dimanche 17 octobre 2010

The Social Network

J'étais très dubitatif sur l'intérêt que pourrait susciter The Social Network au delà de la curiosité pour "le film qui parle de Facebook." On verra comment le film se comporte après la deuxième semaine d'exploitation, mais pour l'instant il marche très bien.

Concrètement le film correspond à l'idée que je m'en faisais a priori. L'histoire en elle-même n'a strictement aucun intérêt. Ceci dit le script est excellent, les personnages sont bien croqués, le rythme est là malgré tout, le tout se laissant regarder avec des moments savoureux. Mais sans ce script intelligent et de super acteurs (les américains pourront toujours nous donner des leçons sur ces points) The Social Network serait très vite ennuyeux.

Comme je trouve que David Fincher est un cinéaste surfait, un clipper qui sait sentir l'air du temps mais qui n'a pas de sensibilité artistique, j'en reviens à ce vieux débat sur l'illusion de pouvoir dissocier le travail du réal et du scénariste à travers le résultat final. Pour me livrer à ce petit jeu de conjecture, disons que Fincher a fait un très bon boulot de chef de projet en s'appuyant sur un super scénariste puisqu'Aaron Sorkin a commencé sa mission avant qu'on affecte un réalisateur au projet (classique à Hollywood). Je ne pense pas que le film pouvait être plus intéressant que ça, donc je n'ai jamais eu l'impression qu'un autre aurait pu faire mieux que Fincher. Disons qu'il a bien fait son boulot sur ce qu'on lui a demandé. De là à s'extasier sur le travail de réalisation du film...

Je me marre (pas très longtemps) quand je lis ces ignares scribouillards des pages ciné trouver comme argument concernant l'apport de Fincher qu'il a eu l'intelligence de ne pas nous noyer sous les captures d'écrans d'ordinateur. Ben tiens, il n'est pas débile non plus. Je dis que ce n'est pas un grand réalisateur, mais il connait quand même très bien son métier. Bref, tout ça pour dire qu'un nom connu comme réalisateur ça fait parler ces baveux de critiques, donc ça converge vers cette opinion du film réduit à un bon produit marketing. Un réalisateur moins connu et potentiellement plus talentueux aurait pu faire un peu mieux, un peu plus tranchant, mais ça n'aurait pas été le film propre sur lui que les gens voulaient voir. Au final je suis sûr que ce film va passer dans les oubliettes du cinéma rapidement (d'ailleurs quelle carrière peut avoir un produit aussi calibré sur les autres supports ?). Comme tous les films de Fincher d'ailleurs : on parle de Se7en, de Fight Club, de Zodiac mais il ne reste rien de ces films d'esbrouffe qui sont sortis au bon moment et qui ne signifient plus rien pour celui qui les revoit.

lundi 27 septembre 2010

Brique & Brocard

Voilà Hadopi est en place, on va enfin pouvoir assister à sa lente asphyxie par inefficacité et, ce qui est moins drôle, au renforcement de tout le business parallèle (abonnement aux sites de DL, arnaques en tous genre, proxy, VPN notamment, renforcement de la sécurisation des sites de traffic d'images de perversions...).

Donc passons (enfin) à autre chose. Depuis plus de dix ans que je bosse dans l'univers du web et que je me tiens au courant (en tout cas j'essaie) de tout de ce qui se fait de nouveau, qui est dans le coup, qui prend un wagon de retard, je me rends compte que la révolution internet n'en est toujours qu'à ses débuts. Pourquoi ? Tout simplement parce que les grandes entreprises, ou plus généralement les entreprises installées sur leur secteur depuis des années, ne veulent pas concevoir internet comme une priorité.

Ma vision est simple, c'est d'ailleurs celle de tous les entrepreneurs du net : sil faut réfléchir et placer internet au centre de sa stratégie de développement. Evidemment c'est plus compliqué quand on a un passé et une énorme structure à faire évoluer. Mais le but est justement d'évoluer, de rester dans la course, d'anticiper les changements à venir. Malheureusement nous ne sommes qu'une génération de proto-geeks à être capable de penser "outside of the box". Nous, notre problème n'est pas de bien comprendre "ce qu'on fait avec internet" mais d'arriver à distinguer les tendances qui ne sont pas juste des fantasmes de geek mais réellement les prémices d'un mouvement de fond, d'un besoin en cours de définition, d'une évolution réelle pour le grand public.

Tout ça signifie qu'en ces temps d'abyssale morosité il reste de la place pour des entrepreneurs inventifs, courageux et ouverts sur le monde plutôt que sur leur smartphone... Personne ne donnait cher de la peau d'Amazon il y a 10 ans, c'est aujourd'hui une grosse entreprise et un modèle de réussite sur le net. Google n'était qu'un moteur de recherche parmi d'autres il y a dix ans, c'est devenu tellement gros qu'on en a peur. Les startups à la recherche d'investisseurs sont aussi beaucoup plus sérieuses qu'il y a 10 ans. C'est ça l'avenir. Et pourtant, j'ai l'impression que seulement 10% de la population active est capable de se positionner sur cette gigantesque priorité économique.

En conclusion j'attends ce qui sera le prochain projet "explosif", au delà de ces social media dont on nous rebat les oreilles depuis trop d'années déjà pour que ce soit encore à la pointe. La réponse de toute façon arrivera beaucoup plus rapidement qu'on n'ose l'imaginer.

mardi 24 août 2010

Les Officines de la Vertu

Ah la prévention par l'évocation de la répression, qu'est-ce que c'est mignon ! Normalement c'est après une infraction mineure qu'on pouvait avoir droit à l'indulgence du gendarme qui nous laissait nous en tirer avec une réprimande et un rappel du code et des amendes encourues. Mais ce qui est vraiment tendance aujourd'hui pour l'État c'est les campagnes de sensibilisation avec des arguments massue. Les images choc pour la Prévention Routière ou le barème en points et en euros des différentes infractions, pour tout ça rien à dire puisqu'il y a des vies en jeu chaque jour sur la route. On peut discuter de l'efficacité directe, mais pas de l'intérêt de la démarche. Par exemple en revenant d'Espagne cet été il était distribué un dépliant pour rappeler les limitations de vitesse et les sanctions pour dépassement. Recto en français, verso en anglais. Pas d'espagnol ni d'allemand, c'est sûr qu'il y en a qui ont réfléchi à la question.

Et puis il y a notre toute nouvelle Officine de la Vertu Numérique, l'Hadopi. Aujourd'hui ça fait vraiment vieillot de parler des autoroutes de l'information mais ils ont trouvé que les péages physiques étaient le lieux symbolique pour communiquer rapidement auprès des vacanciers qui ont envie de vite retrouver leurs problèmes quotidiens. Le grand fantasme des entreprises commerciales c'est de pouvoir analyser directement ce qu'on pense via nos habitudes de navigation. Le grand fantasme de l'État qui veut savoir ce que pensent les électeurs présumés en permanence via des sondages c'est d'éviter qu'Internet ne soit un "lieu" où il n'a aucune prise sur la communication. Les journalistes du monde physique répètent et commentent servilement les annonces, communiqués et petites phrases. Sur Internet les gens font des choses que les hommes politiques "arrivés" (de plus de 45 ans donc) ne comprennent pas. Et quand on a une haute opinion de soi comme les hommes politiques on va rejeter ce qu'on ne comprend pas.

Quel problème technique, quelle aporie, quel scandale va sonner le glas d'Hadopi ? Pour le contribuable ce serait tout de même mieux que d'avoir une commission qui vivote sans rien produire que des avertissements particuliers sans effet jusqu'à ce qu'on se décide à la supprimer. Et ou des fonctionnaires se prennent pour des justiciers en tamponnant des dossiers qu'on leur prépare en cuisine.

jeudi 15 juillet 2010

Tous coprod / we are producteurs

L'initiative du financement participatif n'est pas nouvelle. Pour se limiter au cinéma, on trouve sans peine des histoires de cinéastes indépendants faisant appel à leurs amis et leur réseau pour réunir les quelques dizaines de milliers d'euros nécessaires au tournage de leur premier film. Et sans se limiter aux cinéastes reconnus aujourd'hui, le numérique a démocratisé la possibilité de financer un court ou un long. Pour le meilleur et pour le pire, évidemment.

Certains ont vu là un "business model" pour la production indépendante et ont lancé des sites comme touscoprod.com, une idée évidemment repiquée aux US où elle a fait long feu. On ne va pas épiloguer sur le fait de d'élargir les participations au financement d'un film. D'un point de vue créatif il est assurément plus confortable de laisser des parts du film à des gens qui financent qu'à son équipe technique : on a un budget pour rémunérer au moins partiellement les énergies créatives donc le rapport est plus simple à gérer. En théorie.

Quand Groluc Besson lance WeAreProducteurs.com sur le même thème on peut se contenter de rire du nom, mais le gars nous étonnera toujours par son cynisme. Faire un appel aux petits porteurs quand on s'appelle Luc Besson c'est un peu comme si Liliane Bettancourt lançait une souscription publique pour payer ses impôts. Sauf que dans ce cas elle pourrait proposer un intérêt ferme garanti sur ses dividendes de L'Oréal, alors que Groluc se contente de faire miroiter des bénéfices futurs si le film marche (ce qui est toujours relatif, suffit d'ajouter une clause où on déduit tout un tas de frais comptables, de gonfler les frais de promotion etc.). Si je file de l'argent à mon petit neveu ou à un ami pour l'aider à financer son film, je ne me fais pas d'illusions sur le retour sur investissement mais j'ai le sentiment d'aider quelqu'un qui m'aura paru sérieux et motivé. Si je souscris à des Soficas je fais un placement relativement risqué, mais diversifié sur plusieurs films. Mais si je file du pognon à Besson j'ai juste le droit de voter pour quelques choix de production superficiels, un peu comme un téléspectateur de la Nouvelle Star.

Quand je vois le début de l'aventure capitalistique je suis conforté dans ma vision de la vanité d'un tel projet. Le public a voté pour un synopsis de ce qu'il aimerait produire, donc a priori voir. Bizarrement (ou pas) ça ressemble à ce dont il est abreuvé en permanence, des histoires d'enquêtes policières plus ou moins scientifiques avec de mystérieuses affaires classées sans suite (cold cases). D'un point de vue marketing c'est un gros fantasme que de se concentrer uniquement à faire ce que le public dit vouloir. Un mauvais marketeur va faire une étude avec des questions directes sur le genre de film que les gens veulent voir. Un bon marketeur va croiser les enquêtes sur les films que les gens sont allés voir et leurs opinions sur différentes tendances de l'actualité socio-culturelle. De ce point de vue poser à un échantillon de 8500 coprod potentiels une question non-neutre sur le film qu'ils aimeraient financer est complètement casse-gueule. On arrive nécessairement à un film de sondage, un film de consensus qui correspond plus à ce que les gens ont déjà vu qu'à ce qu'ils aimeraient voir.

Ceci dit il y a aussi le petit calcul des réseaux sociaux. En admettant que 10 000 personnes participent au financement, ça fait vite 100 000 puis 1 million de personnes touchées en direct lors de la promotion du film. Ce mécanisme fait baver quiconque à qqch à vendre, mais comme le buzz on connait les grandes lignes, on a des exemples de succès, et on ne sait pas comment le maitriser. C'est ça la puissance d'internet : les bons gros business du siècle passé pensent pouvoir arriver avec leurs gros sabots et se servir des outils internet en signant un partenariat ou se mettre des communautés dans la poche en alignant un budget marketing, mais ça ne marche pas comme ça. Une boite qui n'apporte pas d'abord quelque chose de concret sur internet avant d'espérer en profiter n'aurait rien compris. Comme je le disais l'an dernier "Ask not what internet can do for you, first ask what you can do for internet."

Et sur ce point le cynisme de Luc Besson nous étonnera toujours. Bien-sûr il est incapable de comprendre la révolution d'internet sur la société et le business puisqu'il appartient à une caste qui s'est fait des couilles en or sous l'Ancien Régime. Ça, on ne peut pas lui en vouloir, on risque tous de mourir cons parce qu'on ne peut pas tout comprendre du monde qui nous entoure jusqu'au dernier souffle. En revanche quand il affirme que WeAreProducteurs est là pour le réconcilier avec internet il est permis de le lapider. Parce que dans son esprit internet = manque à gagner du téléchargement illégal, donc si internet devient une source de financement docile (c'est sûr que c'est plus dur de négocier des parts de peloche avec OBC ou autres banques, hein ?) alors il ne sera plus fâché. Très belle conception de l'échange, Groluc, mais c'est vrai que chez toi le cinéma est plutôt un caprice de nerd égocentrique et rapace qu'une forme d'ouverture au monde. Avec tout le pouvoir qu'il a eu, et a toujours dans la production cinématographique française, il n'a fait émerger aucun talent. De surcroit il en est bloqué à penser que le public en général, et internet en particulier, lui doit quelque chose.

Pour me détendre il faut vraiment que je me repasse la vidéo de Mozinor sur la recette Besson !

EuropaCrap Rulez !

PS je n'ai jamais téléchargé un truc vaguement coproduit par Groluc, comme quoi, en s'attaquant à d'obscurs pirates il ne fait pas que s'aliéner son public potentiel !

jeudi 8 juillet 2010

The Social Network

J'avais eu une discussion il y a quelques années sur pourquoi on avait des films américains comme Wall Street (1987) (la suite a été présentée cette année à Cannes) et pourquoi le roman Bel-Ami de Maupassant n'avait pas été adapté par un cinéaste français. Dans l'esprit Michel Deville avait réalisé Le Mouton enragé (1974), très réussi en soi mais, défaut classique des films français, très limité en envergure. Le film ne risque jamais de laisser un souvenir inoubliable, ce qui est normalement typique des films médiocres. Médiocrité d'ambition alors ? Pour le coup Bel-Ami offre une vision de l'arrivisme politique et des collusions avec le journalisme qui présentent un sacré défi.

Le manque d'ambition du cinéma français n'est que le défaut générique de notre système bien protégé, notre exception culturelle où une poignée de producteurs se mordent la queue en cherchant à remplir des cases. Derrière ce défaut il y a une pose d'intellectuels bien-pensants "qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago" (Desproges). Le machin politique c'est Costa-Gavras qui tenait la boutique : faire des films sérieux ou la seule émotion est l'indignation. Ca fait roucouler à Saint-Germain-des-Prés mais ça ne pisse pas loin. Idem, quand Michael Moore leur dit ce qu'ils ont envie d'entendre sur les américains ils trouvent ça puissant. Mais au niveau des fictions politiques qui ont l'ambition de parler d'actualité on n'a eu que de misérables flops. Ce qui tend à entretenir l'idée que les français ne veulent pas voir de fictions ancrées dans la réalité du monde politico-économique.

Ceci dit, pour en revenir à Bel-Ami, le problème est qu'on ne peut pas avoir au cinéma un héros négatif qui montre en creux la corruption de son environnement. Si le méchant incarné par Michael Douglas est le personnage le plus important de Wall Street, la narration suit les pas d'un jeune ambitieux et naïf qui va avoir des problèmes de conscience une fois dans le délit d'initié au côté obscur.

J'ai repensé à ça en voyant que David Fincher (dit chez moi FincherPrice) allait sortir un film retraçant la création de Facebook en suivant son (peu sympathique) PDG Mark Zuckerberg. La communication autour du film essaie de faire monter le buzz, les attachés de presse s'évertuent à dire que ce sera le film événement de la rentrée. Une héros négatif ? Même si des personnages secondaires relevent le niveau moral c'est l'histoire de son ascension. Et je ne le vois pas chuter à la fin puisque les gens viendraient y voir une histoire vraie. Un biopic de Facebook ? Mais les 500 millions d'utilisateurs s'en foutent. Les coups tordus de la génèse de Facebook sont connus de ceux qui se sont intéressés à la question, mais les autres se contentent de jouer à Farmville comme des gros boeufs.
Personnellement je pense donc que le film ne va pas être à la hauteur du battage marketing qui se lance. Si le film est réussi la curiosité du sujet aurait fait le travail du buzz, là ils sont en train de réduire la perception des gens en boostant les attentes sur des points qui ne correspondent pas forcément à ce qui peut intéresser un public là-dedans. Typiquement je pense que ce genre d'histoire marcherait mieux avec un héros positif qui devient millionnaire plutôt qu'une histoire qui insiste sur les ennemis qu'il se fait au passage.
Beau défi pour Fincher ? Tu parles, ce mec est un clipeur qui fait mumuse avec sa caméra, on lui donne un scénar, il fait des belles images dessus. Cette esbrouffe marche plus ou moins suivant le scénar mais là, vu qu'il se contente de filmer ses personnages comme des gravures de mode, ça va être saignant.

mardi 15 juin 2010

Séries US - Dexter, là où se cache la violence

Dans mon expérimentation des séries américaines, je me suis penché sur Dexter récemment. Sur le pilote, je peux dire que le concept est très intéressant (malin cette idée pour faire d'un tueur en série un héros) et c'est très bien foutu.

Ceci dit, dès le pilote je vois quelques grosses faiblesses.

La principale : on met tellement le paquet sur le héros qu'il a l'air entouré de neu-neus. Peut-être que sa voix off prendre trop de place et empêche de développer les autres personnages, en tout cas c'est efficace à planter notre sociopathe invertébré. Personnellement, si je dois suivre je ne sais combien d'épisodes pour le voir se confronter réellement à un adversaire à sa mesure, je ne vais pas poursuivre l'expérience bien longtemps.
Voilà, ça c'était pour la grosse faiblesse structurelle au niveau des personnages. Mais il y a aussi une grosse faiblesse "idéologique" si j'ose dire, celle qui consiste à expliquer son statut comme une ultime leçon d'éducation donné par son père adoptif pour canaliser son besoin de tuer. Je trouve ça très malsain. Les ricains raffolent de ce concept de justice privée même si depuis les 80s on ne voit plus trop de Vigilante movies comme les fameux Death Wish (Un Justicier dans la ville) avec Bronson qui explose quelques malfrats pour palier les carences du système judiciaire. Je n'ose même pas imaginer combien Dirty Harry aurait été un bouse si les producteurs avaient voulu expliquer le comportement du personnage magistralement incarné par Clint Eastwood : son papa qui lui fait la leçon, qui meurt écrasé par un chauffard, sa soeur qui se fait violer... Beurk, quelle approche nauséabonde de la psychologie humaine que de vouloir réduire un personnage à une vengeance personnelle complètement désincarnée.

Bref Dexter ne met pas directement en scène la violence dans le hors-champ, ceci est anecdotique et pas traité de manière ludique "à la Tarantino", sur les 3 premiers épisodes en tout cas. Mais sur cette violence morale de chercher à tout prix à justifier, à expliquer, à relier l'obsession d'un tueur en série à quelque chose de rationnel dans la société, je trouve Dexter très nauséabond. Les meilleurs films violents montrent la violence telle qu'elle est, sans s'en repaitre, juste pour rythmer le récit. Justifier la violence est décidément la pire dérive sur les écrans de ces dernières décennies.

Bref, tout ça pour dire que malgré un très bon concept et un excellent personnage, Dexter me laisse doublement de marbre. Je regarderai peut-être d'autres épisodes à l'occasion, mais je suis assez déçu du traitement.

Et pour finir, mon point de départ étant de dire que les séries sont bien souvent mieux écrites que les films, je peux conclure sur mon petit échantillon personnel que les séries ne sont proportionnellement pas meilleures. Simplement on y rencontre des personnages qui sont mieux élaborés, plus profonds : normal, il faut tenir longtemps en leur compagnie. Le reste est tout aussi compliqué à réussir, et les séries sont quand même très prévisibles et caricaturales dans leurs rebondissements alors que les films ont un champ d'évolution narratif plus large. Inutile de dire que ce n'est pas demain que je vais laisser les salles obscures pour me transformer en geek des séries;)

vendredi 21 mai 2010

Les séries TV américaines (suite) - Flashforward

Me voilà de retour après quelques essais de séries US. Expédions le remake du Prisonnier avec Jim Caviezel. Absolument nul, je n'ai regardé que les 3 premiers épisodes alors que ce feuilleton n'en compte que 9. OK, c'est plutôt une série britannique, mais il est flagrant que ce qui fait perdre la tête aux producteurs, d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique, c'est le succès de LOST. (personnellement ça ne me fait pas tourner la tête vu que je trouve ça complètement naze, artificiel etc. mais ce n'est pas la première fois qu'une formule bien lourdingue marche à fond sur une population de drogués qui s'ennuient le soir après le turbin devant leur petit écran).

Pour résumer le syndrome de LOST, sans avoir à rentrer dans le détail sur la nullité du Prisonnier 2009, surtout par rapport au potentiel de la série originale : on dissémine l'information sur plusieurs épisodes et plusieurs personnages, on expose des bouts de backstory pour diluer le tout (ou, dans le meilleur des cas lier le tout), le contexte est l'intrigue principale qu'on ne livre au public qu'à coup de flashbacks parcimonieux. Au final, si l'histoire de base est déjà lourdingue, ce procédé narratif de radin du scénario donne un mélange totalement ennuyeux et pénible à suivre. Quiconque possède un peu de cerveau en éveil se rend bien compte du côté artificiel de la narration, alors si en plus les éléments de la narration elle-même sont grotesques, clichés...


FLASHFORWARD

Je ne me suis pas laissé démonter et me suis laissé tenté par le concept de FlashForward, série qui est diffusé en ce moment sur ABC. Concept simple, avec un côté surnaturel sympathique (certains disent SF, ce qui prouve bien que les fans de SF sont de grands naïfs) : un beau jour la terre entière perd connaissance durant 2 minutes 17 secondes et durant ce blackout les gens ont la vision de ce qu'ils feront exactement 3 mois plus tard.

Bref, voilà un concept très intéressant et en plus bien écrit au niveau des personnages (et des dialogues donc) et très bien interprété. C'est une série qui démarre fort donc, mais très vite les scénaristes s'emmêlent les pinceaux à vouloir diluer la sauce (gâter la sauce ?). Dès l'épisode 3 on nous balance un vieux criminel de guerre nazi emprisonné à Munich qui aurait vu quelque chose d'intéressant pour faire avancer l'enquête sur le blackout. Derrière, les intrigues avec des personnages secondaires deviennent trop présentes en même temps que les personnages principaux semblent patauger dans leur appréhension du problème. Et je n'en suis qu'à l'épisode 4 sur les 22 que compte la saison 1...

LE DOSAGE DU SUSPENSE, TRAVAIL D'ORFEVRE DE L'ECRITURE

Il est assez amusant de mesurer combien on peut facilement devenir accro d'une série au suspense bien pensé et, a contrario, à quelle vitesse on décroche dès que le suspense s'enlise ou est trop dilué. LOST use et abuse des gros effets, des gros retournements, des deus ex machina pour alimenter la chaudière. C'est gros, ça marche. Malheureusement pour FlashForward l'intrigue est plus subtile et ils ne peuvent pas inventer un monstre ou faire intervenir Darth Vador juste pour relancer le suspense à intervalles réguliers.

Après les deux premiers épisodes de FlashForward j'étais assez pressé de voir le suivant. Après, ils ont perdu le focus et j'étais moins pressé, ce qui n'empêche que, compte tenu des autres qualités de la série, je vais voir le reste de la saison dans les prochaines semaines. A mon rythme, surtout qu'avec le beau temps je ne risque toujours pas de me faire plusieurs épisodes à la suite.

Le problème principal avec FlashForward, malgré le concept original, c'est d'être revenu vers l'artifice classique du flashback. Sauf qu'ils s'agit de FlashForwards, mais au final on est exactement dans la même situation de dilution, avec des intrigues mélodramatiques qui étouffent l'atmosphère de suspense. D'après ce que j'ai lu sur internet les scénaristes ont tenté de réagir après le break hivernal, mais c'était trop tard. FlashForward s'arrêtera dès sa première saison après n'avoir livré que quelques réponses partielles sur le pourquoi du comment du blackout.

Autre problème : l'intrigue est protéiforme, il n'y a pas de méchants précis, il n'y a pas une situation de départ simple comme dans LOST ou 24, donc au moindre relâchement dans le rythme le spectateur décroche. Le break hivernal (3 mois entiers !) aura donc été fatal.

Enfin, je vois une dernier problème lié à l'intervention du surnaturel. Soit on bascule franchement dans la SF, soit on trouve des explications rationnelles (pour l'instant c'est la tournure prise qui a peut être lassé les spectateurs aussi) et on perd la magie du truc. Je pense donc qu'à ne pas faire de choix de positionnement précis sur ce point, les producteurs ont laissé leur bébé à lui-même.

Ceci dit sous forme d'un long métrage de 2h30, voire d'un téléfilm en 2 parties, il y a quelque chose à faire. Réduire 45 minutes x 22 épisodes = 16 heures à 4h en ne retournant qu'un minimum de scènes pour dynamiser le rythme plan-plan-coupure-pub original, ne devrait pas être trop compliqué. Si les producteurs étaient malins il laisseraient les internautes proposer leur montage d'un FlashForward Reduced. Mais je ne suis pas sûrs qu'on trouve des producteurs qui bossent pour ABC capables de comprendre comment utiliser internet pour décliner leur travail...

EDIT 24/5: FlashForward alterne le chaud et le froid. L'épisode 5 est un modèle d'accélération du suspense sans accélérer l'intrigue, mais ça se refroidit un peu ensuite et il est décidemment difficile de faire le tri entre toutes les infos accumulées sur les différents personnages, sans compter ceux pour lesquels on n'a pas de FlashForward, ou les nouveaux personnages.

vendredi 30 avril 2010

Les séries TV américaines

Il y a longtemps que je veux écrire un post sur les séries américaines. Problème  : je n'en suis aucune régulièrement, et pour tout dire je n'en regarde que très rarement. Je suis toujours assez curieux d'apprendre l'existence de nouvelles séries mais pas au point de vouloir regarder le pilote ou quelques épisodes pris au hasard.
A l'époque de Friends déjà (qui a peut-être lancé la tendance, quoique ce ne soit qu'une sitcom) je gardais trop de recul pour m'enthousiasmer béatement pour les péripéties des 2x3 héros + quelques guest stars. Pour passer le temps j'ai du voir 2 saisons qui trainaient chez un pote plus quelques épisodes de ci de là, mais globalement je n'aime pas être assis devant la télé. J'ai l'impression d'y perdre mon temps, je trouve ça insuffisamment stimulant depuis que je surfe régulièrement. Avant Friends je me souviens n'avoir pas du tout accroché aux X-files. Mais cette fois c'était spécifique au contexte paranormal qui m'a toujours laissé de marbre.

Tout ça ne m'empêche pas, par pure curiosité intellectuelle, de m'intéresser aux séries qui foisonnent depuis 2000. J'ai beaucoup aimé Dr House dont j'ai dû voir une dizaine d'épisodes, tous très bien construits autour de la même trame. Mais bon, je n'éprouve aucun besoin de me faire une saison entière. Il y a ce côté confiné, commun à toute les séries je pense, qui m'en détourne assez vite. Ce côté rassurant pour les gens élevés devant une lucarne me lasse très vite en fait. J'ai vu une grande partie des premières saisons d'Ally McBeal à l'époque où ça arrivait sur M6. C'était un rdv sympa que je suivais avec des amis de l'époque, mais j'aurais très bien pû faire autre chose de plus intéressant (bon ok, le but de la série est certainement de se reposer en pensant à autre chose). Dans la foulée il y avait Sex and the City qui m'a amusé le temps de 2-3 épisodes, mais j'ai surtout trouvé ça extrêmement futile. Je n'étais pas vraiment dans le coeur de cible et il est vrai que les séries s'adressent souvent à des populations plus ciblées que les films qui vont vouloir ratisser plus large.

SERIES US vs. CINE US vs. SERIES FRANCHOUILLES (arf)

Justement, petite parenthèse à propos de cette comparaison : il est devenu inutile de préciser que les séries US sont beaucoup plus créatives que le cinéma américain. La raison en est toute simple (et énoncée de manière très claire par John August sur son blog il y a maintenant bon nombre d'années : le scénariste est au cœur de la production TV alors que, dans l'industrie du cinéma US, il n'est qu'un simple employé aux écritures, corvéable à merci et surtout quasi toujours interchangeable. Je dis US mais la conception américaine déteint beaucoup sur les producteurs européens, par exemple, qui ont la fâcheuse tendance à se prendre pour Selznick ou Harvey Weinstein dès qu'un de leurs films a grappillé un peu de succès. A la télé US les scénaristes sont reconnus comme les véritables producteurs. Ceux sont eux les stars, pas un acteur bankable ou un réalisateur waou-dans-ta-face. Les scénaristes deviennent donc producteurs du show quand ils ne le sont pas déjà à l'origine du projet. Au bout d'un moment les meilleurs scénaristes se tournent vers la télé : ce sont les meilleurs justement parce que
  • ils n'ont pas l'orgueil de penser que la télé n'est pas assez bien pour eux

  • ce qui les intéresse c'est de pouvoir faire leur travail créatif dans les meilleures conditions, càd où leur importance est reconnu et où on peut mettre en place une collaboration efficace
Au final, si la série marche, ils pourront en tirer un ou plusieurs films, et quand bien même ce ne serait pas le cas ils auront pu donner le meilleur d'eux-mêmes, explorer un grand nombre d'axes narratifs, de pistes, faire vivre des personnages, etc. sans la frustration d'être aux ordres et de dépendre de manière absolue selon les humeurs d'executives qui ne comprennent rien à leur métier.

Cet aspect, qui différencie le succès des séries US de la tendre médiocrité des séries en France, je ne l'ai pas vu évoqué dans le blabla du sémiologue Vincent Colonna pour Télérama. Le seul truc que j'en ai retenu d'ailleurs c'est que les américains ont compris que la télé restait de la radio filmée (d'où l'importance primordiale des dialogues) alors qu'en France on veut encore faire du cinéma du pauvre sur le petit écran.

DU PAIN + DES JEUX = DES SERIES

Pour en revenir à décompter mes moutons (même si je n'ai pas suffisamment laissé de temps à une série de me faire un effet soporifique), je ne chante pas non plus des louanges à toutes les séries US qu'il m'a été donné d'essayer. LOST par exemple, pour avoir vu un épisode au hasard, puis le premier épisode bien des années après, je trouve ça complètement nul. Personnages en une seul dimension qui n'interagissent pas vraiment et sont juste déplacés par les scénaristes au gré des rebondissements qui, vu le nombre de saisons, doivent être très nombreux. C'est pour ça que je décrirais LOST comme un soap d'aventures. Donc faut pas trop en demander aux aventures.

J'ai vu le pilote de Californication. Marrant, mais bon, je n'ai pas voulu en voir plus parce que je suis à peu près sûr que ça n'a pas beaucoup de potentiel pour se renouveler. Jamais essayé 24 malgré toutes les incitations. Je dois avoir les 2 premières saisons sur un disque dur, mais ça m'intéresse de moins en moins. Dexter, Nip\Tuck, Desperate Housewives ? Jamais vu non plus. Savoir de quoi il s'agit suffit à satisfaire ma curiosité.

Ceci dit je suis assez attaché aux séries de mon enfance et là où des arguments cohérents ne pourront m'intéresser à une série contemporaine, la nostalgie me pousse à essayer de découvrir le remake du Prisonnier (avec John Caviezel et Ian McKellen). Étonnant, non ?

jeudi 29 avril 2010

Tintin 3D : le crabe aux oeufs d'or à l'américaine

Enfin, depuis environ 6 mois, on sait que le projet d'un Tintin mis en scène par Sielberg va voir le jour. La première fois qu'on avait parlé de ce projet c'était à l'époque où Spielberg faisait encore des films bourrés d'un enthousiasme digne des aventures de Tintin, et dépourvu de sentimentalisme lourdingue. Bien que ce projet d'adaptation n'ait pas vu le jour il y a 25 ans, il reste qu'Indiana Jones était devenu l'hommage de Spielberg à Tintin, alors que L'homme de Rio et les Tribulations d'un Chinois en Chine (de Philippe de Broca, avec Belmondo) restent les films les plus proches de l'esprit insuflé par Hergé à son héros au fil de ses aventures (1).

Indiana Jones est un quidam, habillé en archéologue pour lui donner de la densité, plongés dans des aventures truffées d'énigmes et de dangers qu'il affronte sans se défiler. Tintin à côté est beaucoup plus translucide, lisse et béatement courageux. Indiana Jones lui est vraiment humain, il a un côté geek, il a peur des serpents, il court à chaque fois derrière les méchants nazis mais n'abandonne jamais. Bref Indiana Jones est un Tintin réécrit pour le public du cinéma américain et c'était bien comme ça. D'un autre côté les adaptations en dessins animés de Tintin enlevaient beaucoup du charme des albums, mais permettaient de faire découvrir ceux-ci aux nouvelles générations, plus souvent scotchées à un écran qu'à des livres, même très coloriés.

Les technologies d'aujourd'hui permettront-elles de donner une nouvelles dimensions à Tintin ? Au niveau visuel on peut faire confiance aux américains pour être créatifs en restant dans l'esprit de l'œuvre originale, en revanche j'ai plus de doutes au niveau de l'histoire. Tout d'abord je pense qu'il faut poser Tintin de manière plus précise que dans les albums où il est vaguement décrit comme un reporter. Là aussi les scénaristes américains savent faire, mais j'espère même qu'Hergé leur aura réappris leur métier en termes de précision et de rythme. Le pire pour moi serait que Spielberg oriente ça dans le sens d'Indiana Jones 3 où il ajoute un père à son héros de BD (2). Il ne s'agit pas de recréer l'environnement quotidien du héros et c'est malheureusement la tendance chez Spielberg avec sa lourdeur sentimentaliste.

Personnellement, l'album où j'ai trouvé Tintin campé de manière la plus convaincante, dans le sens où il n'est pas juste happé par une aventure mais fait précisément un boulot de journaliste d'investigation, c'est le début du Pays de l'Or noir. On peut raisonnablement reprendre le canevas pour le lier à l'intrigue du Crabe au Pinces d'or puisqu'il s'agit, pour le premier film, de faire se rencontrer Tintin et Haddock (évidemment puisque Haddock est celui qui apporte son humanité aux aventures). Seulement, comment relier cette rencontre à l'aventure principale du premier volet de cette trilogie Secret de la Licorne/Trésor de Rackham le Rouge ?

Grosso modo je suis assez dubitatif, d'abord parce que pour le Secret de la Licorne il faut que Tintin connaisse déjà Haddock, ce qui demande d'enchainer le trafic du Crabe aux Pinces d'Or (et Omar Ben Salaad interprété par Gad Elmaleh) avec l'opposition aux méchants frères Loiseau. Vraiment bizarre. Mais surtout j'ai peur que dans ce besoin de tout raccorder, le capitaine Haddock ne soit plus présenté comme un vieil alcoolique et juste un truculent loup de mer bien propre sur lui. Quel que soit le talent de scénariste là, je suis très dubitatif.
Réponses certainement à la rentrée avec de premières images.


(1) Hergé a aussi, pour commencer, été largement influencé par le cinéma : en particulier le rythme des comédies muettes sur les premiers albums (Harold Lloyd par exemple) et certains cinéastes majeurs sur des exemples précis d'avant guerre notamment (Alfred Hitchock, Fritz Lang), mais il est le véritable créateur de ce héros emblématique du XXe siècle dont les aventures le portent aux quatre coins du monde, faisant exploser le cadre du quotidien de ses contemporains. En ce sens James Bond n'est qu'une déclinaison de Tintin, la plus marquante et pérenne certes, mais sans la création visuelle, donc dynamique, du héros les bouquins de Ian Fleming ne valaient pas grand chose.

(2) et je ne parle même pas de ce patchwork difforme d'Indiana Jones 4... Spielberg a quasiment tué son Tintin, espérons qu'il a retrouvé un peu d'enthousiasme juvénile pour Tintin. Sur ce point je fais plus confiance à Peter Jackson.

mercredi 6 janvier 2010

Meilleurs voeux et Avatar

Je suis encore en rase mottes pour passer sous le radar mais je prends le temps de vous transmettre mes meilleurs vœux pour 2010.
Meilleurs vœux pour le cinéma aussi, et pires vœux pour Hadopi en passant.
Hadopi est maintenant (presque) en place, je vais enfin (vraiment ?) pouvoir arrêter d'en parler.

Meilleurs vœux pour le cinéma, qui a de toute façon connu une excellente année question fréquentation en France. Avatar va se positionner parmi les 5 plus gros cartons de tous les temps. Est-ce qu'il sert la cause du cinéma ? Oui dans la mesure où il entretient l'envie de cinéma des gens. Non dans la mesure où il entérine la tendance à faire passer la technologie avant l'histoire et les personnages.

Pour ceux qui ne l'on pas encore vu, Avatar est extrêmement linéaire, plat comme ses personnages. Mais la 3D reste au service de l'histoire et l'univers de la planète Pandora et ses autochtones. Sauf que tout ça est beaucoup moins réussi que Princesse Mononoké dont c'est inspiré de manière évidente (entre autres créations poétiques de Miyazaki). Et on me rappelle que l'histoire elle-même rappelle fortement celle de Danse avec les loups...
Sans parler de la musique de James Horner qui rappelle constamment celle qu'il avait composée pour Titanic, burp.

mardi 10 novembre 2009

La pub dans Télérama n°3122

Sur les 80 premières pages précédant les programmes télés : 23 pages de publicité + 3 doubles pages (dont la fameuse double-page pour l'écran Philips 21:9 à 4k€) soit plus de 36%. Je n'inclus pas la couv, ni les encarts et les enveloppes délicatement placées avec le magazine à l'attention de l'abonné. Et je ne compte pas non plus les offres internes de Télérama gentillement placées en page de gauche, donc bien moins intrusives.

Bref, nettement plus d'une page sur trois est de la pub. Supporterait-on une chaine télé où il faudrait zapper aussi souvent ? On en est à 12 minutes par heure (soit 20%) sur les chaines privées et c'est déjà pénible. Que serait une chaine avec 22 minutes de pub par heure ? J'imagine que Télérama serait le premier à s'en offusquer. Quoique. J'ai l'impression qu'on est bien loin du magazine d'il y a quinze ans.
Je vais essayer d'en retrouver un pour faire la comparaison.

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot



J'étais allé il y a déjà bien 2 ans à la présentation d'une sélection d'images dans l'auditorium du Louvre. Des images magnifiques révélatrices d'une atmosphère qu'on aurait aimé découvrir dans un film fini. A défaut du chef d'œuvre qu'aurait pu être L'Enfer de H-G Clouzot, on peut donc désormais satisfaire sa curiosité, et bien plus, avec le documentaire co-réalisé (sur 2 ans 1/2) par Serge Bromberg, l'homme par qui l'amour du cinéma revient.

The Battle over Content 2

Ce post fait suite à The Battle over Content que je publiais il y a un an. Pour résumer j'écrivais pour répondre à Tristan Nitot qui s'offusquait du fait que des blogs populaires se laissent tenter à faire du publi-rédactionnels, ce qui dénature complètement l'esprit du web. En particulier c'est un argument pour dire, au pire avec ce vieux débris de Séguéla, que le web est un immense bordel où règne les pires rumeurs, où se montent les pires calomnies, mais aussi dans le meilleur des cas c'est tout simplement un argument pour dire que les blogueurs et les infos tirées du web ne valent rien par rapport à de bons journalistes qui connaissent très bien leur métier.

Et qui travaillent sous les ordres de Dassault au Figaro, ou de manière plus générale dans un canard largement dépendant de ses rentrées publicitaires ou des exclusivités accordées ? Qui fait du journalisme d'investigation en France à part le Canard Enchaîné qui justement n'est pas financé par de la publicité ? Personne. Et il faut chercher sur le web pour trouver justement de nouvelles manières de faire du journalisme plus près des gens et moins proche du pouvoir (de l'argent, du politique) avec par exemple Rue89 ou Bakchich.info (en espérant que ce dernier survive malgré le positionnement sur le créneau des hebdos satiriques du mercredi).

Face à l'offensive des programmes TV gratuits Télé 7 jours, autrefois la référence dans les chaumières, est à la ramasse. Pas grave, ça n'a jamais été du journalisme (pas plus que les interviews de Drucker en tout cas) et il y a Télérama pour remonter le niveau chez les gens plus exigeants, mieux éduqués, et blablabla. J'ai toutefois arrêté de le lire régulièrement : d'une part parce que ça fait 15 ans que je n'ai plus la télé, mais surtout parce que j'y ai noté une forte surcharge publicitaire après le virage du rachat par le groupe La Vie-Le Monde. Condition à sa survie et à la préservation de son identité nationale nous expliquait-on.

J'ouvre la semaine dernière le Télérama n°3121 qui fait sa couverture sur un dossier "La télévision numérique mode d'emploi, 52 pages de conseils". Le reportage sur La presse italienne contre Berlusconi et le portrait de Patrick Buisson ne font l'objet que d'une mention, mais je ne remarque pas ça sur le coup : malgré mon esprit critique acéré mon premier regard ne s'occupe heureusement pas de juger a priori. En y réfléchissant ce dossier, pas du tout de fond, aurait plus sa place chez 60 millions de consommateurs par exemple. Mais il ne s'agit pas non plus de tests, de critiques du matériel pour regarder la télé en 2010. A feuilleter les 52 pages on y voit surtout une sorte de catalogue Fnac destiné à faire rêver les CSP+ à l'approche des fêtes. Tout ça, encore une fois, c'est mon esprit critique a posteriori qui le me le fait dire. Le déclencheur c'est cette pub dans le numéro suivant (3122): double-page sur le téléviseur Philips Cinema 21:9 (pages 9-10). En y regardant de plus près il y a déjà une pub pour cet TV (et une autre) en page 2 du dossier ! C'est vrai que pour fourguer un écran cinémascope à 4000€ il faut mettre le paquet pour toucher les CSP++ et leur remettre le produit sous le nez pour faire monter le désir. Il ne doit pas y avoir beaucoup de fétichistes du Cinémascope (en fait 2.35 c'est le ratio du format de référence Panavision nous apprend au moins Télérama) donc il faut susciter l'achat d'impulsion, vite !

Bref, tout ça pour dire que l'argument de dire que le seul journalisme qui compte dans une démocratie c'est le journalisme papier, c'est du pipo. Le journalisme papier a beaucoup de leçons à tirer de ce qui se passe sur internet, comme les maisons de disques et les distributeur et éditeurs de contenu ciné. Le journaliste papier doit vendre du papier, ce n'est pas un service public (et heureusement question indépendance du pouvoir), et pour mériter son salaire la jalousie de ses confrères (pour une exclu obtenue) est plus importante que l'admiration.

A suivre : une petite analyse du poids de la pub dans Télérama.

dimanche 8 novembre 2009

Déjà vu : A Star is Born

Pygmalion, voilà un concept fort pour le cinéma et qui, bizarrement n'a pas été tant utilisé que ça sur le grand écran. En revanche George Cukor, que Clark Gable aurait fait virer d'Autant en emporte le vent parce qu'il dirigeait plus Scarlett O'Hara que Rett Butler, était manifestement très inspiré par le mythe. Il faut dire que Cukor est le réalisateur ayant "obtenu" le plus de nominations aux Oscars pour 21 acteurs dfférents qu'il a eu l'occasion de diriger. On en retient des rôles de femmes surtout (Katharine Hepburn, Audrey Hepburn, Judy Holiday...), mais pas seulement (James Stewart obtient l'Oscar en 1941 pour The Philadelphia Story alors que ses deux partenaires féminines se contentent d'une nomination).

Pygmalion c'est la pièce de George Bernard Shaw qui se trouvera convertie en comédie musicale à Broadway (1956) puis au cinéma par Cukor (1964) : My Fair Lady. Mais avant cela c'est une histoire de Pygmalion moins comique (et moins musicale) que Cukor avait déjà ré-adapté en réalisant le remake d'Une Etoile est Née (1937).

Pour avoir vu d'abord le remake en version 'restaurée' de 3h je pourrais ne pas être objectif en disant que la version rafraichie est meilleure. Sauf qu'elle est nettement meilleure. La réalisation est plus fluide alors que le film original est très, certainement trop, académique. Janet Gaynor soulève difficilement l'enthousiasme alors que c'est un rôle où l'on doit tout donner pour faire accepter au public cette histoire de jeune fille naïve qui devient une star. Fredric March est très bien de son côté mais on sent qu'il pourrait donner plus. Cukor, lui, donne une vraie dimension émotionnelle à l'histoire en dirigeant Judy Garland et James Mason.

Ceci dit, même réalisées sans chaleur, toutes les scènes clés sont déjà dans le film original, ce qui me permet de saluer un magnifique travail d'écriture de la part des scénaristes. La version de Cukor est aussi beaucoup plus longue, et avec les parties 'restaurées' (le son original sur des photos remplaçant les images perdues...) il est facile de dire trop long. Mais la longueur vient justement des scènes où l'on voit vraiment Esther devenir une star. Quoiqu'il en soit la dernière réplique, dans les 2 versions, me tire toujours les larmes aux yeux, donc, encore une fois, un réalisateur moyen ne peut pas complètement saloper un beau script.

PS. Pas vu : le re-remake de 1976 avec Barbra Streisand et Kris Kristofferson (ça sent un peu trop le véhicule calibré pour Streisand). Et on annonce un re-re-remake pour 2012 : une version moderne où une chanteuse aguerrie (Carla) emmènerait son mari en haut du hit-parade des vendeurs de soupe ?

lundi 5 octobre 2009

Hadopi 2 : Hadopi font du ski

Renforcé dans leurs bottes crottées par le vote d'Hadopi2, les lourdeaux de la Sacem qui brament contre le scandale du téléchargement illégal en remettent une couche sur le besoin de taxer les fournisseurs d'accès internet. Pourquoi ? Parce qu'ils auraient bénéficié, implicitement de l'offre de téléchargement illégal pour développer leurs ventes d'abonnement Haut-débit.

Quand bien même il serait prouvé que l'argument tacite du téléchargement gratuit et illégal a joué un rôle prédominant dans le développement commercial des FAI, encore faudrait-il mesurer cet impact. Des parents qui prennent un forfait Triple Play et qui ne connaissent pas grand chose à internet, contrairement à leurs enfants qui vont eux, éventuellement, télécharger en masse n'ont certainement pas pris en compte cet argument. Au contraire, moins ils s'y connaissent en informatique/internet plus ils vont avoir tendance à éviter de télécharger et à l'interdire à leurs enfants.

Mais pour avancer sur ce débat il faudrait faire une étude approfondie des arguments marketing des FAI en fonction de leurs résultats. C'est largement possible, même s'il n'est pas évident de se mettre d'accord sur un protocole d'étude, parce que les FAI sont des entreprises qui publient leurs résultats et doivent rendre des comptes à leurs actionnaires. Or la Sacem est un organisme tout ce qu'il y a de plus opaque.
Bref, quand la Sacem voudra bien faire preuve de plus de transparence dans sa gestion elle pourra peut-être commencer à demander des comptes à des entreprises dont l'activité s'exerce sur un secteur concurrentiel, par opposition à une administration privée établie dans un quasi-monopole de fait.

A lire aussi : tweeté par Ziknblog, un sondage Ipsos que n'utilisera pas la Sacem dans ses arguments fallacieux.

mercredi 23 septembre 2009

Les Délices d'Hadopi

C'était prévisible. Raphaël Anglade nous signale que les journalistes papier (au cerveau plus lent et plus servile que celui de leurs confrères qui pensent d'abord Internet) viennent de se rendre compte qu'Hadopi n'est qu'un prétexte au contrôle du web.

Évidemment ils ne s'en seraient toujours pas rendu compte s'il n'y avait pas une mesure qui les touche directement :
Les "œuvres" des journalistes pourront désormais être exploitées sans rémunération supplémentaire sur tous les supports d’un même titre.
Hé oui, on ne peut pas copier sans limite les œuvres des artistes, mais les journalistes ne sont eux que des ouvriers de l'actualité et de la propagande.

Après le petit bout de loi empêchant la secte de Scientologie d'être dissoute en France (et toutes les personnes morales convaincues d'escroquerie), les amendements votés pour limiter l'inégibilité des parlementaires, il y a vraiment qqch de pourri au royaume de Sarkozie. En tout cas un sacré sens inné de la mission de droit divin, balancé sans complexe au beau milieu de la République et sa difficile définition du bien commun.

jeudi 17 septembre 2009

Déjà vu : Out of the Past/Against All Odds

Out of the Past (La Griffe du passé - 1947), aussi connu sous le titre de Build my Gallows High (Pendez-moi haut et court), est tout simplement un des chefs d'oeuvre du film noir. L'idée d'en faire un remake est donc éminement foireuse d'entrée, et à plus forte raison s'il s'agit de faire le remake au coeur des années 80.

Notre petite jurisprudence D.O.A. nous montre en effet que les insouciantes, lumineuses et tape à l'oeil 80s sont tout ce qu'il y a de plus éloigné visuellement de l'époque des films noirs. Le contexte morose se prête pourtant aux histoires de héros poursuivis par la fatalité, mais en plus du manque d'un style propre après la fureur des années disco, de la libération sexuelle, les années 80 sont assommées par le retour des valeurs (morales) des années Reagan sur fond de crise économique permanente, au détriment du sens de la vie (c'est le travailler plus pour gagner plus avant l'heure). Ajoutons à ça que la "nouvelle vague US", les jeunes réalisateurs prometteurs des 70s (Spielberg, Scorsese, De Palma, Coppola...) sont vite rentrés dans le moule d'Hollywood pour faire ce qu'ils savent faire sans prendre trop de risques. Pour le cinéma des années 80, l'esthétique est entièrement écrasée par la puissance financière des groupes qui ont racheté les studios. Les pontes des studios voient progressivement la manne de la vidéo et du public ado s'imposer comme les bases d'un marché juteux. Pour moi le résultat se résume à la série Miami Vice : du soleil, des héros seuls, mais globalement indestructibles, et avec tellement de compensations en nature...

PAS DE FEELGOOD MOVIE DANS MON FILM NOIR, MERCI

Rien ne rapproche notre héros de film noir de Sonny Crockett ou Ferris Bueller ou Bud Fox, le héros de Wall Street, perdu face à Gordon Gekko, un nom qu'on retient plus facilement grâce à l'écrasante présence de Michael Douglas dans ses quelques scènes. Mais l'ambition d'Against All Odds (Contre toute attente - 1984) n'est pas d'être un remake (ou alors ils ont vraiment perdu le fil et la bobine en cours de route !), ce qui évite déjà au film d'être jugé, et descendu en flammes, sur ce plan là par les fans de films noirs. Le film de Taylor Hackford ne fait que reprendre le fond de l'intrigue pour en faire un film romantico-policier. Ce genre, finalement assez typique des 80s (Polanski va malheureusement marcher dedans avec Frantic) n'avait pas d'avenir, comme toute l'esthétique des années 80 qu'on essaie de nous refourguer aujourd'hui. Pourtant j'ai un petit faible pour ce film mineur. Jeff Bridges y est excellent, même si son rôle est trop propre comme tout ce qu'on lui demande à l'époque, entre la guimauve de John Carpenter (Starman) et l'insignifiant dernier film de Hal Ashby (8 millions Ways to Die) dont le potentiel noir a été laminé en cours de production. Et Rachel Ward est sublime. John Woods est très bon aussi, comme toujours, mais son rôle est trop limité par rapport à la menace sournoise incarnée par Kirk Douglas dans l'original.

Bref on peut voir ces deux films indépendamment, sans se douter d'une vague filiation entre eux. Le premier est tout simplement excellent, l'autre peut faire passer un bon moment si on n'en attend rien de particulier. Quoique cet exemple ne soit pas très convaincant, il reste que la meilleure façon de concevoir un remake est de s'affranchir totalement du film original. Si le film original est un chef d'oeuvre on part perdant, mais contre toute attente on peut alors en sortir qqch d'intéressant et, paradoxalement, d'original.
So take a look at me now, cos there's just an empty space
And there's nothing left here to remind me,
just the memory of your face
Just take a look at me now, well there's just an empty space
And you coming back to me is against the odds and that's what I've got to face.

mercredi 9 septembre 2009

RIP! A Remix Manifesto

Le PDG de Sony Music France, et président du Snep, ferait bien de regarder le documentaire Rip, A Remix Manifesto avant de se ridiculiser par sa petite poussée d'urticaire.

Encore un peu et il va traiter les gens qui critiquent Hadopi de terroristes (c'est déjà le fond de la pensée unique qu'il partage avec ces potes bloqués du bulbe: pirates = pas de quartier). C'est sûr que c'est le genre d'argument à faire un beau débat démocratique.

UN PERE FOUETTARD A LA PETITE SEMAINE
Christophe Gnagnanère, tu as du temps à perdre à commenter les propos d'anonymes que tu présentes comme pas du tout crédibles. Tu dis que les opposants à Hadopi sont des délateurs parce qu'ils veulent publier la liste des députés qui ont voté pour la loi ? Parler de délation alors qu'il est tout à fait normal, pour commencer, de vouloir savoir à quelles discussions a pris part son député, puis comment il a voté, c'est de la malhonnêteté intellectuelle. T'as beau jeu de montrer ta gueule, tu ferais peut-être mieux d'essayer de dire des trucs mieux argumentés en te cachant sous un pseudo et de t'exposer seulement le jour où tu es sûr d'avoir tout compris.

De toute façon, inutile de discuter avec des gens qui sont techniquement (et intellectuellement) incapables d'avoir le moindre recul sur leur secteur et l'évolution du monde. S'ils avaient la capacité de comprendre, l'ouverture d'esprit, s'ils n'étaient pas aveuglés par la colère face à ce qui menace leur haute opinion d'eux-mêmes, ils iraient de l'avant et investiraient leur énergie, leur temps et leur salive dans un business innovant. Ils ne resteraient pas raides dans leurs bottes à défendre leurs châteaux de sable menacés par le réchauffement climatique.

lundi 24 août 2009

Speedciné

Depuis un an environ j'entends parler de gens qui regardent des films (des épisodes de leur série préféré pour commencer) en streaming. Peut-être parce que je deviens vieux, je reste fidèle au bon vieux téléchargement qui me permet de regarder le film quand je veux une fois qu'il est sur mon dur. Au passage il m'est arrivé de télécharger certains films (700 Mo) en moins d'une demi-heure... pas sûr que le streaming permette le même confort de visionnage.

Le gros argument du streaming c'est qu'il n'y a rien d'illégal pour l'internaute. Personnellement je trouve ça très petit comme justification, c'est vraiment de l'hypocrisie. Quand je télécharge un film je n'ai pas honte et je n'essaie pas de me mentir sur le caractère légal du truc. Je ne le fais pas non plus par esprit revendicatif, mais simplement comme un consommateur lambda abreuvé de pub pendant des années qui se retrouve avec un service "instant gratification" plus performant que tout ce qui existe sur le marché officiel.

Si demain tout le monde se met à laisser les clés sur sa voiture et que les gens n'abusent pas du système, je peux donc, en cas de besoin, conduire dans une voiture "volée" (en tout cas sans avoir les papiers en règle) en bas de chez moi, ce qui m'évite par exemple d'en acheter une ou de prendre un taxi. Surtout, dans la mesure où une voiture est dispo en bas de chez moi, le service défie toute concurrence.

Le haut-débit + les rythmes de consommation frénétiques, la génération kleenex, tout ça contribue à bousculer les éditeurs de contenus trop longtemps habitués à tenir fermement les vannes de leur catalogue.

Fondamentalement est-ce que le streaming change quelque chose ? Oui s'il tend à montrer le gaspillage d'énergie de courir après des voleurs à l'étalage par rapport à la lutte contre le terrorisme par exemple.

Comme le démontre Chris Anderson dans son dernier livre, il faut bien comprendre que l'économie de l'internet suppose d'accepter d'offrir du contenu gratuit pour toucher un maximum de personnes, parmi lesquelles une minorité paiera pour avoir du contenu premium, c'est à dire dans le cas d'un film, de le voir dans des conditions meilleures que sur un écran d'ordinateur et en dépendant du débit des données en mémoire tampon et de la qualité de l'encodage pirate.
C'est évidemment contre-intuitif pour tous les vieux cons comme moi qui sont nés bien avant qu'internet n'explose, mais c'est comme ça, il faut savoir écouter, comprendre et s'adapter.

Pour l'instant, l'avenir du streaming parait lié au développement des offres de VOD. Speedciné est un site portail tout ce qu'il y a de plus légal, mais à la base il propose le même service que n'importe quel répertoire de torrents. La garantie de qualité (c'est le minimum) du fournisseur en plus.
Petit détail supplémentaire auquel je tiens, il met en avant une catégorie de films gratuits (en fait, tombés dans le domaine public la plupart du temps) comme le font publicdomaintorrents.com ou archive.org de manière nettement plus underground. Le gratuit est donc encore une fois présent et c'est lui qui crédibilise un service dès le départ, et sur le long terme.

mercredi 8 juillet 2009

Exces de vitesse sur internet

Au cinema on ne fait des suites que quand un film a cartonne. Hadopi a en effet bien cartonne, dans le sens d'un beau carambolage legisatif, et c'est peut-etre pour ca qu'Hadopi2 fait la concession de mettre la justice dans la boucle, mais au niveau d'une procedure sur ordonnance genre exces de vitesse constate = coupable presume.

Plutot que de suivre connement les atermoiments de notre omnispresident, le monomaniaque du refoulement profond pour le citoyen inconnu et de la legion d'honneur pour ses courtisans, mettons un peu de perspective.
Samedi on annoncait la mort (dans l'indifference generale de la presse franchouille) d'Allen Klein. Celui-ci fut un manager impitoyable autant pour ses clients comme les Stones, les Beatles, que pour son propre compte. Son approche pour seduire ses clients ? Comptable New-Yorkais, il aura ete le premier a voir combien les maisons de disques exploitaient leurs artistes, a l'exposer et donc a obtenir des contrats bien plus juteux pour ses clients, quitte a se servir un peu trop au passage. Ces contrats juteux d'alors sont aujourd'hui la norme puisque il s'agissait, avant meme la negociation des conditions financieres, de bien attribuer leurs droits aux artistes. Avant Allen Klein, les royalties n'etaient qu'une obole conditionnelle accordees aux auteurs... Les rapaces de l'edition profitaient d'un fait : s'il y a bien une categorie professionnelles qui ne pense pas a sa retraite, c'est les artistes.

Alors aujourd'hui on vient defendre les maisons de disques, ces grands mecenes de la cuture ? Il faudrait remettre les choses en perspective une bonne fois pour toutes, et considerer l'evolution du secteur sur le long terme. Oui,forcement ca depasse la majorite des hommes politiques qui vivent a la -courte- echelle d'un mandat, d'une echeance electorale. Malheureusement les plus ambitieux vivent concretemenet leur posterite sans depasser le stade du poster.