lundi 24 octobre 2005

Ciné-o-logismes : Final Twist & Happy-end

Le premier final twist, ou "retournement final", date selon moi de l'invention du cinéma par les frères Lumière. Autant au théatre les spectateurs pouvaient applaudir les acteurs "désincarnés" de leur rôle à la fin de la pièce, autant au cinéma ils avaient besoin de se rassurer, de se remettre de leurs émotions en se disant que "c'est du cinéma." Problème de cette méthode Coué : la catharsis n'est pas complète si le film n'inclut pas un côté rassurant après avoir torturé lui-même son public. Il ne s'agit donc pas de jeter un regard méprisant sur les happy-ends (happy-ending en vo) : le cinéma s'est avéré dès ses débuts un médium tellement puissant, tellement impressionant, qu'il fallait trouver un moyen de bien doser la réalité et la fiction, le vraissemblable et le fantastique. "Veuillez laisser ce spectateur dans l'état où vous l'avez trouvé avant la séance" en quelque sorte. Comme quoi tout est question de formulation.

QUELQUES EXEMPLES D'ADAPTATION AU SPECTATEUR

Dans le premier Fantômas (A l'ombre de l'échafaud - 1913) Louis Feuillade a eu l'intelligence de comprendre qu'il ne pouvait pas garder la fin du roman, trop sombre. Juve sauve donc un innocent de la guillotine promise à l'Empereur du crime.
Un peu plus tard la question se posa sur la manière de présenter Le Cabinet du docteur Caligari (1920) au public. Un prologue et un épilogue permettent d'atténuer le choc des audaces visuelles et du récit fantastique.
Bien plus tard William Goldman a eu beaucoup de mal à accepter d'adoucir cette scène clé de Misery (1993) où le romancier se fait trancher les pieds. A l'écran il n'a plus que les chevilles brisées et pourtant visuellement toute la puissance et la violence de la description de Stephen King sont là.

LE RETOURNEMENT FINAL : ECRIS AVEC TES PIEDS AVEC AGATHA CHRISTIE

Aujourd'hui donc le spectateur serait, en théorie, plus difficilement impressionnable. C'est pour ça que la recette éculée d'Agatha Christie, qui consiste à partir d'une révélation finale pour berner le lecteur dans le reste du récit, a fait une entrée en force dans les salles ces dernières années. Usual Suspects, Le 6e Sens, Memento... tous ont bati leur réputation sur une esbrouffe où le spectateur croit sentir son intelligence aiguillonnée parce qu'il a été mené en bateau durant 90 minutes.
Faire diversion avec les mains pour pouvoir écrire une histoire avec les pieds. Night Shyamalan en a même fait son fonds de commerce. Les gens ont été impressionnés une fois et la fois d'après ils sont indulgents (mais de moins en moins). Quand Carnival of Souls (1961, dont on a beaucoup parlé à la sortie du 6e sens) amène sa conclusion il s'agit d'une conclusion logique, pas d'un grand coup de cymbale "regardez comme je suis intelligent, comme je vous ai bien eu. Toi aussi montre que tu es intelligent et montre à tes amis que tu as compris le film." Idem pour Fritz Lang avec La Femme au Portrait (1944) : le final twist/happy-end intervient dans un plan magistral de transition et la fin est chargée d'ironie et d'humour, des notions qui ne font certainement pas partie du langage cinématographique de Shyamalan, Singer ou Nolan.
"On va rentrer et on va s'inventer une petite charade. Et là il sera bien feinté !"

IN CAUDA VENENUM : A PROPOS DE ROALD DAHL

Je lisais récemment des nouvelles de Roald Dahl, plus connu ces jours-ci comme le papa de Charlie et la Chocolaterie que comme l'auteur de pages où l'ironie le dispute au macabre. Bon c'est pas Edgar Poe non plus mais les descriptions des personnages, de leurs actes et motivations valent largement le détour.
Le truc le plus gênant, selon moi, c'est le côté systématique du retournement final. D'une part quand on connait l'auteur on s'y attend un peu et le fait d'appréhender la fin change complètement la lecture et l'on se met à cogiter au lieu de boire les phrases de l'écrivain. Et même s'il l'on découvre Roald Dahl dans une de ses nouvelles qui se terminent non pas en queue de poisson mais en hameçon, la fin arrive comme un coup de cymbales qui nous éjecte de la narration au lieu de nous laisser tout légers, quoiqu'un peu groggy sous cette succession d'images légères convergeant vers l'émotion forte du tableau.
Bien sûr Roald Dahl écrit cent fois mieux que la douairière Agatha Christie mais il y a ce petit côté paresseux "je tourne mon récit de manière à avoir le dernier mot" qu'on ne retrouve jamais chez des écrivains de la classe de Joseph Conrad, par exemple. Ses écrits ne se terminent ni en eau de boudin ni en eau de rose mais laissent une impression forte, une impression achevée par un torrent de mots ambitieux guidés par la même volonté.
"My task which I am trying to achieve is, by the power of the written word, to make you hear, to make you feel - it is, above all, to make you see. That - and no more, and it is everything. If I succeed, you shall find there according to your deserts: encouragement, consolation, fear, charm - all you demand - and, perhaps, also that glimpse of truth for which you have forgotten to ask."

Box-office Pp WE 43

1. LES NOCES FUNEBRES .............. 124 492 = 47 x 530
2. OLIVER TWIST ........................... 84 466 = 49 x 345
3. WALLACE ET GROMIT .................. 77 007 = 50 x 308
4. IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUED ..... 71 737 = 30 x 478
5. LES PARRAINS ........................ 44 714 = 31 x 288
6. LES FRERES GRIMM ................ 40 232 = 42 x 192
7. L'ENFANT .............................. 30 510 = 28 x 218
8. THE DESCENT ......................... 27 518 = 24 x 229
9. CACHE ................................... 21 557 = 28 x 154
10. SAINT JACQUES... LA MECQUE ...... 21 505 = 34 x 127
(source : ciné-chiffres)

vendredi 21 octobre 2005

Infériorités numériques

Dossier dans le Libé du jour sur le cinéma numérique. Tiens, serait-ce le sujet de discussion à la mode dans les dîners en ville ? A défaut de vous rendre intelligents sur le sujet, les articles vous permettront d'y briller et en tout cas de ne pas trop passer pour un attardé. Le numérique c'est aussi le problème des journalistes qui font de l'info "compilation/compression de faits et gestes" pour faire court là où leur métier exigerait approfondissement, hiérarchisation et mise en perspective.
Un dossier à lire donc plus pour réfléchir à l'avenir du journalisme que pour se faire une image nette, non clipée, de l'avenir du cinéma.

Mutation (édito film-annonce des platitudes du dossier)
Les nouveaux business du cinéma (panoramique accéléré)
Le numérique face au cinéma de papa (brassage d'idées générales)
Interview de Michel Gomez ("courage, prenons nos envies pour des réalités")
Photo des investissements télé

mercredi 19 octobre 2005

Choix plétho-numérique (2)

Digital HorizonEn passant par le Satis (salon des technologies de l'image et du son) j'ai eu la confirmation de cette idée attrapée hier à la volée dans un post de John August : le numérique c'est l'invasion de l'informatique à tous les niveaux. Comprenez-moi bien, je ne suis pas contre le progrès mais il se trouve que l'informatique progresse à une vitesse bien supérieure à celles des autres métiers qui dépendent de ses applications et a fortiori à une vitesse bien supérieure à celle que l'homme peut suivre avec ses petits bras musclés et son gros cerveau qui a besoin de sommeil pour faire de l'acquisition de données.

Il n'y a pas de match analogique/numérique puisque le numérique sera partout d'ici 15 ans (même sur la bande FM ?). Point de vue ciné il n'y a pas de match, mais pas parce que le numérique a gagné d'avance, juste parce qu'on est sur deux logiques totalement différentes. D'un côté la tradition argentique, éprouvée, carrée avec un support toujours plus performant mais justement contraignant ; de l'autre la technologie d'avant-garde qui promet chaque jour une meilleure qualité accessible à un nombre croissant de cinéastes en herbe ou déjà blanchis sous le harnais.

Ma conclusion ? Le cinéma sur pellicule permet de travailler dans un cadre très précis ou chacun est un spécialiste dans son domaine. Avec la généralisation du HD tout le monde se met aux ordres des choix effectués. Le directeur de la photo par exemple n'est plus dans cette optique qu'un conseiller technique pour la lumière du plateau. De plus on a vu hier que le monteur ne devenait plus qu'un exécutant des consignes de montage. Alors est-ce que l'avénement de la HD consacre la victoire de l'auteur-réalisateur comme détenteur de toutes les clés de la création cinématographique ? Ou du producteur-dictateur ? Tout ça fait partie des questions à se poser car suivre la technologie pour la technologie c'est de la fuite en avant, pas du progrès. Si demain les maisons de production ressemblent à de petites SSII avec un chef de projet technique, un chef de projet fonctionnel et une armée d'informaticiens indiens spécialistes de l'image, je ne crois pas que le cinéma y aura gagné.

mardi 18 octobre 2005

Choix plétho-numérique

Réflexions très intéressantes sur le blog du scénariste John August à propos du numérique.

En substance avec le numérique n'importe qui peut faire son film (ok) et se laisser émerveiller par la multitude d'options qui s'offrent à lui sur la table de montage.
August prend l'exemple de films tournés en motion-capture (acteurs couverts de capteurs devant des écrans bleus) par Zemeckis : la question n'est plus de choisir des angles de caméra, des prises etc. puisqu'absolument tout peut être imaginé sur la table de montage. Et pas besoin d'avoir le budget de Zemeckis pour se laisser bercer par les sirènes "du pouvoir absolu" du créateur sur ses images. Avec les capacités de stockage qui augmentent régulièrement un gars qui tourne en numérique va vouloir garder tout ses rushes et en particulier les garder comme options au montage, ce qui
1/enlève beaucoup à l'avantage de rapidité des stations numériques
et surtout 2/c'est "la porte ouverte à toutes les fenêtres" comme dirait Coluche puisque quasiment tout le monde peut donner son avis sur ce qui pourrait être changé et se gêne d'ailleurs de moins en moins.

Les monteurs craignent ainsi de se retrouver dans cette situation bien connue des scénaristes où on les prend pour de simples exécutants qui viennent prendre leurs instructions et doivent se démerder à faire ce qu'ils peuvent en les suivant.

Conclusion :
"Presenting a filmmaker with 100 options isn’t a help, but a hindrance. It means she has to consider 100 possibilities, or devise some system for winnowing them down into categories. That’s creative brainpower she could spend on some other, more important aspect of the film. Worse, the 99 unchosen possibilities will still weigh on her mind. In many ways, she was better off not knowing what she was missing.

Again, I’m a digital guy. But I think one of the best aspects of digital is its binary nature: yes or no, black or white, one or zero. To flourish, I think digital filmmaking needs to embrace some of this discipline.

We shouldn’t use technology simply to push back the decision-making process. Rather than cheering, “Anything is possible!” we should celebrate that “New things are possible.” The groundbreaking movies of the next decade won’t be the ones that use the most technology, but rather the ones that use it most intelligently."
Lire le post original ici

lundi 17 octobre 2005

Box-office Pp WE 42

1. WALLACE ET GROMIT ........ 117 829 = 50 x 471
2. LES FRERES GRIMM ............... 68 973 = 47 x 294
3. THE DESCENT ........................ 41 205 = 24 x 343
4. SAINT JACQUES... LA MECQUE .. 36 039 = 35 x 206
5. CACHE ................................ 30 878 = 29 x 213
6. GOAL ............................... 29 956 = 29 x 207
7. DON'T COME KNOCKING .... 23 980 = 28 x 171
8. QUATRE FRERES .............. 23 879 27 x 177
9. LA MAISON DE NINA ......... 19 325 = 33 x 117
10.IL NE FAUT JURER DE RIEN ! .. 19 033 = 32 x 119
(source : ciné-chiffres)

mercredi 12 octobre 2005

Ciné indé, le peuple aura ta peau

Quelqu'un aurait pu m'avertir pour Broken Flowers. Je veux bien être gentil avec Jarmush mais son film est au même niveau que l'insipide Lost in Translation avec Bill Murray dans le même rôle de chien perdu/battu/blasé.
Si c'est ça du cinéma indépendant autant abdiquer tout de suite et accepter que de moins en moins de gens vont au ciné (oui, c'est pas parce que les accros font chauffer leur carte que la part de la population qui va au ciné cesse de chuter). Ces films sont des caricatures de films qui se veulent profonds : on pose Bill Murray devant la caméra, on lui impose 2-3 activités à subir et hop, on laisse dérouler. Génial. Oui c'est le mot, on encense des gars comme Jarmush ou la fifille Coppolla et eux après ils se croient bons au point qu'ils pourraient faire un plan fixe d'une heure sur une chasse d'eau qui fuit et que ça serait de l'art. Ils n'ont rien à prouver, ils ont été estampillés artistes : leurs défauts expriment la fragilité, leur auto-satisfaction regorge de simplicité, de pureté, leurs grosses ficelles fleurent bon le cinéma à l'état brut.

Bien sûr j'ai certainement tort puisque Broken Flowers comme Lost my Attention ont largement "trouvé leur public." Mais on ne m'empêchera pas de penser que ce public ne fait que suivre un mouvement dans lequel il se croit intelligent, 1/par différenciation et 2/par assimilation à une communauté qui est censé être vraiment cinéphile.
Cinéphile mon cul. Juste content de pouvoir se dire au-dessus de la masse abrutie devant Julie Lescaut ou Navarro. Eh ben pourtant, voyez-vous, ces derniers sont beaucoup plus honnêtes avec eux-mêmes et peut-être même moins victimes marketing. D'ailleurs ils ne demanderaient pas mieux que d'aller au cinéma un fois de temps en temps voir des films intéressants.

lundi 10 octobre 2005

Also Sprach Fritz -- Art & Vanité (3)

Lorsque je réalisais M j'étais contre la peine capitale (je le suis encore). Mais je n'ai jamais pensé que ce film puisse réellement aider à l'abolir. Un cinéaste peut seulement montrer certaines choses. Réalisant Fury je n'escomptais pas que le lynchage puisse disparaitre immédiatement. Je ne peux qu'indiquer quelque chose du doigt, je ne suis pas faiseur de miracle, ni politicien. Je pense : ceci est mal et je le montre pour que les gens le sachent. Lorsque je montre ce qu'il est possible de montrer dans des films policiers c'est un apport critique sur des choses existantes. Mais je ne propose aucune recette pour stopper ce que je critique car ce n'est pas mon affaire.
Je pense que les gens surestiment le pouvoir d'un metteur en scène. Le film est d'abord un travail d'équipe mais il est vrai que le réalisateur contrôle certaines choses. Laissez-moi vous raconter une histoire. Lorsque Fury fut terminé, le producteur, sortant d'une projection, me convoqua dans son bureau et, furieux, m'accusa d'avoir changé le script. Je lui répondis : "Comment pourrais-je avoir modifié le script lorsque je parle à peine l'anglais ?" Il relut le script et reconnut : "Sapristi, vous avez raison, mais il parait différent sur l'écran."

Box-office Pp WE 41

1. LES FRERES GRIMM ..... 122 367 = 48 x 510
2. CACHE ......................... 54 485 = 29 x 376
3. QUATRE FRERES .............. 40 736 = 32 x 255
4. IL NE FAUT JURER DE RIEN ! .. 31 038 = 38 x 163
5. COLLISION .................. 22 204 = 27 x 164
6. LES AMES GRISES ........... 20 140 = 40 x 101
7. MA SORCIERE BIEN-AIMEE 18 169 = 30 x 121
8. GABRIELLE ................... 16 902 = 21 x 161
9. ENTRE SES MAINS ......... 16 730 = 34 x 98
10 BROKEN FLOWERS ........ 16 441 = 24 x 137
(source : ciné-chiffres)

samedi 8 octobre 2005

Tellement propre que l'on peut se voir dedans

Pour imiter Europa Corp qui fait voter les abonnés à sa newsletter pour les affiches de ses films "difficiles" (un film difficile chez Europa Corp. c'est un film dont Besson ne revendique pas d'avoir écrit le scénar entre 5h du mat et midi) voici un petit sondage pour la plus belle image :

lundi 3 octobre 2005

Box-office Pp WE 40

1. IL NE FAUT JURER DE RIEN ! ..... 72 177 = 38 x 380
2. LES AMES GRISES ................... 44 742 = 40 x 224
3. REVOLVER .......................... 42 611 = 35 x 243
4. MA SORCIERE BIEN-AIMEE ...... 42 578 = 38 x 224
5. COLLISION ...................... 38 681 = 29 x 267
6. GABRIELLE .................... 36 552 = 22 x 332
7. NIGHT WATCH ............. 32 619 = 26 x 251
8. ENTRE SES MAINS ........ 32 209 = 39 x 165
9. BROKEN FLOWERS ..... 26 965 = 30 x 180
10 RIZE .................... 22 523 = 25 x 180

(source : ciné-chiffres)

vendredi 30 septembre 2005

Blu vs. Red, episode XLII

La guerre pour le nouveau standard DVD menace d'être longue. C'est parti comme en 1914 la fleur au fusil et on atteint maintenant la fin de la guerre de mouvement avec la course à la mer où chacun essaie de s'assurer le plus large soutient sans chercher à faire la différence. Sony ne veut surtout pas voir l'histoire du Betamax se répéter et compte dans ses rangs Apple HP et Dell (soit la moitié de la production mondiale d'ordinateurs personnels), Toshiba a annoncé un délai dans la sortie du DVD HD mais vient d'enregistrer le soutient non négligeable de Microsoft et Intel. Microsoft et sa Xbox cherchent surtout à pousser le standard concurrent de Sony et sa Playstation, mais pour Intel les motivations sont plus obscures. Voyant le front se dessiner Samsung a déjà décidé de lancer un lecteur compatible avec les deux formats Bluray et HD DVD.
Oui, autant dire qu'on se dirige vers une guerre de tranchées qui va coûter très cher à tout le monde et surtout au consommateur pressé à qui on va vendre des lecteurs compatibles avec les technologies divergentes des deux formats.
D'ici deux ans : Verdun et un pillonage des linéaires pour forcer la décision. A moins que, comme l'espère Sony, la Playstation fasse pencher la balance dans le camp Blu-ray. D'ici là pas la peine de jouer au consommateur zélé, le bon vieux format DVD a encore 5 ans devant lui et à mon avis dans 5 ans une technologie "sans galette" commencera à prendre la relève de tous les formats DVD (dernière étape avant la dématérialisation totale qui devrait prendre encore une bonne dizaine d'années).

Also Sprach Fritz -- Art & Vanité (2)

Il y a des films qui correspondent aux désirs et aux rêves du public. Avant de faire Western Union j'ai vécu un certain temps avec les Peaux-rouges parce que j'ignorais tout de l'Ouest. J'ai reçu ensuite des lettres d'anciens pionniers me disant : "Vous avez parfaitement montré ce qu'était l'Ouest." Avais-je vraiment montré la réalité ? N'avais-je pas plutôt nourri quelques images fantastiques, exprimant leur désir de l'Ouest tel qu'il aurait dû être ? Cela ne signifie pas que l'imagination soit supérieure à la réalité. Les deux choses ont, au cinéma, le droit d'exister.

jeudi 29 septembre 2005

Too Many Cooks?

Emmanuelle nous fait part de cette impression, trop souvent partagée, en sortant de la première du dernier film de Jodie Foster, Flight Plan :
Malheureusement, le film s'écrase avec fracas dans le dernier quart-d'heure. Le scénario valdingue d'un coup, comme un masque à oxygène.
On fait trop souvent la même constatation, incrédules: comment tous ces gens futés et doués individuellement et dotés de tels moyens parviennent à gâcher autant de projets collectivement?
Eléments de réponse : d'un côté Jodie Foster veut faire un film dont Jodie Foster est l'héroïne (sympathique, au sens anglais, sans aspérités, comme son personnage dans Panic Room qui avait déjà été calibré pour Nicole Kidman) et de l'autre les studio executives qui veulent faire un film qui accroche le plus large public (pas de prise de risque, du consensuel + du gros final twist en guise de condiment). Au sortir de cette production à la chaîne on est soit léger parce qu'on a eu la mémoire vidée par le spectacle (et le film s'oublie dès que les lumières se rallument), soit énervé d'avoir autant été pris pour un con, d'avoir perdu son temps et/ou son argent.

Oui, tout ça apporte certainement de l'eau au moulin de ceux qui ne jurent que par les auteurs à l'univers codifié, certes, mais plus stimulant intellectuellement. Disons pour mettre tout le monde d'accord que c'est une question d'ambition de départ partagée ou non par toute une équipe créative. Peut-être que le scénario à l'origine de Flight Plan était beaucoup plus futé, subtil (c'est pour ça que j'insiste toujours pour qu'on ne se laisse pas aller à critiquer le scénar -le travail du scénariste- au vu du résultat final) et qu'il a été raboté dans tous les sens au fil des réécritures.

On est dans une logique industrielle : un grand groupe va acheter un brevet, non pour les bienfaits que ses applications pourraient apporter à l'humanité mais 1/pour éviter qu'il ne tombe aux mains de la concurrence et éventuellement 2/en tirer le maximum de profit. De même quand Warner laisse le champ libre à Jeunet c'est pour un profit-prestige via une prise de risque mesurée, à chiffrer en nominations aux Oscars pas en dizaines de millions au box-office.
Au final il ne faut pas s'étonner si dans un cas comme dans l'autre de cette logique d'hyper-rationnalisation l'émotion a du mal à trouver sa place.

Màj: pour ceux que ça intéresse Flight Plan ne fait que reprendre l'idée de base de The Lady Vanishes d'Hitchcock (inspiré lui-même d'une histoire vraie arrivée à Paris) et apparemment le personnel naviguant n'a pas trop apprécié le rôle qu'on lui fait jouer.

lundi 26 septembre 2005

Box-office Pp WE 39

1. MA SORCIERE BIEN-AIMEE ....... 71 696 = 38 x 377
2. ENTRE SES MAINS ................. 58 592 = 39 x 300
3. COLLISION ........................ 45 875 = 28 x 328
4. BROKEN FLOWERS ............... 39 894 = 38 x 210
5. RIZE ............................... 33 529 = 26 x 258
6. KISS KISS BANG BANG ........... 32 104 = 35 x 183
7. L'ANNIVERSAIRE .................... 30 326 = 32 x 190
8. LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR .. 24 989 = 45 x 111
9. LA MORT EN LIGNE ................... 20 051 = 26 x 154
10. MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES .. 18 276 = 13 x 281

(source : ciné-chiffres)

dimanche 25 septembre 2005

Aigle à deux têtes

Apparement le secrétaire d'Etat à la pelliculture US Glickman avait un peu de mal avec Hollywood et il va désormais se contenter de jouer les lobbyistes qui se glissent entre les portes à Washington (sa vocation avouée). Pour la partie Tinseltown contre les pirates de l'internet il se voit adjoindre Bob Pisano, ancien président du syndicat des acteurs.
Pisano will be based on the West Coast, at the MPAA's Encino office, while Glickman will focus on the organization's lobbying work in Washington. The decision to put Pisano in charge of most day-to-day operations of the organization ends what had long been considered a czar-like position of the MPAA's leader, personified by Jack Valenti, who resigned earlier this year. As Daily Variety observed in reporting on the appointment, "For decades, Valenti and the MPAA were synonymous. He had many fervent supporters and many detractors, but apparently it takes two men to fill his shoes."
(source: Studio Briefing)
(voir aussi l'article du Hollywood Reporter en lien dans le titre du post)

mercredi 14 septembre 2005

Also Sprach Fritz -- Art & Vanité

Dans chaque homme il y a une part de vanité. Parce qu'il a été cité dans beaucoup de livres, M est devenu un grand film. Le thème de M a été repris dans beaucoup de films allemands et américains. Je crois qu'il est juste de prétendre qu'aucune de ces copies n'est un progrès par rapport à l'original. Rien de nouveau n'a été dit sur cet être humain contraint de tuer en raison de quelque désordre mental.

M est-il une oeuvre d'art ? Je ne le crois pas. Qui peut décider, comme nous le faisons aujourd'hui, de ce qui est du domaine de l'art et de ce qui ne l'est pas ? N'est-ce pas seulement le temps qui peut prendre cette décision ?
Lorsqu'un film qui a été fait autrefois, ressort en 1960, passe pendant dix-huit semaines et fait beaucoup d'argent (cela est arrivé à Paris avec l'un de mes films) n'est-ce pas la preuve qu'il a atteint un vaste public ? Le box-office est une chose capitale et à laquelle je pense de façon constante. Un film ne doit pas être fait pour quelques privilégiés mais pour un large public.

lundi 12 septembre 2005

Box-office Pp WE 37

1. BROKEN FLOWERS ............... 117 868 = 38 x 620
2. MA VIE EN L'AIR ...................... 45 323 = 44 x 206
3. CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE .. 26 557 = 41 x 130
4. THE ISLAND ............................. 28 664 = 37 x 155
5. DARK WATER ......................... 21 732 = 35 x 124

(source : ciné-chiffres)

vendredi 9 septembre 2005

André Pousse (1919-2005)

II fut d'abord, avant-guerre, une figure légendaire du vélodrome d'Hiver, pour la plus grande joie des stars de la chanson (Piaf), du cinéma (Gabin) ou de la " truande " (Emile Buisson, Pierrot le Fou et autres Jo Attia). En 1950, il part faire fortune à Haïti, revient ruiné mais riche d'une expérience d'agent du FBI. En 1951, pour une " inoubliable parenthèse de six mois ", il est le compagnon d'Edith Piaf, puis devient imprésario pendant dix-sept ans (Henri Salvador, Line Renaud, Joséphine Baker...). En 1959, il découvre un petit jeune... Johnny Hallyday. En 1963, il lance la mythique Locomotive et, la même année, accepte un petit rôle dans D'où viens-tu, Johnny ?, commençant ainsi sa carrière d'acteur.
(extrait de la 4e de couv' de ses mémoires, publiées en avril dernier)

Et PAF le chien aboie...

Article qui commence fort mais ne tient pas la longueur sur l'analyse de la critique ciné au petit écran. Gilles Lyon-Caen démarre sur l'opportunité ratée du DVD pour donner un coup de fouet à la critique.
Aujourd’hui, au niveau éditorial, l’outillage réflexif du DVD s’essouffle de lui-même, se voit désaffecté, au gré de bonus sans passion et de recyclages analytiques de facture universitaire. Comparée à la Zone 1 Import, la qualité française stagne, résignée, comme si elle était prise de court par la vitesse du marché. L’ensemble, indigeste, conjugue les diktats d’un prestigieux et encombrant patrimoine, et la sacro-sainte « politique des auteurs » institutionnalisée par la critique française.
Personnellement, si je reconnais que le DVD aurait pu permettre à la télé de parler d'autres films que les productions au plan média sous amphétamines, le côté décorticage de scène m'horripile parce qu'il va à l'encontre (et non pas à la rencontre) du travail des cinéastes. La télé est déjà suffisament déprimante sans espérer phagocyter cette magie du cinéma après laquelle elle court toujours.

Que ce soit chez Drucker, Ruquier ou au Masque et la plume ("le marteau et l'enclume" FB) toutes les émissions radio/TV ou téléphoniques tournent au bavardage. On est encore loin de la critique construite mais pas très loin de ce que, moi, j'appelle le premier degré de la critique, à savoir la paraphrase. Tout critique qui n'a rien à dire de spécial (et quand il est pathologiquement nul c'est un symptôme persistant) commence par raconter le film ; et comme il n'y a pas un film intéressant qui sort chaque semaine on doit facilement tourner (en rond) autour de 80% de paraphrase.
Or de la paraphrase d'images à la télé ça ne prend pas (sauf pour la météo et... vidéogag, comme par hasard) donc il ne reste plus qu'un pauvre terrain vague pour la critique ciné cathodique (plasmabolisée ?). Et si personne n'y voit un emplacement à valoriser le terrain vague tourne vite au dépotoir.