mardi 27 janvier 2009

Signaux de fumeurs

Pourquoi autant de bons documentaires viennent des US ? (je parle de documentaires qui ne font pas juste joli, mais aborde des questions politiques ou socio-économiques)
Parce qu'il suffit de se baisser pour ramasser un sujet tellement riche qu'on peut pas se tromper. D'ailleurs il suffit de pousser un peu pour en tirer une fiction (pitié, pas Révélations...).

Il y a 15 ans plusieurs états des US avaient déjà interdit de fumer dans les lieux publics. Suivant l'humeur locale fumer dans la rue ou dans un jardin public pouvait donc être passible d'une amende (voire de prison si on compte les outrages à agents provoqués).

Maintenant, ça y est, il est même interdit de fumer chez soi !

Il ne reste plus qu'à créer un secrétariat d'Etat de l'immigration et de la santé nationale (et du co-développement des mes bronches) pour organiser des charters afin que les rebelles puissent aller fumer librement au Mexique, tout en continuant d'acheter leurs clopes aux US.

dimanche 25 janvier 2009

Privé de copie

Méfions-nous toujours de ces entrepreneurs très sûrs d'eux qui se mettent en scène comme des défenseurs de la liberté du consommateur. M-E Leclerc vient régulièrement faire l'hypocrite dans les médias pour dire combien il lui est dur d'être obligé de faire d'aussi grosses marges à cause de la loi qui l'empêche de vendre moins cher.

Et puis plus dans l'actualité éphémère du web, il y a Wizzgo. Les créateurs se sont vus très malins avec le lancement d'un magnétoscope universel en ligne. M6, TF1 leur tombent dessus et ils viennent pleurer, lancent une pétition (ah la démagogie, toujours !), se présentent comme un service innovant qui va résoudre le problème du téléchargement illégal... Rien que ça. Malheureusement, comme l'expliquait en détail il y a 15 jours le scénariste John August sur son blog (Cablevision and the Infinite TiVo), le concept reviendrait à institionaliser le téléchargement aux mains de ces fournisseurs de service tout puissants.

Pour résumer, Cablevision (ou Wizzgo) proposent un service de magnétoscope en ligne, donc à partir d'un certain nombre de clients ils sont obligés de tout enregistrer. Ils constituent ainsi une gigantesque bibliothèque des programmes TV au fil du temps sur laquelle ils n'ont aucun droits. Comment peut-on imaginer qu'ils vont en rester à un service limité quand leur catalogue devient illimité ? Qui peut les empêcher de commencer à mettre en place des abonnements pour rattraper les programmes de la veille, qu'on a oublié "d'enregistrer", c'est à dire d'en soliciter à l'avance la disponibilité différée ?
Les catalogues de contenus sont le nerf de la guerre, c'est le seul bien qui permet un revenu récurrent avec des frais de structure forfaitaires. Qui peut être assez naïf pour croire que des propriétaires vont se laisser déposséder ? A l'heure où les chaines commencent à peine à monétiser leur offre de "catch-up" TV ?

Ceci étant, entre la fin de la pub en Prime Time sur le service public et la crise qui va faire chuter les budgets pub au sens large, la bataille de la pub sur le web ne fait que commencer.

mercredi 21 janvier 2009

Cinema & Internet : bilan 1999-2009

2009 marque les 10 ans du Projet Blair Witch, un exemple de promotion internet parfaitement maitrisée pour faire monter les attentes sur un film à très faible budget, un modèle qui a fait et fait toujours saliver beaucoup de marketeurs de l'industrie. Pourtant on ne peut pas dire que d'autres exemples marquants soient venus s'inscrire dans cette lignée. J'oublie certainement un ou deux exemples ayant tenté quelque chose, mais ce qui est sûr c'est qu'aucun phénomène ne s'est imposé comme la nouvelle référence, faisant preuve de plus d'inventivité, ou à défaut, d'efficacité, que The Blair Witch Project.

Si l'on considère la vitesse à laquelle évolue internet, et à laquelle internet permet à des secteurs d'activité d'innover, c'est vraiment étonnant. En y regardant d'un peu plus près, pas tant que ça. En effet, il apparait évident qu'Internet fait plus peur à l'industrie du cinéma (et du disque) qu'elle ne l'a motivé à essayer de nouvelles pistes, voire des approches radicalement différentes dans la manière de penser leur business. Cette approche conservatrice se résume à l'association des mots "pirates" et "internet" dans le contexte de la diffusion audiovisuelle depuis 10 ans. Je me suis déjà suffisamment étendu ici sur la propagande et le lobbying d'une industrie qui perd complètement contact avec la réalité socio-économique, pas la peine d'en rajouter une double-couche. L'actualité se suffit à elle-même :
Selon le CNC, un film qui a ammassé 10 millions de d'entrées au cinéma peut espérer se vendre à 2 millions d'exemplaires en France. Impact du piratage, ou non, seulement 970.000 DVD des Bronzés 3 ont été vendus. Ainsi, un acte anodin, toléré chez TF1, est à l'origine de cette affaire. Studio Canal, également intéressé dans cette affaire, estime le manque à gagner à 12 millions d'euros et met le flop du DVD directement sur le dos du piratage. Surtout qu'il est très rare que dans ce genre d'affaires, on réussisse à remonter jusqu'à la source du fichier incriminé. Autant dire que tous les defenseurs des ayants-droits étaient très remontés.
>> article complet sur PCworld
Toujours la même histoire de Picsou viscéralement attaché à son premier dollar et la recherche de bouc émissaires. C'est la même hypocrisie (complètement intériorisé dans le milieu) qui fait se balader une célébrité seins nus sur la plage et porter plainte contre les tabloids pour toucher des sous, puis vendre l'exclu de ses photos de mariage à un magazine.

Le potentiel d'Internet est énorme, depuis dix ans un barrage (de communiqués de presse, de lobbying, de bourrage de crâne) a été construit et colmaté. Des vannes (VOD essentiellement) ont été, tant bien que mal, installées. Mais elles sont sous-dimensionnées par rapport à la pression de l'Internet. Le barrage déborde largement et continuellement parce que la répression ne peut pas tenir le rythme de l'évolution sur le web compte tenu de la timidité qu'elle a induit dans les offres payantes (on commence juste à abandonner les DRM sur la musique, pas pour les films...).

Le gros danger est pour les salles parce qu'une des raisons majeures au téléchargement illégal est le prix d'une place de ciné. Les cartes d'abonnement cachent complètement le mouvement de fond qui éloigne l'individu moyen des salles. Les encartés sont en majorité les mêmes qui téléchargent (ou ont des amis qui téléchargent, le résultat est le même). La crise ne va faire qu'accélérer le mouvement, mais quel circuit est susceptible de faire une révolution ? C'est totalement improbable puisque toute la chaîne est sclérosée (cf. l'étouffement des tentatives locales d'un ticket à 10FF en 1994). Quelque part il faut peut-être que les multiplexes se cassent la gueule pour que de vraies salles de cinéma ouvertes à tous se remettent à exister.

lundi 12 janvier 2009

Claude Berri (1934-2009)

Une pensée pour celui qui fût, pour moi, le producteur emblématique du cinéma français, capable d'exprimer lui-même sa sensibilité derrière la caméra (alors qu'il avait commencé avec l'ambition de devenir comédien) et de passer des films des Charlots à Tess, Jean de Florette, Germinal...

Au contraire, son ancien partenaire Christian Fechner, disparu il y a tout juste 1 mois 1/2, n'avait jamais réussi à montrer qu'il pouvait passer des Charlots à des films plus ambitieux (disons moins méprisés par la critique) avec le même succès public.

Le flair de Claude Berri l'avait amené il y a un an à produire Bienvenue chez les Ch'tis. Avec le succès, enfin, de son fils Thomas Langmann comme producteur de Mesrine, je veux imaginer qu'il a vécu sa dernière année comme un accomplissement, un aboutissement dans son travail et malgré les regrets sur l'éducation de ses fils qu'il nous livrait dans son autobiographie.

La distribution P2P : directement du producteur au consommateur

Trent Reznor (Nine Inch Nails) annonce une jolie perf en termes de ventes : en têtes sur Amazon.com après avoir claqué la porte d'Universal pour mettre son nouvel album, en partie gratuitement, disponible sur les réseaux d'échange P2P.

Si les maisons de disque crient si fort (mais elles finissent par se fatiguer, quand même, à force de courir derrière une cible 10x plus rapide et évolutive qu'elles) c'est bien parce que désormais elles n'auront plus le monopole de la commercialisation des titres.

Pour le cinéma c'est plus compliqué, parce qu'il y a les salles. Mais attendez que le prochain grand réalisateur sorte ses films (courts ou moyen) sur internet et ridiculise, en terme d'audience, les blockbusters obnubilés par la barrière des $100m de box-office.

samedi 10 janvier 2009

John Barry

Jane Birkin, alors deuxième femme de John Barry (1965)

Puisqu'il n'y a pas de raison d'attendre que les gens soit morts pour leur rendre hommage : John Barry a eu 75 ans l'an dernier et c'est un des plus grands compositeurs de musique de films. L'édition Vanity Fair de février fait donc un petit article gentil, mais sans même une accroche en couverture...
Barry had made a key contribution to the first Bond movie, Dr. No, as the arranger of the famous “James Bond Theme,” giving it the nasty, knife-like guitar sound and the big-budget brassiness which can still get an audience’s pulse going and which continues to define the series aurally.
Officiellement oui, Barry est juste l'arrangeur du célèbre thème. Ne roulant pas sur l'or et les Oscars à l'époque, il avait accepté en sous-main d'apporter ce dont le compositeur de Dr. No, Monty Norman, s'était montré incapable. Sur ce boulot ingrat il s'est assuré le job de compositeur pour presque tous les 007 depuis le deuxième film, Bon baisers de Russie (1963), jusqu'au n°15 Tuer n'est pas jouer (1987), ce qui n'a permis de lancer son impressionnante carrière.
Pour l'anecdote, un procès a manqué de démontrer officiellement que John Barry était l'auteur à part entière du thème de James Bond, mais en lisant le compte-rendu il n'y a aucun doute. D'ailleurs qui se souvient aujourd'hui de Monty Norman, hormis les inconditionnels de 007 et les fans d'anecdotes de ciné ?

Pour aller plus loin dans l'anecdotique, John Barry avait notamment un homonyme assez fameux comme Production Designer puisqu'il avait travaillé sur De l'or pour les braves, Orange Mécanique, Star Wars, Superman I et II avant de mourir subitement d'une méningite infectieuse. Moins célèbre, mais pas moins reconnu par la profession, ce qui permet de tracer une ligne entre ce que les spectateurs peuvent distinguer en termes de talent dans une production, et les métiers de l'ombre.

samedi 13 décembre 2008

OneBox Cinema : Allocine se prend (enfin) un iceberg

On en parle depuis 15 jours, et pourtant pas d'annonce en grande pompe chez Google (habitué à lancer des services tous azimuts, souvent très longtemps en phase beta). N'empêche qu'il n'a pas fallu beaucoup plus longtemps pour voir Allociné réagir officiellement.
J'imagine que le buzz sur le web français, mais surtout sur les forums et blogs Allociné (une arme à double-tranchant que le user-generated content, pas vrai ?) ont commencé à faire leur effet. Frémissement à la baisse de la fréquentation sur 8 jours ? Peur, entièrement fondée comme je l'évoquais, qui va bientôt saisir le fonds de pension propriétaire de ce site quasi-pornographique dans sa manière d'en mettre partout (de la pub) ?

Ce qui m'avait échappé il y a 15j c'est que ce service ne va pas rester longtemps en phase de test. Ce n'est pas juste http://www.google.fr/movies qui est proposé aux internautes, c'est un nouveau service appelé à se développer très vite puisqu'il est déjà baptisé OneBox Cinema.

Allociné commence à pleurer, moi je n'aurai pas une larme pour ce site obèse qui se voyait beau, pensait pouvoir sous-payer ses collaborateurs tout en se goinfrant. Aujourd'hui il faudrait un quadruple-pontage coronarien et une sacrée diète pour qu'Allociné se repositionne dans la course. Faut pas rêver. Comme pour les éditeurs de CD et de DVD, les gloutons décontenancés préfèrent crier au voleur, au scandale, passer pour des victimes plutôt que de se remettre au travail et repartir sur des bases saines, celles de la concurrence permanente en ligne de services nouveaux, ou encore à créer, et toujours à réinventer.

Mes bien chers frères, rigolons encore une fois avec les mots du capitaine du Titanic Allociné (qui sera d'ailleurs certainement le premier à quitter le navire) :
« Cette concurrence est en effet un peu déloyale pour la plupart des sites dédiés au cinéma, qui dépensent des fortunes en liens sponsorisés pour générer du trafic. Or c'est systématiquement OneBox Cinema qui apparaît en haut à gauche des pages de résultats de Google. Google devient en quelque sorte juge et partie. C'est un peu exagéré. »
"Concurrence un peu déloyale" : ah ah, on sent qu'ils ont interrogé leurs avocats qui, même en se forçant, ne pouvaient pas inventer de (riches) raisons de partir à l'assaut de Google.
"Google devient en quelque sorte juge et partie. C'est un peu exagéré." Deux fois "un peu" en quelques secondes, ça fait vraiment Calimero. Le mec est tellement mal qu'il en oublie ses cours de communication pour manager, cours où il a dû apprendre que chaque phrase prononcée en public doit exprimer la conviction la plus nette.

Hé oui, Google ce n'est pas juste un gentil moteur de recherche qui permet aux gentilles entreprises d'être trouvées par tous les gentils internautes en quête d'info. Google met ses services en avant et jusqu'à présent l'internaute n'a pas à s'en plaindre. Allociné prenait les internautes (et les gens en général) pour des colonnes de statistiques, la partie immergée du web. Ils ont bloqué la marche forcée et ils finissent par se prendre l'iceberg en pleine poire.

Titanic, le blockbuster de 3h14 résumé aux 2h40 du naufrage :
23:40 collision. L'iceberg a été aperçu moins d'une minute avant
23:50 la proue s'est déjà enfoncée de 4m
00:15 premier appel de détresse
00:55 les 2 premiers canots prennent le large avec 60 passagers pour 120 places
02:05 le dernier canot est mis à la mer avec 24 personnes pour 49 places
02:18 les lumières s'éteignent juste avant que le paquebot ne se brise en deux
02:20 le Titanic est totalement englouti par les flots

lundi 8 décembre 2008

Nina Foch (1924-2008)

Quelques rôles mineurs pour incarner la classe avec retenue, résignée à son rôle dans l'ombre des puissants.

Scaramouche (1952) Marie-Antoinette, une reine qui prend soin de marier son amant (Mel Ferrer) avec une jeune première


Spartacus (1960) Helena Glabrus, épouse du puissant général, et bientôt dictateur de Rome, Marcus Lucinius Crassus (Laurence Olivier) qui vient de s'offrir une jolie esclave sous ses yeux

samedi 6 décembre 2008

Le bonus, les brutes et les truands

Il y avait longtemps que je n'étais pas venu déposer une gerbe sur le tombereau de fumier des Picsous du DVD. Toute la mise en scène de "pirates qui mettent en péril la culture" vient de ceux qui, dans l'édition musicale, se sont gavés sur les ventes de CDs et, dans l'édition de films, se sont goinfrés sur le DVD.

Certes je l'ai souvent dit par ici, mais il est malheureusement toujours aussi pénible de supporter leur malhonnêteté quand elle touche à cette culture dont ils se posent en ardents défenseurs. Qu'ils se présentent comme une espèce en voie de disparition, soit, ça fait partie de leur petit business. Ce qui commence à être énervant c'est quand l'Etat se prend au jeu, mais ce qui est carrément insupportable c'est quand leur business se moque complètement de cette culture derrière laquelle ils se protègent.

Comme beaucoup de fans du chef d'oeuvre de Sergio Leone, je suis allé voir Le Bon, la Brute et le Truand quand il est ressorti en version originale intégrale (2002). D'abord je n'avais jamais vu le film sur grand écran, seulement sur une petite télé 4/3 dépassant à peine les 50cm de diagonale (dur pour le cinémascope), et puis c'était l'occasion de voir le film en VO. Les quelques 18 min de rab ? Je n'y pensais pas en entrant dans la grande salle du Grand Action.

Connaissant le film presque par coeur (sans l'avoir vu avant ça plus de 2 fois je pense) la version originale, en italien donc, gâchait pas mal le spectacle. Le Bon, la Brute et le Truand c'est la musique d'Ennio Morricone, la réalisation de Sergio Leone, les acteurs... mais aussi les dialogues. Et comme dans les Tontons Flingeurs, une fois qu'on a associé des images à des dialogues, impossible de toucher à l'expérience filmique. Jean-Pierre Jeunet ne peut d'ailleurs pour cette raison pas voir Orange Mécanique dans une autre version que la VF dans laquelle il a découvert (et revu maintes fois) le film. Bref pour ces films qui touchent au statut de culte parce qu'ils sont tellement à part, il est illusoire de vouloir redécouvrir le film dans une autre version (ce qui est en revanche parfaitement possible pour un Hitchcock par exemple).

Bref ce n'est pas parce qu'on est cinéphile qu'il faut se bloquer sur la VO à tout prix. En revanche on peut défendre violemment l'intégrité du travail original. Cette version "intégrale", correspondant au film présenté par Sergio Leone lors de sa première italienne en décembre 1966, n'est rien d'autre qu'une première version publique du film que le réalisateur a par la suite décidé de raccourcir, non sous la contrainte (il n'a enlevé qu'un gros quart d'heure sur 3h de spectacle), mais pour en améliorer le rythme. Les ajouts qui sont maintenant réintégrés dans tous les DVD remasterisés du film viennent ainsi défaire le travail de Sergio Leone dans son dos.

La sortie dans quelques salles en 2002 de cette version rallongée visait vraisemblablement à annoncer la sortie DVD en 2004 de ce travail honteux, génériquement appelée sans aucune vergogne "Director's Cut" par les trous du cul du marketing DVD. Mais il ne me suffit pas de m'insurger, je veux aussi souligner précisément que les scènes, déversées depuis la déchetterie au milieu du montage définitif que Sergio Leone destinait à l'exploitation du film dans le monde, n'apportent rien, voire handicapent la narration du film.
L'article sur le film dans la version anglaise de Wikipedia liste toutes les scènes réintégrées dans le DVD. Il suffit de la survoler pour voir qu'il ne s'agit que de scènes mineures, qui n'apportent rien (et donc qui ralentissent le film). Je ne m'attarderais pas sur chacune d'elles : certaines sont totalement dénuées d'intérêt, d'autres sont intéressantes mais sans plus, toutes méritaient de rester à la corbeille selon la volonté du réalisateur. En revanche une scène plus longue (pas juste un bout de transition élagué par Leone) correspond à un vrai choix évident.

Tout le monde a remarqué que Sentenza (Lee Van Cleef) disparaît presque entièrement entre son introduction dans le premier quart d'heure, où il assassine froidement ses commanditaires, et le moment où on le retrouve en tortionnaire du camp de prisonniers de Betterville (1h30 dans le film). Au milieu il y a dans le montage définitif 2 petites scènes (à 24 et 29 min) pour baliser la piste de Bill Carson (celui qui donnera à Blondin et Tuco l'emplacement du magot, et donc les mettra sur le chemin de Sentenza). Mais il y avait aussi, à 48 min dans le film, une autre scène avec Sentenza toujours seul sur la piste de Bill Carson. Cette scène de 4 min présentait déjà l'absurdité de la guerre, que Sergio Leone voulait dépeindre en toile de fond, en se déroulant dans des ruines où des confédérés dépenaillés se terrent. Sentenza enquête, mais à force de trainer au milieu de cette misère il apparaît plus humain, ce qui est totalement contre-productif. De plus le côté "critique de l'absurdité de la guerre" anticipait, en moins bien, la grande séquence où Blondin et Tuco arrivent au milieu de la bataille du Branstone Bridge : la scène était donc doublement contre-productive dans la narration.
Inutile d'en rajouter sur l'importance pour Leone de retirer cette scène - entre autres - du montage, quitte à se focaliser entièrement sur les deux autres personnages bien plus sympathiques.

Le film tel que les gens peuvent le découvrir en DVD aujourd'hui est donc une version imparfaite du film voulu par Sergio Leone, puisqu'il s'agit en fait de son dernier brouillon avant mise au propre. Et je ne parle pas des libertés qui ont été prises dans la remasterisation du son et de l'image.
Je suis atterré de penser que les ayant-droits du réalisateur se contentent d'encaisser les royalties en laissant faire. On pouvait faire un coffret avec les deux versions, mettre des scènes écartées en bonus, mais présenter uniquement cette version au mépris de l'intention originale est pour le moins scandaleux.
EDIT: Je vois que plusieurs versions ont été mises en ligne récemment sur les réseaux P2P. Si l'une d'elle correspond vraiment au Director's Cut de 1967, je ne manquerais pas d'en faire la promotion au détriment du DVD que j'ai acheté.

lundi 1 décembre 2008

Google-o-ciné

Embryonnaire pour l'instant le service de Google promet de faire très mal au leader monopolistique français qui se goinfre de pub pour juste offrir, à la base, les horaires des séances de cinéma : Allociné.

Pas mal de business plans ont circulé pour venir tailler des croupières à Allociné, mais vu l'implantation depuis plus de 10 ans sur le web, après une transition en souplesse depuis les services télématiques (d'où le nom très Vieille Economie), rien n'a émergé. J'avais pensé qu'Amazon aurait pu faire qqch avec IMDb à une époque, mais IMDb est un foutoir intraduisible en français alors l'adjonction du service aurait entrainé des calculs compliqués. Et puis pour Amazon il s'agit d'abord de vendre des DVD.

Pour commencer le service Google Movies en français est déjà une sacrée avancée par rapport à Allociné. Fini l'overdose de pubs dans tous les sens. C'est rudimentaire, et à la base un internaute familier de la recherche d'info en ligne y trouvera déjà son bonheur, mais quand l'interface sera un peu mieux mise en forme, personnalisable (salles préférées, alertes sur des films qu'on attend...), proposant une synthèse Google Maps suivant les 2-3 films qu'on a envie de voir à ce moment là, etc. alors là Allociné commencera à avoir mal. Allociné a su créer une communauté pour capter une audience mais tous ceux qui ne perdent pas leur temps sur les forums du site vont assez vite faire baisser l'audience générale, donc les revenus publicitaires. Parce que si l'avantage d'Allociné c'est le foisonnement d'user generated content, son énorme défaut c'est une approche publicitaire boulimique qui ne présentera plus aucune valeur ajoutée une fois que Google proposera le même service de base en mieux.

vendredi 28 novembre 2008

Les Grosses Têtes contre Le Peuple

L'amendement 138 du paquet télécom, soutenu notamment par Guy Bono et Daniel Cohn-Bendit et approuvé à une large majorité par le Parlement européen, a été évacué d'un revers de main au cours du Conseil des Ministres européens.

Pour résumer, cet amendement stipule clairement qu'on ne peut pas toucher à la connexion des internautes sans action en justice, procédure lourde à l'échelle d'une population que la riposte graduée se proposait de contourner.

A quand une risposte graduée à la moindre infraction, sur simple dénonciation ? La carte d'électeur à points ? La carte d'identité ?

EDIT: comme pour confirmer mes propos un tantinet alarmistes sur les intentions profondes de nos dirigeants, notre Chihuahua de la Culture ne se gêne pas pour parler de "combat d'arrière-garde" à propos de ceux qui mettent en avant la défense des libertés individuelles...
Si ce n'est pas un lapsus, ça ne fait pas rire longtemps.

dimanche 23 novembre 2008

200e commentaire sur IMDb

200 commentaires sur IMDb, depuis novembre 2000, cela n'a rien d'extraordinaire, c'était simplement un travail de bloggeur avant l'heure sur LE site de référence en matière de cinéma. Certains internautes inscrits sur le site vont tout voir, commentent systématiquement, et arrivent à 1 000, 2 000... commentaires. Donc en soit 200, ça n'a rien de particulièrement remarquable, c'est juste un anniversaire, une occasion de faire le point.

L'année la plus prolifique a été 2001 (58 commentaires), juste devant 2002 (48) : à l'époque j'allais plusieurs fois par jour au cinéma, principalement pour voir des vieux films que j'avais loupé. Et comme je n'attendais pas de trouver quelqu'un pour m'accompagner il fallait bien que je consigne mes impressions quelque part, puisque d'une manière ou d'une autre le plaisir de partager fait partie du cinéma. La plupart du temps il s'agit de réactions plus ou moins à chaud et, dans cet ordre d'idée, j'ai très rarement modifié mes commentaires (une fois que c'est devenu possible) même si je reconnais qu'il faudrait, ici et là, tempérer ou durcir certaines approches.

Si le rythme est tombé en-dessous de la vingtaine de commentaires par an je pense que c'est dû à une lassitude face à des films moins stimulants en même temps que j'allais de moins en moins au cinéma. Je vais de moins en moins voir les films dès qu'ils sortent, j'attends deux ou trois semaines, et à ce moment là faire un commentaire, alors que j'ai justement attendu qu'on insiste pour que j'aille voir un film, tiendrait plus de la synthèse des avis entendus que de ces impressions à chaud, complètement spontanées, auxquelles je tiens beaucoup.

Quelle est la note moyenne, sur 10, des films que j'ai pris le temps de commenter ? Pas moyen de savoir, et je ne me sens pas l'âme d'un statisticien. Globalement je pense avoir eu plus de choses intéressantes à dire sur des films moyens, ni vraiment réussis ni totalement ratés, que sur des films exécrables ou des films excellents. Pour ces 2 derniers je peux trouver des mots, des superlatifs, m'enflammer ou descendre en flammes, bref faire un joli petit texte bien senti (avec ma manière à moi d'écrire en anglais), en revanche il serait complètement illusoire que j'y discerne ce qui fait que c'est excellent ou nul. Un film excellent on ne peut que le conseiller et le paraphraser, le déconseiller et le paraphraser aussi s'il est nul. Dans un film moyen en revanche on voit tout de suite ce qui ne marche pas, c'est ça qui saute aux yeux quand on aime le cinéma, alors forcément on a envie de le dire parce que c'est une approche complètement constructive qui va au-delà du j'aime/j'aime pas, du consensus mou, de la relativité gluante qui endort les consciences bien au delà du cinéma.

Depuis deux ans je pense que mes commentaires rédigés à la suite du visionnage d'un DVD (ou d'un fichier téléchargé) ont pris le dessus. Il y a là un état d'esprit notable qui tient du besoin de voir certains films assez vite après en avoir entendu parler (pour les vieux films), ou moins cher qu'une place de ciné (films récents). Au final, la seule constante c'est ma passion pour le cinéma : au départ je suis dans la peau d'un spectateur lambda, qui ne va pas forcément au cinéma, je laisse ainsi les films venir à moi, et ensuite seulement je commence à les juger avec un œil de connaisseur. Au bout de ce cheminement intérieur, l'intérêt de mon analyse, mise en forme dans un commentaire IMDb, est pour moi de distinguer ce qui fait qu'un film est plus ou moins réussi, et surtout quels éléments auraient pu être mieux cadrés, mieux conçus, dans la phase d'écriture et de préparation.

samedi 15 novembre 2008

The Battle over Content

Dans mon post précédent je mentionnais, une fois de plus, la médiocrité générale des critiques cinéma qui vont plus voir les films par obligation professionnelle que par envie. Leur travail, dans la presse écrite, c'est de vendre du papier. Mais à mesure que la frontière avec les versions en ligne des journaux s'estompe, le but est plus clairement de valoriser un nombre de pages vues pour valoriser des encarts publicitaires.

Au bout de ce mécanisme l'hypocrisie du travail des critiques et journaleux ciné est de plus en plus évidente. Elle a toujours existé, pas forcément de manière aussi importante, mais maintenant elle ne peut plus se cacher et d'ailleurs, o tempora, o mores, elle ne cherche même pas à se cacher. Créer du contenu, sous prétexte d'information ou de divertissement, pour vendre de l'espace publicitaire autour. Peut-on imaginer dans ce contexte ne pas parler pas des films à gros budget marketing ?

Non, car même si l'on se refuse à accueillir directement de la publicité pour la sortie des films, des DVD, des livres de ciné... (ce qui n'est évidemment pas le cas de ces magazines de publi-rédactionnel, qui se disent presse cinéma : Première, Studio, Ciné Live), les films à gros budget ont la puissance de feu de faire parler d'eux au point de ne pouvoir être ignorés au niveau de l'information pure. Après ils offrent le contenu nécessaire pour squatter l'information sur le cinéma, bien souvent jusqu'à l'overdose d'anecdotes insignifiantes (hé oui, il faut aussi scénariser un making of, pas juste en mettre un bout à bout).
Exemple pitoyable du NY Times en personne :
Anatomy of a Scene: 'Quantum of Solace'
(pensez à bugmenot si on vous demande de vous identifier)

A noter que la critique d'A.O. Scott que ce machin vient illustrer, est très défavorable au film, mais reste bienveillante en essayant d'analyser tout ce qui ne marche pas. Il lui faut 974 mots pour noyer le poisson là où un chroniqueur politique doit faire tenir son analyse en 730 mots. Et je ne parle donc pas de l'espace critique dévolu à des films bénéficiant de 1000x moins de budget marketing.



Quid alors d'une vraie information indépendante sur Internet ? Le soucis c'est que, par exemple, un blog auquel vous faites confiance peut être victime de son succès et vendre son âme au diable.
L'immense inconvénient du blog, c'est qu'il n'y a pas de séparation entre rédaction et publicité, vu qu'on a souvent affaire à un individu unique. Et ça, c'est un immense pas en arrière par rapport à la presse.
Tristan Nitot sur son Standblog le 11/11/08
Effectivement un blog qui accumule les dizaines de milliers de pages vues peut facilement se laisser tenter à ne devenir qu'un contenu prétexte à vendre de la pub jusqu'à mélanger allègrement le tout. Et alors ? Sur mon exemple de la "presse ciné" je ne vois pas où est le problème.

La grande différence à mon sens c'est que sur Internet la réactivité du lecteur est quasi-immédiate. Si certains internautes lisent des entrées de blog qui respirent le publi-rédactionnel (correctement signalé ou pas), pour moi ils sont censés faire preuve de plus d'esprit critique que quelqu'un qui regarde le 20h tous les soirs par réflexe. Si ce n'est pas le cas il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Autant il y a 3-4 ans on n'avait en France qu'un nombre limité de chaines, donc les télespectateurs étaient largement captifs (de leurs propres mauvaises habitudes et) de la mise en scène de l'info sur TF1 ou F2, mise en scène destinée à maximiser l'audience autour des tunnels publicitaires les plus rentables de la grille. C'est toujours un point scandaleux, même si la TNT ébrèche petit à petit un tel monopole morbide sur l'information de nos concitoyens. Sur internet on est plus actif, plus réactif et comme dans les polémiques sur Wikipédia, au global l'internaute est gagnant à partir du moment où il sait ce qu'il va chercher et sur quel site il atterrit.

jeudi 13 novembre 2008

Entertainment vs. Escapism

Il y a quelques différences de langage, a priori irréconciliables, entre le français et l'anglais à propos du cinéma. En France on a une haute idée du 7e Art, dans les journaux le cinéma est classé dans la rubrique culture, et quoique la culture puisse (et même doive) être populaire, on ne peut pas prendre au sérieux un film qui ne vise qu'à être un bon divertissement.

Au Etats-Unis les films font partie de l'entertainment, ce qui se traduit bien par divertissement en français, bien qu'il s'agisse plus spécifiquement dans ce cas de l'industrie du spectacle au sens large (musique, cinéma, théatre, stand-up ou encore télévision, jeux vidéos...). Certains journaux de qualité ont une rubrique à part pour les films (cinema fait un peu prétentieux, même dans le NY Times) mais on y parle sans complexe de business. La position bâtarde de journaleux ciné fait d'ailleurs, ici comme là-bas, que la critique ciné (comme toute critique initialement artistique finalement) est vite frelatée par l'optique actualité qui demande de suivre le jeu des attachés de presse, des producteurs et des acteurs.
Détail amusant : Yahoo ou Google ont une rubrique entertainment pour classer des news qui ne sont bien souvent que des anecdotes people. Dans la version française de ces "agrégateurs d'actualités" Entertainment devient Culture, ce qui m'a permis plus d'une fois de sursauter en tombant sur une accroche à propos des frasques de Britney Spears, ou sur la dramatisation de l'éviction d'un gladiatouriste de la Star Ac', le tout sous l'intitulé Culture. Ce choc des cultures là, justement, me fait - presque - toujours sourire.


Le divertissement en français n'a de connotation péjorative que celle de prétentieux intellectuels qui ont oublié Pascal au passage. Ironiquement, entertainment vient du français "entretenir" qui nous rapproche de la culture ! Entretenir comporte l'idée de don ou d'échange verbal. Celui qui reçoit entretient son ouverture d'esprit, s'ouvre à d'autres cultures, d'autres histoires que celles qu'on veut lui vendre parce qu'on pense que c'est qu'il veux acheter. Si l'on peut isoler un vulgaire divertissement passif, alors l'entertainment est plus à rapprocher du fait de sortir le soir pour s'aérer l'esprit.

Certes on peut s'aérer l'esprit plus facilement en créant un grand courant d'air d'une oreille à l'autre (c'est un peu l'objet du gros son dans les gros films d'action) plutôt qu'en utilisant pleinement ces excroissances du cerveau que sont les yeux. Les américains ont donc un autre mot plus précis qu'entertainment, et qui n'a pas de connotation négative, pour évoquer le besoin de fuir le quotidien : escapism.

S'évader 90 ou 120 minutes c'est bien sûr ce que tout le monde demande à un film (sauf les critiques, pour qui regarder un film est un métier, plus du tout un plaisir depuis longtemps). Personnellement j'estime qu'un film est en grande partie réussi quand il ne me laisse pas l'occasion de m'ennuyer ou de me poser des questions. Si je ne rentre pas dans le film, il n'y a rien à faire. Bon, il est vrai que je suis nettement plus exigeant que la moyenne des spectateurs, mais globalement je viens chercher la même chose au cinéma. Quand des amis m'ont emmené voir Iron-man à sa sortie, j'ai trainé les pieds parce que pour moi, a priori, tous les films de super-héros racontent la même histoire avec peu de variantes vraiment originales. Au bout du compte je ne me suis pas ennuyé, mais je ne suis pas plus enthousiaste qu'au départ.

Escapism, c'est la fuite vers un paradis artificiel, on veut oublier le quotidien pour se perdre dans une autre histoire. Évidemment l'évasion sera d'autant plus facile à gérer que le retour sur terre est doux : le happy-ending se pose là. Mais c'est juste parce qu'il est plus facile de laisser les spectateurs sur une note optimiste. Escapism c'est finalement l'exact équivalent du français divertissement. Se divertir, ce n'est pas directement stupide ou simplement passif en soi, tout dépend du retentissement chez la personne. Si je tends à échapper définitivement au réel, c'est un comportement compulsif ; si c'est ponctuel, et qu'éventuellement j'en tire quelque chose (un bon souvenir au moins, matière à réflexion parfois) c'est du divertissement, ça fait partie de la vie, au même titre que l'illusion. Certains se bercent d'illusions, d'autres ne s'en font pas, ou plus, mais dans l'ensemble nous les recherchons et nous nous portons d'autant mieux qu'elles ne sont pas perdues, ni figées dans une certaine représentation du monde.

Bref le travail d'illusion à l'origine du cinéma mène tout naturellement au divertissement qui a son tour apporte à la culture une respiration. Sans divertissement, la culture n'est que générale. Et la culture générale c'est cette insulte aux individualités toujours rivée au socle de l'éducation nationale plus d'un siècle après la mort de Jules Ferry.

mardi 11 novembre 2008

Petites leçons de scénario

Invité du Pudding diffusé dimanche dernier (Radio Nova - Jean Croc, Nicolas Errera) Jean van Hamme nous explique sa recette à propos de XIII.
Il avoue avoir piqué l'idée de base du bouquin The Bourne Identity (La Mort dans la peau en vf) sans aucun scrupule puisqu'il trouve Ludlum très mauvais dans sa manière de dévoiler une intrigue, de balancer les éléments dans la face du héros sans lui laisser l'occasion de les découvrir. Il est vrai que l'intérêt de Bourne au cinéma ne tient qu'à ses scènes d'action sèches et franches qui font le style Paul Greengrass.
Au delà de l'idée de base il s'agit de donner la plus grande perspective à l'histoire : si Jason Bourne ne se souvient plus avoir assassiné un obscur ambassadeur, XIII (bonne idée aussi de ne pas avoir de nom pour un amnésique) aurait, lui, carrément assassiné le Président américain.
Pas étonnant qu'un pavé aussi médiocre que The Da Vinci Code, avec ses implications de conspiration millénaire qui remontent jusqu'à la sexualité de Jésus, ait eu autant de succès.
Voir grand c'est, je pense, une condition préalable au succès. Après ce n'est pas parce qu'un héros sauve (ou échoue à sauver)(un bout de) la planète de la destruction totale que la subtilité n'a pas sa place.



Je ne suis pas particulièrement fan des histoires de van Hamme que je trouve assez peu originales finalement, très mélange de différentes tournures narratives déjà vues (c'est flagrant avec l'Affaire Francis Blake, épisode relance de la série Blake & Mortimer, pour laquelle il avait à se (re)plonger dans un univers précis : la guerre froide côté british au milieu des années 50), ceci dit on ne peut pas cracher sur l'efficacité narrative des premiers épisodes de XIII (heureusement d'ailleurs parce que niveau graphique...).
Si au lieu du monopole ado-égotiste de Besson sur les films d'action on pouvait avoir des scénaristes aussi efficaces, on ne serait pas trop à plaindre.

jeudi 6 novembre 2008

Michael Crichton (1942-2008)


Dans les nécros de Michael Crichton, en France du moins, tout le monde insiste sur Jurassic Park, Urgences, un peu Harcellement ou Soleil Levant : quelques best-sellers convertis en blockbusters et une série TV à succès. Les journaleux ajoutent aussi dans l'ensemble un poil de perspective sur son parcours, mais quid des films qu'il a réalisés ?

Westworld, un film dans un parc d'attraction futuriste (à la fois brouillon de Terminator et de Jurassic Park) avec Yul Bruyner, La Grande Attaque du Train d'Or (The First Great Train Robbery), délicieusement rétro, avec Sean Connery et Donald Sutherland, l'excellent suspens en milieu hospitalier Morts suspectes (Coma), avec Geneviève Bujold, Michael Douglas et Richard Widmark, ou encore le très curieux Looker... Même Runaway avec Tom Seleck, quoique pas transcendant non plus niveau mise en scène avait un côté futuriste bricolo sympa (les fameuses araignées mécaniques tueuses seront reprises en plus fluide, mais pas forcément plus efficace, dans Minority Report).

Tout ces films, sans être excellents, font partie d'un cinéma inventif, qui sait se renouveler sur le plan des sujets abordés (à défaut de la manière de les filmer), et qui sait être efficace au lieu de se prendre au sérieux. Ce n'est pas le genre de film que les critiques retiennent, ils ont plutôt tendance à les rayer d'un trait de plume, mais ceux qui aiment vraiment le cinéma y trouvent suffisamment leur bonheur pour se rappeler de quelques idées marquantes.

Bref, on peut se souvenir vaguement d'un vulgaire écrivain de best-sellers, de "techno-thrillers", un producteur millionnaire... mais il est aussi permis de retenir ce Michael Crichton là : un homme inventif, curieux et à la pointe sur ce dont notre futur pourrait être fait, et qui a exploré tout ça avec beaucoup d'enthousiasme.

dimanche 2 novembre 2008

J'aime-les-fumistes.con

A l'heure où les politiques croient enfin avoir trouvé la réponse au téléchargement illégal (appelé piraterie pour faire pas joli), les maisons de disques comprennent enfin que mettre des titres gratuits à disposition sur internet est simplement un nouveau moyen de promotion très efficace.
"Cette année, les labels commencent à oser plus de choses et à aller chercher les fans, au lieu d'essayer d'attirer les fans là où ils voudraient les voir", explique Christian Ward, porte-parole du site Last.fm.
Alex Dobuzinskis (Reuters)

Quand j'entends le message publicitaire officiel "si ça continue comme ça dans 5 ans il n'y aura plus rien de nouveau en cinéma, musique, jeux vidéos, que des vieux trucs à télécharger..." je me dis qu'une fois de plus l'Etat se montre incapable de comprendre autre chose que le message de quelques lobbyistes tout en trouvant le moyen de couter cher à tous les contribuables.
Mais bon, c'est la crise, on n'est plus à quelques millions balancés au hasard des idées reçues.

EDIT (05/11): Saine initiative que celle de j-aime-les-internautes.com pour répondre au pitoyable j-aime-les-artistes.com du gouvernement et au pas très drôle Dédé ça-va-couper de l'UFC-Que Choisir.

mardi 28 octobre 2008

Max et les ferrailleurs

La Justice ce n'est pas punir la moindre infraction des lois, c'est assurer la cohésion de la société dans un contexte où la loi est la même pour tous. Quand je vois l'énergie mise par le lobby du racket audiovisuel (je dis racket par provocation mais aussi parce qu'ils s'évertuent à ne pas comprendre que leurs tarifs sont trop hauts), et le docile appareil législatif à sa suite, pour fignoler une "riposte graduée", je pense à ce magnifique film de Claude Sautet.

"Risposte graduée", on nage en pleine guerre froide ! Contre qui ? Des communistes en quelque sorte, des ennemis du Monde Libre qui veulent mettre à bas la Culture et qui entraînent à leur suite des citoyens inconscients ou malhonnêtes dans une Lutte Finale contre l'Ordre Vrai, pour imposer la dictature du Peer-to-Peer contre la Propriété Intellectuelle, défense d'entrer.
Le mal est diffus, l'ennemi est partout, il ronge la société tel un cancer, comme dans ces films US de paranoïa collective des années Spoutnik. Facile de faire peur comme ça, malheureusement les téléchargeurs "pirates" ne peuvent pas raisonnablement être dépeints comme des mangeurs d'enfants... Hé oui, on ne peut même pas faire l'amalgame avec la pédopornographie, et pourtant ce sont bien les "oeuvres" pornographiques qui se téléchargent le plus. Est-ce que les éditeurs de X se plaignent ? Non, parce qu'ils ont dès le début utilisé internet pour mettre leur production en avant, ratisser large et accrocher le chaland qui n'en peut plus de ne caresser que sa souris à deux boutons.

Le joli projet de loi intitulé "Création et Internet" donne donc des objectifs chiffrés au gadget Hadopi : 10 000 couriels d'avertissement par jour. En gros et en vrac, il s'agit de faire peur à la foule des gens qui téléchargent en cliquant bêtement comme s'ils zappaient, alors que ceux pour qui télécharger fait partie du mode de vie en ligne savent très bien utiliser, par exemple, des serveurs proxy qui vont, dans le meilleur des cas, rendre leur identification plus longue donc plus coûteuse. Et encore, aujourd'hui n'importe quel client bit-torrent utilise par défaut l'encryption qui demande déjà à la police du net de remonter jusqu'aux serveurs de trackers pour récupérer des adresses IP et enfin obtenir, éventuellement, du fournisseur d'accès le nom et les coordonnées du méchant téléchargeur. Ajoutez à ça que The Pirate Bay rend aussi cette étape plus difficile en polluant ses trackers de fausses adresses IP.

Au final la riposte graduée revient à courir après le petit délinquant qui vole à l'étalage et n'a même pas un petit frère pour faire le guet ou un grand frère pour lui expliquer quelques trucs tout simples. Bravo Max, tu peux être fier de toi !

samedi 25 octobre 2008

James Bond tué par les subprimes ?

Ce que tous les méchants les plus puissants et vicelards n'ont pas réussi, la Crise va-t-elle le faire ? Interviewé par le Telegraph, Daniel Craig, le 007 le plus crispé et le moins drôle de la franchise, glisse qu'aucun autre film n'est planifié. Alors qu'à part le hiatus entre Timothy Dalton et Pierce Brosnan (1989-1995) un nouvel épisode était chaque fois annoncé à la fin du dernier opus.
"Economically the world is in quite a lot of trouble so who knows if we can afford to do another Bond movie anytime soon?"

Quantum of Solace, voilà un titre pompeux qui évoque plus un film d'action futuriste, qui ne saurait pas trop quelle histoire il raconte, que l'action désinvolte qui faisait le charme et caractérisait la marque 007.

L'équation est simple : si le dernier Bond fait moins bien que le bournesque Casino Royale, il sera quasi impossible de trouver des financements pour lancer un nouveau chantier. Va-t-on voir moins de grosses machineries décérébrées squatter les écrans dans les années à venir ? Voilà une tendance qui sera intéressante à observer.

Pour James Bond contre Mathieu Amalric, des interviews, du blabla de tournage, et une comparaison Bond/Bourne de journaleux ciné qui se croit drôle, consulter la page dédiée à 007 @ Telegraph.co.uk

lundi 20 octobre 2008

Mesrine, pour voir (en cassation)

Le biopic est à la mode, certes, mais il ne l'était pas encore en 2001, quand l'idée de cette adaptation des romans autobiographiques de Jacques Mesrine avec Cassel en tête d'affiche, a pris forme. Et le biopic de gangster flambi-flamboyant, filon ou fausse piste ? Toujours est-il que le projet, comme Babylon Babies, a traîné en longueur. Dès le départ, il était question de faire 2 films. En ce qui me concerne, tout ça suffit déjà à émettre des doutes sérieux.

Barbet Shroeder était attaché au projet à l'origine, Vincent Cassel aussi ; et puis Cassel n'était plus disponible et alors il a été question de Magimel (oui, Magimel, avec une moustache en plus comme dans les Chevaliers des Brigades du Tigre du Ciel). Bref le projet n'a pas vraiment été sur des rails mais disons qu'au moins, si à l'écriture ils gardaient la foi, ça leur laissait le temps de peaufiner, au choix du maître-queux, un polar violent ou un film noir.

A L'ECOLE DE LA 5ème CHANCE

Venons-en à LA pièce à conviction du dossier : le producteur s'appelle Thomas Langmann, et malgré sa bonne volonté on ne peut pas dire qu'il ait la vista de son père. 1962 : l'Oscar du Meilleur Court Métrage est attribué à la première réalisation, première production du jeune Claude Berri, un acteur sans le sou. 2008 : sortie sur les écrans de la troisième adaptation cinématographique de la BD Astérix. Après avoir dû sagement abandonner l'idée à son père pour les 2 premiers volets, Thomas Langmann prend les commandes et décide même de co-réaliser la méga-production Astérix aux Jeux Olympiques. Malgré le battage, le film ne fait pas illusion longtemps et d'ailleurs il laisse vite la place dans les salles à un film pas attendu du tout : Bienvenue chez les Ch'tis, produit par Claude Berri. Ouch, je n'ai entendu personne signaler cette cruauté du Box-office. En attendant Claude Berri espère toujours que son fils va prendre sa relève et devenir un producteur qui compte. Sans penser à tout ça le spectateur espère juste voir de grands films, ou au moins de bons films.

Alors Mesrine, la consécration pour cette persévérance malgré la présence écrasante (mais pas seulement) du père ? Je ne tire aucun plaisir à trouver des raisons de douter de la réussite du projet, ce n'est pourtant pas de ma faute si autant d'arguments viennent contredire tout optimisme. Comme tout amoureux de cinéma j'ai envie de voir des bons films, français par exemple. Est-ce que j'ai envie de voir un film sur Mesrine ? Non. Est-ce que le public veut voir un film sur Mesrine ? Un 36 Quai des Orfèvres avec un héros révolté contre l'ordre, dans une expérience en deux parties ? Je ne suis pas sûr que ce soit dans l'air du temps. Les exploitants eux en doutent fortement après le bide ces derniers mois de Jean-Paul Rouve en Spaggiari et Vincent Elbaz dans Le Dernier Gang. OK, Cassel apporte nettement plus de poids au projet, mais Mesrine ça n'évoque plus rien aujourd'hui, 20 après que les derniers punks ont changé de coupe. Le téléfilm diffusé en 2006 n'a d'ailleurs pas suscité beaucoup d'intérêt alors que le public TV est en moyenne suffisamment âgé pour se souvenir du gangster (à défaut d'avoir un fond de sympathie anarchiste pour le gars).

Dans son commentaire détaillé, un spectateur US sur IMDb pense que le film mériterait d'être condensé et qu'en l'état c'est un enchaînement de scènes pas suffisamment convaincant (malgré l'efficacité des scènes de fusillade et l'humour du personnage) pour justifier un second volet.
The pacing is just too disjointed for an audience to invest in a story thread long enough to care before we are on to the next.
Verdict mercredi, 16h.