'âge adulte) pour écrire une histoire aussi originale en trois semaines. En 1986 Antony Burgess continue de revendiquer la pertinence de sa logique face à l'étouffante popularité du film de Kubrick. Pourtant ses arguments sont alignés avec une force de conviction décroissante. Il décrit la fatalité artistique d'être connu principalement pour ce roman (voire simplement connu grâce au générique du film pour la majorité des spectateurs qui ne lira jamais une ligne de son œuvre), roman mineur pour lui auquel il tient bien moins qu'à d'autres où il sait qu'il a mis plus de travail et où il a eu l'impression d'avoir mis plus de talent.

dimanche 11 novembre 2012

Skyfall, ou Bond à la Bourne 3

Selon moi Casino Royale, par le réalisateur honni pour moi depuis Goldeneye, ouvrait une nouvelle ère où la franchise lorgnait sans vergogne sur le succès majeur du film d'action des années 2000 : la franchise Jason Bourne. Alors dans un grand élan de communion journaleuse on a voulu nous faire gober d'un coup le pipeau des communiqués de presse (oui, pour un monument comme 007 on doit avoir le droit de laisser sa rigueur professionnelle au vestiaire), comme quoi c'est le James Bond des origines tel que dépeint par Ian Fleming. Ah ah ah. Les bouquins de Ian Fleming, pour ceux qui ont essayé de les lire, ce n'est pas de la littérature, c'est de la "pulp fiction", des aventures au kilomètre respectant un cahier des charges minimal. C'est Barbara Cartland pour les mâles : on remplace le rose par du bleu, les roses par un Walter PPK, et au lieu d'enfiler les perles d'un discours sirupeux sur l'amour on parle de conquêtes faciles et d'aventures dépaysantes au volant de super bolides. Bref les clichés machos.
L'adaptation cinématographique ne pouvait donc qu'améliorer ça, à condition bien sûr de créer un véritable univers autour de James Bond. C'est ce que Cubby Broccoli (et ses associés successifs) a fait. Magistralement avec Sean Connery, un peu plus laborieusement avec Roger Moore... et puis il y a eu les autres (Lazenby, Dalton, Brosnan) qui ont été forcés de faire évoluer le personnage suivant la mode du moment.

jeudi 8 novembre 2012

Remix it: 125.000 œuvres numérisées du Rijksmuseum

Un bel exemple de ce dont l'équation internet + culture devrait accoucher plus souvent.
Un des plus grands musées de peinture du monde, équivalent aux Pays-Bas du Louvre ou du Prado, diffuse une collection haute définition de ses œuvres, dont l'usage et le partage sont libres et même encouragés. Au choix ensuite, produit dérivé payant ou jeu créatif ouvert. Thierry Noisette (blog ZDnet)
Thierry Noisette évoquait d'ailleurs précédemment sur son blog les cas de copytheft, c'est à dire d'appropriation abusive de copyright par des institutions comme Le Louvre par exemple (peut-on considérer qu'un léger travail de restauration tous les 20 ans justifie que le Louvre exige des royalties sur l'utilisation d'une image de la Joconde ?). Et si ce n'est pas déjà fait je vous engage à visionner le très bon documentaire de Brett Gaylor RIP: A Remix Manifesto.

mardi 16 octobre 2012

Le petit pirate en deux volumes

Et hop, une nouvelle étude qui affirme que le téléchargement illégal vient soutenir la consommation payante, pas détruire un pan vachement joli de notre industrie et culture d'identité nationale. « Les plus gros pirates de musique sont aussi les plus dépensiers en musique enregistrée » Et encore on ne parle pas de vidéo, parce que franchement pour les fans de ciné comme pour ceux de bonne zique, quand on aime on ne fait pas les rats.
Ah évidemment les maffias d'ayant droits n'osent même pas commenter ce genre d'analyse qui se multiplie depuis des années. Évidemment ça recentre le débat sur leur incompétence à anticiper, puis prendre le train de la révolution numérique en marche. Moi ce qui me choque le plus c'est que le discours alarmiste de chasse aux sorcières/culpabilisation nationale sous-entend que les associations d'ayant-droits reconnaissent qu'elles n'ajoutent aucune valeur ajoutée au delà de la duplication à l'infini des fichiers masters. Et les années passent et toujours pas la moindre honte à crier au feu hystériquement, et ces rentiers seront les premiers à incendier les français qui ne se lèvent pas tôt alors qu'eux mêmes ne font rien et, pire, nous postillonnent à la face avec des discours moralisateurs.

mercredi 6 juin 2012

Arrête ton Cinemascope

Il y a plus de 3 ans je me moquais de la télé Philips au format Scope 21:9. Et que découvré-je aujourd'hui  sur le blogeee de Pierre Lecourt ? Un ordinateur portable avec écran au format 21:9 !

C'est amusant de noter que Pierre a lancé son blog à l'origine sur le phénomène des EeePC, vite baptisés Netbooks, des petits portables pratiques et pas chers passés de mode avec l'arrivée des tablettes, mais qui avait enfin fait comprendre aux industriels de l'informatique grand public que le consommateur lambda ne voulait pas sans cesse plus puissant et que le prix était un facteur très important sur le marché mature des ordinateurs portables.

Je ne suis pas sûr que le concept de Toshiba soit très sérieux (franchement, travailler sur 2 beaux écrans, ok, mais sur un seul écran large et étroit en hauteur...) et ça montre qu'ils pataugent niveau innovation pour faire parler sérieusement d'eux. Même en version lecteur DVD portable pour fan de Scope le truc serait complètement superflu : c'est quand même très con : avoir des énormes bandes noires sur les côtés dès que ton programme est en 16/9, et encore pire pour tout ce qui n'est toujours dispo qu'en en 5/3 ou 4/3...
D'ailleurs, pour info, le format standard au ciné est le ratio 1.85 qui donne déjà des petites bandes noires sur un écran 16/9 (ratio 1.78).

Enfin bon, ça prouve si le besoin persistait que l'innovation (comme toute création d'ailleurs) passe par bien plus qu'une petite idée isolée et toute fière d'elle. Et ça me donne l'occasion de compléter le trivia sur l'histoire du format Scope :
Le format d'origine Cinemascope faisait un ratio démentiel de 2.55 (soit du 23/9), mais c'est le format VistaVision en 2.35, plus pratique pour les exploitants (même pelloche de 35mm), qui est resté, même après qu'on a arrêté de faire des films en VistaVision (1959) ou en Cinemascope (1967).
On parle de format Scope pour ce format XL, mais c'est un abus de langage (qui trahit le cinéphile pas très technique:) ) de parler de films récents en Cinémascope. Film emblématique du format, Il était une fois dans l'Ouest (1969) a bien un ratio de 2.35

jeudi 31 mai 2012

Débat spécial Taxe sur la Copie Privée

Merci à ZDnet.fr de proposer ce débat où les 2 positions principales sont clairement exposées.

D'un côté les ayants-droits, représentés par les organismes de collecte des sous (ici SACD et SCAM), en clair des administrations pompes à fric au discours ronflant, pompeux, mais plus nerveux dès qu'on parle du téléchargement illégal.
De l'autre les représentants des industriels du stockage (Simavelec) et des consommateurs (UFC-Que Choisir), un attelage qui ne tire pas dans le même sens, et pas avec la même énergie sur les mêmes points, ce qui fait que la petite maffia des ayants-droits a beau jeu de faire encore ce qu'elle veut.

Conclusion du débat :
Ces problématiques posent une critique récurrente : la commission est-elle inféodée aux ayants-droits ? “La commission décide tout sur des hypothèses, pas des études. Le CSPLA qui travaille sur le cloud est composé de 80 à 90% par des représentants des ayants-droit. Les associations de consommateurs, seuls garde-fous, ne sont pas toujours là. Nous n’avons pas les moyens des ayants-droit et de leurs syndicats, qui peuvent influencer toutes les décisions” explique avec désespoir Edouard Barreiro.
Hervé Rony défend la commission. “Tout ce que nous faisons est appuyé sur des études, sur des sondages et panels représentatifs avec le CSA. La réalité, c’est que les débats sont transparents. Une partie des consommateurs travaille en bonne concertation avec nous, donc oui [les industriels] peuvent se retrouver en situation de minorité. Ils sont en position de contestation de principe, ce qui n’est pas le cas de la majorité des consommateurs” estime le responsable de la Scam.
Ben tiens, la majorité des consommateurs est pour payer un maximum de taxes, c'est bien connu. Belle technique de jouer la division et de laisser croire que les absents sont dans votre camp, je faisais pareil avec mes parents quand j'avais 10 ans. Mais même si l'âge mental moyen du consommateur ne l'élève pas vers les hautes sphères de la Culture d'exception, personne ne nous fera croire que la Culture a besoin d'être encore plus subventionnée en France. Mieux subventionnée, alors là d'accord, parce qu'être un artiste (qui vit de son talent) ce n'est pas plus un droit que celui d'être augmenté sans autre mérite que l'ancienneté. C'est juste une convention. En revanche, consommer, c'est un droit, consommer gratuitement c'est une possibilité du marché (qu'elle soit légale ou non) et faire payer trop cher pour consommer c'est de l'escroquerie.

MAJ 01/06/2012 : ça chauffe sur Twitter, et si ça chauffe ça va finir par surchauffer et péter en vol, héhé !

jeudi 12 avril 2012

Le numérique à livre ouvert

Alors que le cinéma en France persiste à refuser l'évolution imposée par le numérique (voir les questions de chronologies des medias et plus généralement de tarification des différents types de visionnage depuis la salle de ciné jusqu'à la location pour 48h d'une copie de qualité standard - non HD), on peut être atterré de voir que le livre prend la même direction.

Et pourtant... l'industrie du livre a eu le temps d'observer et de comprendre ce qui se passe avec internet depuis 15 ans. On parle de livre électronique depuis le début des années 2000, Amazon a sorti son Kindle en 2007 avec un succès croissant jamais démenti : le côté inéluctable était quand même évident pour tous. Tous ? Non car un petit village de grippe-sous résiste encore et toujours à la réalité du monde environnant. Ah le bon vieux principe selon lequel il est extrêmement difficile de faire comprendre à un rentier qu'il va devoir reprendre des études pour trouver un métier et mériter un salaire. On a notre fierté nationale, notre exception culturelle qui ne doit pas être soumise aux dures lois du commerce et de la concurrence effrénée. En attendant ce sont de grosses multinationales qui demandent des lois d'exception, pas de pauvres artistes pris à la gorge par un changement dont ils ne peuvent que bénéficier, parce que oui, le but d'un artiste est de produire pour un public, pas de gagner plus ou moins bien sa vie. L'État lui est censé protéger l'artiste des spoliations sur la propriété de son œuvre. Et que voit-on actuellement, c'est à dire à un moment clé où internet s'ancre effectivement, qu'on le veuille ou non, au centre de notre vie ? On voit des discours grandiloquents sur la protection de la création, des grandes manœuvres pour protéger artificiellement les intermédiaires, les maquignons de la culture, et derrière ça surtout on assiste, éberlués, à l'inertie volontariste d'un secteur impuissant qui cherche des moulins à vent.

Demain le prix des livres au format numérique va chuter à un niveau de marché. Les gens achèteront plus facilement donc plus, mais cela demande de complètement repenser le métier d'éditeur. De petits éditeurs, des sociétés d'auto-édition font leur expérience en ce moment même. Oui, tout ça est en train d'arriver dans le monde anglo-saxon notamment. Mais en France nous avons un sacro-saint prix unique qui, sous prétexte de maintenir en vie un secteur (ben voyons, il s'agirait donc de subventionner les gentils libraires en rendant les prix des ebooks pas plus attractifs qu'une version papier), nous prépare un tsunami semblable à celui qu'ont connu la musique et le cinéma. Les français achètent de plus en plus de tablettes, de Kindle et autres liseuses (tarif d'entrée : 80 à 100 euros), les générations nées avec un ordinateur dans les mains sont déjà des actifs avec des familles, les générations internet et smartphone arrivent en ce moment sur le marché du travail, une part importante des seniors franchit le cap grâce au tactile qui simplifie tout...

Bref demain, en France, il y aura une forte demande pour des livres à télécharger pour quelques euros. Mais cette offre n'est pas prête. Certains éditeurs sentiront peut-être le changement en premier et auront le courage, sinon l'intelligence, de sortir des ebooks à quelques euros : 1€, 2€... 5€ maxi pour un livre attendu. Inutile de rêver à un tarif de 9,99€ pour un simple roman de quelques centaines de pages estampillées "Prochain Goncourt" car ce niveau de prix laisse trop d'espace au piratage qui, de toute façon, se développera du fait des protections numériques (DRM).
Au final, qui sera le premier à comprendre qu'il vaut mieux risquer de perdre 1€ que risquer de perdre 1 client ? et donc tester tout de suite une stratégie numérique claire : location 1 mois à moins d'un euro, achat mono-format (DRM) à 1,99€ et format ouvert à 4,99€ par exemple ? Là, l'offre serait claire et correspondrait très largement à toutes les attentes du consommateur : consommer vite et pas cher sans se poser de question ou acquérir une œuvre pour en disposer à son aise.

lundi 26 mars 2012

Auteurs au Smic

Enfin disons plutôt que les "ayant-droits" sont d'accord pour moderniser leur cerveau et accepter les moyens de distribution modernes dématérialisés (VOD à l'acte : location et achat ; SVOD, càd par abonnement) si on veut bien créer un système de protection sociale rien que pour eux. Évidemment ces messieurs-dames seront les premiers à s'offusquer du fait que notre pays n'avance pas à cause des syndicalistes rétrogrades attachés à leurs acquis...

Pas mal d'actualités à suivre donc ces derniers temps sur le blog de Pascal Lechevallier, en mettant en perspective la quinzaine écoulée ça donne :
  • 1. Les acteurs du secteurs n'arrivent pas à se mettre d'accord, en particulier pour faire évoluer la chronologie VOD-SVOD (post du 15/3)

  • 2. La première revendication de nos amis syndicalistes capitalistes est « Nous demandons à ce que soit fixé par décret un prix minimum de reversement aux ayants droit de 4 euros par transaction »
    4 euros par transaction pour les ayants droit, cela signifie un prix de vente TTC pour le consommateur de 8,13€ TTC. Pour un film en SD, en stéréo en sans bonus, et en location uniquement pour 48 heures. De quoi inciter les internautes à signer des pétitions pour la réouverture de MegaUpload !
    (post du 24/3)

  • 3. Pendant ce temps le marché US se structure sous l'effet d'une offre qui commence à être bien établie et une concurrence, a priori saine, entre iTunes, Amazon, Netflix et Hulu. (26/3)


Et pendant ce temps on a Hadopi qui continue à perdre du temps et de l'argent pour satisfaire ces petits barons de l'audiovisuel, et aussi à se justifier de manière créative. La pierre philosophale selon Hadopi : transformer d'hypothétiques artistes menacés en vrais fonctionnaires en surcis.

jeudi 16 février 2012

Série d'ici : Kaboul Kitchen

J'ai donc mis un peu de temps à essayer de m'accrocher à quelques séries US. La qualité est indéniable, je ne chipote pas là-dessus, mais c'est juste que je préfère découvrir de nouvelles histoires plutôt que de retrouver un univers récursif au rythme régulier rassurant.
Dernièrement j'ai vu la première saison de Homeland. Rien que pour Claire Danes il faut voir ces 12 épisodes (45min. et 80 pour le dernier) : waouh. En 12 épisodes le suspense reste correctement dilué sans que les scénaristes aient besoin de faire des contorsions abracadabrantesques avec l'histoire et les personnages existants ou sortis de nulle part. Au final je ne sais pas si la saison 2 (tournage au printemps) pourra démarrer sur les mêmes bases, mais la maitrise de l'équipe de production me laisse largement optimiste.

Pour les séries françaises je suis moins optimiste, évidemment. Mais mon opinion n'est fondée que sur des a priori que, comme toujours, je serais heureux de réviser et je dois dire que la campagne d'affichage pour Kaboul Kitchen m'a intrigué. J'aime bien Gilbert Melki (malgré le manque de véhicules consistants pour lui au delà du défouloir guignolesque des pieds nickelés du Sentier) et le slogan "Ici on a la détente facile" m'a plu. Bon acteur, accroche marrante, déjà ça éveille ma curiosité, et qui dit curiosité dit envie de découvrir un truc sympa, donc optimisme.

Avant d'aller sur le mini-site de la série j'ai dû voir une bande annonce au ciné qui a vaguement éveillé chez moi quelques doutes pour ce concept qui sent la comédie, oui, mais la comédie dans le cadre de Kaboul en 2005. Un petit doute quoi, mais plutôt un qui relève mon niveau d'attentes pour ce concept avant d'avoir plus d'éléments. Heureusement le mini-site n'est pas avare d'infos pour qui veut se faire une opinion précise a priori : extraits des 6 premiers épisodes, résumés, interviews des acteurs et des auteurs, com encapsulée d'un personnage de la série (mini-site et page Facebook d'Amanullah), bande originale... Franchement, le teasing était bien mais là on passe direct à de la mise à disposition en vrac pas du tout travaillée. Les réseaux sociaux c'est bien, raison de plus pour les utiliser dans ce qui fait leur puissance : la segmentation des publics suivant leur niveau d'attente, leur fidélité à la série, à Canal, etc.

Bon je parle business (j'imagine qu'il y a suffisamment d'enjeux derrière pour ne plus faire du marketing comme il y a 10 ans) mais revenons à la série que je peux, sans être présomptueux, juger sur pièces grâce à des dizaines de minutes de morceaux (certainement bien) choisis. Là je passe de vaguement dubitatif à carrément déçu. La série a l'air complètement bancale entre un concept qui se veut léger + burlesque et un contexte pas du tout marrant. Simon Akbarian ne m'a pas du tout convaincu dans son sous-Borrat (Amanullah) et autour de ce personnage de carnaval naviguent des vrais gens. Gilbert Melki est le patron du spot à expats Kaboul Kitchen où on trouve des méchants ridicules, des opportunistes cyniques à deux balles et des gentils avec une vocation humanitaire noyée dans tout ça et notamment dans l'extrémisme des mollahs tourné en dérision même si on rigole moins quand ils jettent des pierres ou quand on entend une bombe péter dans Kaboul.

Difficile équilibre donc. Je pense qu'au final ça ne marche pas. Amanullah n'est pas assez drôle (Borrat, lui, était décalé aux US, Amanullah est juste lourd à domicile) et les autres histoires font vraiment pacotille (Sous le soleil de Kaboul). En plus tout le monde parle français, ça fait vraiment toc, on n'y croit pas et je pense qu'on décroche assez vite avec tous ces morceaux mal assemblés.

Bon je vois que les auteurs sont Allan Mauduit et Jean-Patrick Benes qui n'ont pas prouvé grand chose sur grand écran, donc je me dit qu'on est encore dans le même problème que notre cher cinéma subventionné où on finance des concepts à peu près originaux sans se soucier de savoir si il y a vraiment du répondant derrière.

J'espère pour Canal qu'Al-Jazeera n'aura pas l'idée de relever le niveau sur ce créneau aussi !

lundi 30 janvier 2012

Hammer to rise


Pour ceux dont le goût pour les films d'horreur plane un peu plus haut que les gaudrioles trashy/artsy gore post-Dario Argento, la Hammer évoque certainement des ambiances plus lugubres, mais aussi plus ambiguës. Le fantastique gothique, dans la tradition des histoires de fantômes, des nouvelles sombres d'Edgar Poe, même après avoir pris un coup de vieux reste pour les amateurs un modèle de la production consciencieuse, par opposition à la production prétentieuse des générations suivantes qui se sont enfermées dans des niches "films de genre" bien confortables pour les egos et très efficace au niveau de la déclinaison produit rendue nécessaire par l'explosion de la vidéo.

L'article du New York Times sur la renaissance de la Hammer fait donc plaisir au delà du résumé de ce qu'il annonce en exposant clairement pourquoi la Hammer a cette place particulière dans le cœur des cinéphiles. Ceci dit, sorti de ce qui faisait le succès de la Hammer lors de la décennie 1958-68, faire des films d'horreur différents aujourd'hui est très compliqué. Le genre a été battu, rebattu et courbattu et l'approche de cette renaissance ne semble pas avoir un positionnement aussi clair que ce que le nom peut encore suggérer. A voir si Hammer redevient un label de qualité ou si les spectateurs n'y verront qu'une suite de productions dans le genre.

lundi 2 janvier 2012

2011 : verdict des salles Vs. des critiques

Pour rebondir sur la dernière news de 2011 et la très bonne fréquentation des salles (toujours supérieure à 200 millions de tickets vendus) je ne resiste pas à la tentation d'attaquer 2012 par un petit comparatif qui me permettra, une fois de plus, de rire des critiques.
A ma gauche, le top 15 "objectif" représentant 70 millions d'entrées (source) ;
A ma droite, le top 15 "subjectif" représentant en vrac les fantasmes de la critique (source) :

Rang


Titre


Entrées


Budget (m$/€)




Top des critiques


1


Intouchables


15,693


9,6 M€




1. DRIVE


2


Rien à déclarer


8,151


23,5 M€




2. THE TREE OF LIFE

3


Harry Potter et les reliques de la mort - Part.2


6,512


250 M$




3. BLACK SWAN

4


Tintin : Le secret de la Licorne


5,299


135 M$



4. TINTIN – le secret de la licorne

5


Pirates des Caraïbes : la fontaine de jouvence


4,754


250 M$




5. L’APOLLONIDE

6


Twilight - Ch. 4 : Revelation, part. 1


3,584


110 M$




6. MELANCHOLIA

7


La planète des singes : les origines


3,240


93 M$




7. POLISSE

8


Le chat potté


3,025


130 M$




8. SUPER 8

9


Le discours d'un roi


3,024


15 M$




9. L’ETRANGE AFFAIRE ANGELICA

10


Cars 2


2,970


200 M$




10. COMMENT SAVOIR

11


Les Schtroumpfs


2,774


110 M$




11. J’AI RENCONTRE LE DIABLE

12


Kung fu panda 2


2,646


150 M$




12. UNE SEPARATION

13


Transformers 3


2,623


195 M$




13. HABEMUS PAPAM

14


Black swan


2,617


13 M€




14. LA PIEL QUE HABITO

15


Fast and furious 5


2,518


125 M$




15. INTOUCHABLES


Qu'Intouchables n'apparaisse pas plus haut, rien d'étonnant, les comédies ce n'est pas assez sérieux pour les critiques. Mais bon, même si pour moi l'ampleur de la réussite tient beaucoup au casting d'Omar Sy, on est dans une autre dimension qu'avec les Ch'tis. D'ailleurs le sous-texte social du film est nettement plus puissant, il ne s'agit pas juste d'un gentil décalage culturel folklo.

On remarque donc que le Box-office 2011 a été squatté par des productions non-originales. La crise économique se traduit peut-être dans cette crise de la prise de risque créatif. Personnellement je pense que ceci va se payer sur la durée au niveau des entrées, je ne peux pas croire que le score d'un film aussi médiocre que le reboot Planète des Singes reflète plus qu'une optimisation marketing du distributeur. C'est le type de bouse qui doit obligatoirement sortir dans la torpeur du mois d'août, quand les jeunes s'ennuient en attendant passivement la rentrée et sont preneurs de toute grosse production vendue avec un message un poil rebelle.

Côté Top des critiques on voit que c'est la crise aussi. Qui voit un chef d'œuvre intemporel dans la sélection ? Là, comme ça, Intouchables timidement placé à la 15e place serait le seul film que j'aurai envie de revoir avec des amis en 2012. A noter qu'avec la côte d'amour de Spielberg auprès des critiques Tintin arrive à la même place dans les deux classements. Spielberg a le droit de faire des films qui donnent un peu trop dans le nian-nian sentimentaliste, les critiques regardent ses films avec un œil indulgent. Super 8 est un ridicule patchwork Goonies + E.T./3ème Type + Alien, un projet calibré pour être vendu à Spielberg et intéresser les 10-12 ans. Ça n'empêche pas les critiques de le mettre haut dans leur liste.

Enfin, le comble pour moi c'est quand même le hype qui a entouré Drive, un film bourrin avec un super-anti-héros associal et taciturne. Le tout avec des belles images léchées, un petit pessimisme-nihilisme c'est-ton-destin et une bande son (Cliff Martinez) qui parfaitement tout ça dans une branchitude décervelée. Au secours&nbp;. The Tree of Life ne surprend personne, Terrence Mallick nous assomme bien comme il faut avec ses images. Cette fois le mystique, le contemplatif ne sont même pas au service d'une histoire avec une dimension supérieure. On rentre en frontal dans la métaphysique. Parfait pour faire se pâmer des jurés à Cannes (et Groluc qui derrière nous chie des scénars de Taxi contre Yamakasi au kilomètre) et parfait pour éloigner un peu plus les critiques de la base des gens qui choisissent d'aller au cinéma plutôt que de rester devant leur télé.