vendredi 30 avril 2010

Les séries TV américaines

Il y a longtemps que je veux écrire un post sur les séries américaines. Problème  : je n'en suis aucune régulièrement, et pour tout dire je n'en regarde que très rarement. Je suis toujours assez curieux d'apprendre l'existence de nouvelles séries mais pas au point de vouloir regarder le pilote ou quelques épisodes pris au hasard.
A l'époque de Friends déjà (qui a peut-être lancé la tendance, quoique ce ne soit qu'une sitcom) je gardais trop de recul pour m'enthousiasmer béatement pour les péripéties des 2x3 héros + quelques guest stars. Pour passer le temps j'ai du voir 2 saisons qui trainaient chez un pote plus quelques épisodes de ci de là, mais globalement je n'aime pas être assis devant la télé. J'ai l'impression d'y perdre mon temps, je trouve ça insuffisamment stimulant depuis que je surfe régulièrement. Avant Friends je me souviens n'avoir pas du tout accroché aux X-files. Mais cette fois c'était spécifique au contexte paranormal qui m'a toujours laissé de marbre.

Tout ça ne m'empêche pas, par pure curiosité intellectuelle, de m'intéresser aux séries qui foisonnent depuis 2000. J'ai beaucoup aimé Dr House dont j'ai dû voir une dizaine d'épisodes, tous très bien construits autour de la même trame. Mais bon, je n'éprouve aucun besoin de me faire une saison entière. Il y a ce côté confiné, commun à toute les séries je pense, qui m'en détourne assez vite. Ce côté rassurant pour les gens élevés devant une lucarne me lasse très vite en fait. J'ai vu une grande partie des premières saisons d'Ally McBeal à l'époque où ça arrivait sur M6. C'était un rdv sympa que je suivais avec des amis de l'époque, mais j'aurais très bien pû faire autre chose de plus intéressant (bon ok, le but de la série est certainement de se reposer en pensant à autre chose). Dans la foulée il y avait Sex and the City qui m'a amusé le temps de 2-3 épisodes, mais j'ai surtout trouvé ça extrêmement futile. Je n'étais pas vraiment dans le coeur de cible et il est vrai que les séries s'adressent souvent à des populations plus ciblées que les films qui vont vouloir ratisser plus large.

SERIES US vs. CINE US vs. SERIES FRANCHOUILLES (arf)

Justement, petite parenthèse à propos de cette comparaison : il est devenu inutile de préciser que les séries US sont beaucoup plus créatives que le cinéma américain. La raison en est toute simple (et énoncée de manière très claire par John August sur son blog il y a maintenant bon nombre d'années : le scénariste est au cœur de la production TV alors que, dans l'industrie du cinéma US, il n'est qu'un simple employé aux écritures, corvéable à merci et surtout quasi toujours interchangeable. Je dis US mais la conception américaine déteint beaucoup sur les producteurs européens, par exemple, qui ont la fâcheuse tendance à se prendre pour Selznick ou Harvey Weinstein dès qu'un de leurs films a grappillé un peu de succès. A la télé US les scénaristes sont reconnus comme les véritables producteurs. Ceux sont eux les stars, pas un acteur bankable ou un réalisateur waou-dans-ta-face. Les scénaristes deviennent donc producteurs du show quand ils ne le sont pas déjà à l'origine du projet. Au bout d'un moment les meilleurs scénaristes se tournent vers la télé : ce sont les meilleurs justement parce que
  • ils n'ont pas l'orgueil de penser que la télé n'est pas assez bien pour eux

  • ce qui les intéresse c'est de pouvoir faire leur travail créatif dans les meilleures conditions, càd où leur importance est reconnu et où on peut mettre en place une collaboration efficace
Au final, si la série marche, ils pourront en tirer un ou plusieurs films, et quand bien même ce ne serait pas le cas ils auront pu donner le meilleur d'eux-mêmes, explorer un grand nombre d'axes narratifs, de pistes, faire vivre des personnages, etc. sans la frustration d'être aux ordres et de dépendre de manière absolue selon les humeurs d'executives qui ne comprennent rien à leur métier.

Cet aspect, qui différencie le succès des séries US de la tendre médiocrité des séries en France, je ne l'ai pas vu évoqué dans le blabla du sémiologue Vincent Colonna pour Télérama. Le seul truc que j'en ai retenu d'ailleurs c'est que les américains ont compris que la télé restait de la radio filmée (d'où l'importance primordiale des dialogues) alors qu'en France on veut encore faire du cinéma du pauvre sur le petit écran.

DU PAIN + DES JEUX = DES SERIES

Pour en revenir à décompter mes moutons (même si je n'ai pas suffisamment laissé de temps à une série de me faire un effet soporifique), je ne chante pas non plus des louanges à toutes les séries US qu'il m'a été donné d'essayer. LOST par exemple, pour avoir vu un épisode au hasard, puis le premier épisode bien des années après, je trouve ça complètement nul. Personnages en une seul dimension qui n'interagissent pas vraiment et sont juste déplacés par les scénaristes au gré des rebondissements qui, vu le nombre de saisons, doivent être très nombreux. C'est pour ça que je décrirais LOST comme un soap d'aventures. Donc faut pas trop en demander aux aventures.

J'ai vu le pilote de Californication. Marrant, mais bon, je n'ai pas voulu en voir plus parce que je suis à peu près sûr que ça n'a pas beaucoup de potentiel pour se renouveler. Jamais essayé 24 malgré toutes les incitations. Je dois avoir les 2 premières saisons sur un disque dur, mais ça m'intéresse de moins en moins. Dexter, Nip\Tuck, Desperate Housewives ? Jamais vu non plus. Savoir de quoi il s'agit suffit à satisfaire ma curiosité.

Ceci dit je suis assez attaché aux séries de mon enfance et là où des arguments cohérents ne pourront m'intéresser à une série contemporaine, la nostalgie me pousse à essayer de découvrir le remake du Prisonnier (avec John Caviezel et Ian McKellen). Étonnant, non ?

jeudi 29 avril 2010

Tintin 3D : le crabe aux oeufs d'or à l'américaine

Enfin, depuis environ 6 mois, on sait que le projet d'un Tintin mis en scène par Sielberg va voir le jour. La première fois qu'on avait parlé de ce projet c'était à l'époque où Spielberg faisait encore des films bourrés d'un enthousiasme digne des aventures de Tintin, et dépourvu de sentimentalisme lourdingue. Bien que ce projet d'adaptation n'ait pas vu le jour il y a 25 ans, il reste qu'Indiana Jones était devenu l'hommage de Spielberg à Tintin, alors que L'homme de Rio et les Tribulations d'un Chinois en Chine (de Philippe de Broca, avec Belmondo) restent les films les plus proches de l'esprit insuflé par Hergé à son héros au fil de ses aventures (1).

Indiana Jones est un quidam, habillé en archéologue pour lui donner de la densité, plongés dans des aventures truffées d'énigmes et de dangers qu'il affronte sans se défiler. Tintin à côté est beaucoup plus translucide, lisse et béatement courageux. Indiana Jones lui est vraiment humain, il a un côté geek, il a peur des serpents, il court à chaque fois derrière les méchants nazis mais n'abandonne jamais. Bref Indiana Jones est un Tintin réécrit pour le public du cinéma américain et c'était bien comme ça. D'un autre côté les adaptations en dessins animés de Tintin enlevaient beaucoup du charme des albums, mais permettaient de faire découvrir ceux-ci aux nouvelles générations, plus souvent scotchées à un écran qu'à des livres, même très coloriés.

Les technologies d'aujourd'hui permettront-elles de donner une nouvelles dimensions à Tintin ? Au niveau visuel on peut faire confiance aux américains pour être créatifs en restant dans l'esprit de l'œuvre originale, en revanche j'ai plus de doutes au niveau de l'histoire. Tout d'abord je pense qu'il faut poser Tintin de manière plus précise que dans les albums où il est vaguement décrit comme un reporter. Là aussi les scénaristes américains savent faire, mais j'espère même qu'Hergé leur aura réappris leur métier en termes de précision et de rythme. Le pire pour moi serait que Spielberg oriente ça dans le sens d'Indiana Jones 3 où il ajoute un père à son héros de BD (2). Il ne s'agit pas de recréer l'environnement quotidien du héros et c'est malheureusement la tendance chez Spielberg avec sa lourdeur sentimentaliste.

Personnellement, l'album où j'ai trouvé Tintin campé de manière la plus convaincante, dans le sens où il n'est pas juste happé par une aventure mais fait précisément un boulot de journaliste d'investigation, c'est le début du Pays de l'Or noir. On peut raisonnablement reprendre le canevas pour le lier à l'intrigue du Crabe au Pinces d'or puisqu'il s'agit, pour le premier film, de faire se rencontrer Tintin et Haddock (évidemment puisque Haddock est celui qui apporte son humanité aux aventures). Seulement, comment relier cette rencontre à l'aventure principale du premier volet de cette trilogie Secret de la Licorne/Trésor de Rackham le Rouge ?

Grosso modo je suis assez dubitatif, d'abord parce que pour le Secret de la Licorne il faut que Tintin connaisse déjà Haddock, ce qui demande d'enchainer le trafic du Crabe aux Pinces d'Or (et Omar Ben Salaad interprété par Gad Elmaleh) avec l'opposition aux méchants frères Loiseau. Vraiment bizarre. Mais surtout j'ai peur que dans ce besoin de tout raccorder, le capitaine Haddock ne soit plus présenté comme un vieil alcoolique et juste un truculent loup de mer bien propre sur lui. Quel que soit le talent de scénariste là, je suis très dubitatif.
Réponses certainement à la rentrée avec de premières images.


(1) Hergé a aussi, pour commencer, été largement influencé par le cinéma : en particulier le rythme des comédies muettes sur les premiers albums (Harold Lloyd par exemple) et certains cinéastes majeurs sur des exemples précis d'avant guerre notamment (Alfred Hitchock, Fritz Lang), mais il est le véritable créateur de ce héros emblématique du XXe siècle dont les aventures le portent aux quatre coins du monde, faisant exploser le cadre du quotidien de ses contemporains. En ce sens James Bond n'est qu'une déclinaison de Tintin, la plus marquante et pérenne certes, mais sans la création visuelle, donc dynamique, du héros les bouquins de Ian Fleming ne valaient pas grand chose.

(2) et je ne parle même pas de ce patchwork difforme d'Indiana Jones 4... Spielberg a quasiment tué son Tintin, espérons qu'il a retrouvé un peu d'enthousiasme juvénile pour Tintin. Sur ce point je fais plus confiance à Peter Jackson.

mercredi 6 janvier 2010

Meilleurs voeux et Avatar

Je suis encore en rase mottes pour passer sous le radar mais je prends le temps de vous transmettre mes meilleurs vœux pour 2010.
Meilleurs vœux pour le cinéma aussi, et pires vœux pour Hadopi en passant.
Hadopi est maintenant (presque) en place, je vais enfin (vraiment ?) pouvoir arrêter d'en parler.

Meilleurs vœux pour le cinéma, qui a de toute façon connu une excellente année question fréquentation en France. Avatar va se positionner parmi les 5 plus gros cartons de tous les temps. Est-ce qu'il sert la cause du cinéma ? Oui dans la mesure où il entretient l'envie de cinéma des gens. Non dans la mesure où il entérine la tendance à faire passer la technologie avant l'histoire et les personnages.

Pour ceux qui ne l'on pas encore vu, Avatar est extrêmement linéaire, plat comme ses personnages. Mais la 3D reste au service de l'histoire et l'univers de la planète Pandora et ses autochtones. Sauf que tout ça est beaucoup moins réussi que Princesse Mononoké dont c'est inspiré de manière évidente (entre autres créations poétiques de Miyazaki). Et on me rappelle que l'histoire elle-même rappelle fortement celle de Danse avec les loups...
Sans parler de la musique de James Horner qui rappelle constamment celle qu'il avait composée pour Titanic, burp.

mardi 10 novembre 2009

La pub dans Télérama n°3122

Sur les 80 premières pages précédant les programmes télés : 23 pages de publicité + 3 doubles pages (dont la fameuse double-page pour l'écran Philips 21:9 à 4k€) soit plus de 36%. Je n'inclus pas la couv, ni les encarts et les enveloppes délicatement placées avec le magazine à l'attention de l'abonné. Et je ne compte pas non plus les offres internes de Télérama gentillement placées en page de gauche, donc bien moins intrusives.

Bref, nettement plus d'une page sur trois est de la pub. Supporterait-on une chaine télé où il faudrait zapper aussi souvent ? On en est à 12 minutes par heure (soit 20%) sur les chaines privées et c'est déjà pénible. Que serait une chaine avec 22 minutes de pub par heure ? J'imagine que Télérama serait le premier à s'en offusquer. Quoique. J'ai l'impression qu'on est bien loin du magazine d'il y a quinze ans.
Je vais essayer d'en retrouver un pour faire la comparaison.

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot



J'étais allé il y a déjà bien 2 ans à la présentation d'une sélection d'images dans l'auditorium du Louvre. Des images magnifiques révélatrices d'une atmosphère qu'on aurait aimé découvrir dans un film fini. A défaut du chef d'œuvre qu'aurait pu être L'Enfer de H-G Clouzot, on peut donc désormais satisfaire sa curiosité, et bien plus, avec le documentaire co-réalisé (sur 2 ans 1/2) par Serge Bromberg, l'homme par qui l'amour du cinéma revient.

The Battle over Content 2

Ce post fait suite à The Battle over Content que je publiais il y a un an. Pour résumer j'écrivais pour répondre à Tristan Nitot qui s'offusquait du fait que des blogs populaires se laissent tenter à faire du publi-rédactionnels, ce qui dénature complètement l'esprit du web. En particulier c'est un argument pour dire, au pire avec ce vieux débris de Séguéla, que le web est un immense bordel où règne les pires rumeurs, où se montent les pires calomnies, mais aussi dans le meilleur des cas c'est tout simplement un argument pour dire que les blogueurs et les infos tirées du web ne valent rien par rapport à de bons journalistes qui connaissent très bien leur métier.

Et qui travaillent sous les ordres de Dassault au Figaro, ou de manière plus générale dans un canard largement dépendant de ses rentrées publicitaires ou des exclusivités accordées ? Qui fait du journalisme d'investigation en France à part le Canard Enchaîné qui justement n'est pas financé par de la publicité ? Personne. Et il faut chercher sur le web pour trouver justement de nouvelles manières de faire du journalisme plus près des gens et moins proche du pouvoir (de l'argent, du politique) avec par exemple Rue89 ou Bakchich.info (en espérant que ce dernier survive malgré le positionnement sur le créneau des hebdos satiriques du mercredi).

Face à l'offensive des programmes TV gratuits Télé 7 jours, autrefois la référence dans les chaumières, est à la ramasse. Pas grave, ça n'a jamais été du journalisme (pas plus que les interviews de Drucker en tout cas) et il y a Télérama pour remonter le niveau chez les gens plus exigeants, mieux éduqués, et blablabla. J'ai toutefois arrêté de le lire régulièrement : d'une part parce que ça fait 15 ans que je n'ai plus la télé, mais surtout parce que j'y ai noté une forte surcharge publicitaire après le virage du rachat par le groupe La Vie-Le Monde. Condition à sa survie et à la préservation de son identité nationale nous expliquait-on.

J'ouvre la semaine dernière le Télérama n°3121 qui fait sa couverture sur un dossier "La télévision numérique mode d'emploi, 52 pages de conseils". Le reportage sur La presse italienne contre Berlusconi et le portrait de Patrick Buisson ne font l'objet que d'une mention, mais je ne remarque pas ça sur le coup : malgré mon esprit critique acéré mon premier regard ne s'occupe heureusement pas de juger a priori. En y réfléchissant ce dossier, pas du tout de fond, aurait plus sa place chez 60 millions de consommateurs par exemple. Mais il ne s'agit pas non plus de tests, de critiques du matériel pour regarder la télé en 2010. A feuilleter les 52 pages on y voit surtout une sorte de catalogue Fnac destiné à faire rêver les CSP+ à l'approche des fêtes. Tout ça, encore une fois, c'est mon esprit critique a posteriori qui le me le fait dire. Le déclencheur c'est cette pub dans le numéro suivant (3122): double-page sur le téléviseur Philips Cinema 21:9 (pages 9-10). En y regardant de plus près il y a déjà une pub pour cet TV (et une autre) en page 2 du dossier ! C'est vrai que pour fourguer un écran cinémascope à 4000€ il faut mettre le paquet pour toucher les CSP++ et leur remettre le produit sous le nez pour faire monter le désir. Il ne doit pas y avoir beaucoup de fétichistes du Cinémascope (en fait 2.35 c'est le ratio du format de référence Panavision nous apprend au moins Télérama) donc il faut susciter l'achat d'impulsion, vite !

Bref, tout ça pour dire que l'argument de dire que le seul journalisme qui compte dans une démocratie c'est le journalisme papier, c'est du pipo. Le journalisme papier a beaucoup de leçons à tirer de ce qui se passe sur internet, comme les maisons de disques et les distributeur et éditeurs de contenu ciné. Le journaliste papier doit vendre du papier, ce n'est pas un service public (et heureusement question indépendance du pouvoir), et pour mériter son salaire la jalousie de ses confrères (pour une exclu obtenue) est plus importante que l'admiration.

A suivre : une petite analyse du poids de la pub dans Télérama.

dimanche 8 novembre 2009

Déjà vu : A Star is Born

Pygmalion, voilà un concept fort pour le cinéma et qui, bizarrement n'a pas été tant utilisé que ça sur le grand écran. En revanche George Cukor, que Clark Gable aurait fait virer d'Autant en emporte le vent parce qu'il dirigeait plus Scarlett O'Hara que Rett Butler, était manifestement très inspiré par le mythe. Il faut dire que Cukor est le réalisateur ayant "obtenu" le plus de nominations aux Oscars pour 21 acteurs dfférents qu'il a eu l'occasion de diriger. On en retient des rôles de femmes surtout (Katharine Hepburn, Audrey Hepburn, Judy Holiday...), mais pas seulement (James Stewart obtient l'Oscar en 1941 pour The Philadelphia Story alors que ses deux partenaires féminines se contentent d'une nomination).

Pygmalion c'est la pièce de George Bernard Shaw qui se trouvera convertie en comédie musicale à Broadway (1956) puis au cinéma par Cukor (1964) : My Fair Lady. Mais avant cela c'est une histoire de Pygmalion moins comique (et moins musicale) que Cukor avait déjà ré-adapté en réalisant le remake d'Une Etoile est Née (1937).

Pour avoir vu d'abord le remake en version 'restaurée' de 3h je pourrais ne pas être objectif en disant que la version rafraichie est meilleure. Sauf qu'elle est nettement meilleure. La réalisation est plus fluide alors que le film original est très, certainement trop, académique. Janet Gaynor soulève difficilement l'enthousiasme alors que c'est un rôle où l'on doit tout donner pour faire accepter au public cette histoire de jeune fille naïve qui devient une star. Fredric March est très bien de son côté mais on sent qu'il pourrait donner plus. Cukor, lui, donne une vraie dimension émotionnelle à l'histoire en dirigeant Judy Garland et James Mason.

Ceci dit, même réalisées sans chaleur, toutes les scènes clés sont déjà dans le film original, ce qui me permet de saluer un magnifique travail d'écriture de la part des scénaristes. La version de Cukor est aussi beaucoup plus longue, et avec les parties 'restaurées' (le son original sur des photos remplaçant les images perdues...) il est facile de dire trop long. Mais la longueur vient justement des scènes où l'on voit vraiment Esther devenir une star. Quoiqu'il en soit la dernière réplique, dans les 2 versions, me tire toujours les larmes aux yeux, donc, encore une fois, un réalisateur moyen ne peut pas complètement saloper un beau script.

PS. Pas vu : le re-remake de 1976 avec Barbra Streisand et Kris Kristofferson (ça sent un peu trop le véhicule calibré pour Streisand). Et on annonce un re-re-remake pour 2012 : une version moderne où une chanteuse aguerrie (Carla) emmènerait son mari en haut du hit-parade des vendeurs de soupe ?

lundi 5 octobre 2009

Hadopi 2 : Hadopi font du ski

Renforcé dans leurs bottes crottées par le vote d'Hadopi2, les lourdeaux de la Sacem qui brament contre le scandale du téléchargement illégal en remettent une couche sur le besoin de taxer les fournisseurs d'accès internet. Pourquoi ? Parce qu'ils auraient bénéficié, implicitement de l'offre de téléchargement illégal pour développer leurs ventes d'abonnement Haut-débit.

Quand bien même il serait prouvé que l'argument tacite du téléchargement gratuit et illégal a joué un rôle prédominant dans le développement commercial des FAI, encore faudrait-il mesurer cet impact. Des parents qui prennent un forfait Triple Play et qui ne connaissent pas grand chose à internet, contrairement à leurs enfants qui vont eux, éventuellement, télécharger en masse n'ont certainement pas pris en compte cet argument. Au contraire, moins ils s'y connaissent en informatique/internet plus ils vont avoir tendance à éviter de télécharger et à l'interdire à leurs enfants.

Mais pour avancer sur ce débat il faudrait faire une étude approfondie des arguments marketing des FAI en fonction de leurs résultats. C'est largement possible, même s'il n'est pas évident de se mettre d'accord sur un protocole d'étude, parce que les FAI sont des entreprises qui publient leurs résultats et doivent rendre des comptes à leurs actionnaires. Or la Sacem est un organisme tout ce qu'il y a de plus opaque.
Bref, quand la Sacem voudra bien faire preuve de plus de transparence dans sa gestion elle pourra peut-être commencer à demander des comptes à des entreprises dont l'activité s'exerce sur un secteur concurrentiel, par opposition à une administration privée établie dans un quasi-monopole de fait.

A lire aussi : tweeté par Ziknblog, un sondage Ipsos que n'utilisera pas la Sacem dans ses arguments fallacieux.

mercredi 23 septembre 2009

Les Délices d'Hadopi

C'était prévisible. Raphaël Anglade nous signale que les journalistes papier (au cerveau plus lent et plus servile que celui de leurs confrères qui pensent d'abord Internet) viennent de se rendre compte qu'Hadopi n'est qu'un prétexte au contrôle du web.

Évidemment ils ne s'en seraient toujours pas rendu compte s'il n'y avait pas une mesure qui les touche directement :
Les "œuvres" des journalistes pourront désormais être exploitées sans rémunération supplémentaire sur tous les supports d’un même titre.
Hé oui, on ne peut pas copier sans limite les œuvres des artistes, mais les journalistes ne sont eux que des ouvriers de l'actualité et de la propagande.

Après le petit bout de loi empêchant la secte de Scientologie d'être dissoute en France (et toutes les personnes morales convaincues d'escroquerie), les amendements votés pour limiter l'inégibilité des parlementaires, il y a vraiment qqch de pourri au royaume de Sarkozie. En tout cas un sacré sens inné de la mission de droit divin, balancé sans complexe au beau milieu de la République et sa difficile définition du bien commun.

jeudi 17 septembre 2009

Déjà vu : Out of the Past/Against All Odds

Out of the Past (La Griffe du passé - 1947), aussi connu sous le titre de Build my Gallows High (Pendez-moi haut et court), est tout simplement un des chefs d'oeuvre du film noir. L'idée d'en faire un remake est donc éminement foireuse d'entrée, et à plus forte raison s'il s'agit de faire le remake au coeur des années 80.

Notre petite jurisprudence D.O.A. nous montre en effet que les insouciantes, lumineuses et tape à l'oeil 80s sont tout ce qu'il y a de plus éloigné visuellement de l'époque des films noirs. Le contexte morose se prête pourtant aux histoires de héros poursuivis par la fatalité, mais en plus du manque d'un style propre après la fureur des années disco, de la libération sexuelle, les années 80 sont assommées par le retour des valeurs (morales) des années Reagan sur fond de crise économique permanente, au détriment du sens de la vie (c'est le travailler plus pour gagner plus avant l'heure). Ajoutons à ça que la "nouvelle vague US", les jeunes réalisateurs prometteurs des 70s (Spielberg, Scorsese, De Palma, Coppola...) sont vite rentrés dans le moule d'Hollywood pour faire ce qu'ils savent faire sans prendre trop de risques. Pour le cinéma des années 80, l'esthétique est entièrement écrasée par la puissance financière des groupes qui ont racheté les studios. Les pontes des studios voient progressivement la manne de la vidéo et du public ado s'imposer comme les bases d'un marché juteux. Pour moi le résultat se résume à la série Miami Vice : du soleil, des héros seuls, mais globalement indestructibles, et avec tellement de compensations en nature...

PAS DE FEELGOOD MOVIE DANS MON FILM NOIR, MERCI

Rien ne rapproche notre héros de film noir de Sonny Crockett ou Ferris Bueller ou Bud Fox, le héros de Wall Street, perdu face à Gordon Gekko, un nom qu'on retient plus facilement grâce à l'écrasante présence de Michael Douglas dans ses quelques scènes. Mais l'ambition d'Against All Odds (Contre toute attente - 1984) n'est pas d'être un remake (ou alors ils ont vraiment perdu le fil et la bobine en cours de route !), ce qui évite déjà au film d'être jugé, et descendu en flammes, sur ce plan là par les fans de films noirs. Le film de Taylor Hackford ne fait que reprendre le fond de l'intrigue pour en faire un film romantico-policier. Ce genre, finalement assez typique des 80s (Polanski va malheureusement marcher dedans avec Frantic) n'avait pas d'avenir, comme toute l'esthétique des années 80 qu'on essaie de nous refourguer aujourd'hui. Pourtant j'ai un petit faible pour ce film mineur. Jeff Bridges y est excellent, même si son rôle est trop propre comme tout ce qu'on lui demande à l'époque, entre la guimauve de John Carpenter (Starman) et l'insignifiant dernier film de Hal Ashby (8 millions Ways to Die) dont le potentiel noir a été laminé en cours de production. Et Rachel Ward est sublime. John Woods est très bon aussi, comme toujours, mais son rôle est trop limité par rapport à la menace sournoise incarnée par Kirk Douglas dans l'original.

Bref on peut voir ces deux films indépendamment, sans se douter d'une vague filiation entre eux. Le premier est tout simplement excellent, l'autre peut faire passer un bon moment si on n'en attend rien de particulier. Quoique cet exemple ne soit pas très convaincant, il reste que la meilleure façon de concevoir un remake est de s'affranchir totalement du film original. Si le film original est un chef d'oeuvre on part perdant, mais contre toute attente on peut alors en sortir qqch d'intéressant et, paradoxalement, d'original.
So take a look at me now, cos there's just an empty space
And there's nothing left here to remind me,
just the memory of your face
Just take a look at me now, well there's just an empty space
And you coming back to me is against the odds and that's what I've got to face.

mercredi 9 septembre 2009

RIP! A Remix Manifesto

Le PDG de Sony Music France, et président du Snep, ferait bien de regarder le documentaire Rip, A Remix Manifesto avant de se ridiculiser par sa petite poussée d'urticaire.

Encore un peu et il va traiter les gens qui critiquent Hadopi de terroristes (c'est déjà le fond de la pensée unique qu'il partage avec ces potes bloqués du bulbe: pirates = pas de quartier). C'est sûr que c'est le genre d'argument à faire un beau débat démocratique.

UN PERE FOUETTARD A LA PETITE SEMAINE
Christophe Gnagnanère, tu as du temps à perdre à commenter les propos d'anonymes que tu présentes comme pas du tout crédibles. Tu dis que les opposants à Hadopi sont des délateurs parce qu'ils veulent publier la liste des députés qui ont voté pour la loi ? Parler de délation alors qu'il est tout à fait normal, pour commencer, de vouloir savoir à quelles discussions a pris part son député, puis comment il a voté, c'est de la malhonnêteté intellectuelle. T'as beau jeu de montrer ta gueule, tu ferais peut-être mieux d'essayer de dire des trucs mieux argumentés en te cachant sous un pseudo et de t'exposer seulement le jour où tu es sûr d'avoir tout compris.

De toute façon, inutile de discuter avec des gens qui sont techniquement (et intellectuellement) incapables d'avoir le moindre recul sur leur secteur et l'évolution du monde. S'ils avaient la capacité de comprendre, l'ouverture d'esprit, s'ils n'étaient pas aveuglés par la colère face à ce qui menace leur haute opinion d'eux-mêmes, ils iraient de l'avant et investiraient leur énergie, leur temps et leur salive dans un business innovant. Ils ne resteraient pas raides dans leurs bottes à défendre leurs châteaux de sable menacés par le réchauffement climatique.

lundi 24 août 2009

Speedciné

Depuis un an environ j'entends parler de gens qui regardent des films (des épisodes de leur série préféré pour commencer) en streaming. Peut-être parce que je deviens vieux, je reste fidèle au bon vieux téléchargement qui me permet de regarder le film quand je veux une fois qu'il est sur mon dur. Au passage il m'est arrivé de télécharger certains films (700 Mo) en moins d'une demi-heure... pas sûr que le streaming permette le même confort de visionnage.

Le gros argument du streaming c'est qu'il n'y a rien d'illégal pour l'internaute. Personnellement je trouve ça très petit comme justification, c'est vraiment de l'hypocrisie. Quand je télécharge un film je n'ai pas honte et je n'essaie pas de me mentir sur le caractère légal du truc. Je ne le fais pas non plus par esprit revendicatif, mais simplement comme un consommateur lambda abreuvé de pub pendant des années qui se retrouve avec un service "instant gratification" plus performant que tout ce qui existe sur le marché officiel.

Si demain tout le monde se met à laisser les clés sur sa voiture et que les gens n'abusent pas du système, je peux donc, en cas de besoin, conduire dans une voiture "volée" (en tout cas sans avoir les papiers en règle) en bas de chez moi, ce qui m'évite par exemple d'en acheter une ou de prendre un taxi. Surtout, dans la mesure où une voiture est dispo en bas de chez moi, le service défie toute concurrence.

Le haut-débit + les rythmes de consommation frénétiques, la génération kleenex, tout ça contribue à bousculer les éditeurs de contenus trop longtemps habitués à tenir fermement les vannes de leur catalogue.

Fondamentalement est-ce que le streaming change quelque chose ? Oui s'il tend à montrer le gaspillage d'énergie de courir après des voleurs à l'étalage par rapport à la lutte contre le terrorisme par exemple.

Comme le démontre Chris Anderson dans son dernier livre, il faut bien comprendre que l'économie de l'internet suppose d'accepter d'offrir du contenu gratuit pour toucher un maximum de personnes, parmi lesquelles une minorité paiera pour avoir du contenu premium, c'est à dire dans le cas d'un film, de le voir dans des conditions meilleures que sur un écran d'ordinateur et en dépendant du débit des données en mémoire tampon et de la qualité de l'encodage pirate.
C'est évidemment contre-intuitif pour tous les vieux cons comme moi qui sont nés bien avant qu'internet n'explose, mais c'est comme ça, il faut savoir écouter, comprendre et s'adapter.

Pour l'instant, l'avenir du streaming parait lié au développement des offres de VOD. Speedciné est un site portail tout ce qu'il y a de plus légal, mais à la base il propose le même service que n'importe quel répertoire de torrents. La garantie de qualité (c'est le minimum) du fournisseur en plus.
Petit détail supplémentaire auquel je tiens, il met en avant une catégorie de films gratuits (en fait, tombés dans le domaine public la plupart du temps) comme le font publicdomaintorrents.com ou archive.org de manière nettement plus underground. Le gratuit est donc encore une fois présent et c'est lui qui crédibilise un service dès le départ, et sur le long terme.

mercredi 8 juillet 2009

Exces de vitesse sur internet

Au cinema on ne fait des suites que quand un film a cartonne. Hadopi a en effet bien cartonne, dans le sens d'un beau carambolage legisatif, et c'est peut-etre pour ca qu'Hadopi2 fait la concession de mettre la justice dans la boucle, mais au niveau d'une procedure sur ordonnance genre exces de vitesse constate = coupable presume.

Plutot que de suivre connement les atermoiments de notre omnispresident, le monomaniaque du refoulement profond pour le citoyen inconnu et de la legion d'honneur pour ses courtisans, mettons un peu de perspective.
Samedi on annoncait la mort (dans l'indifference generale de la presse franchouille) d'Allen Klein. Celui-ci fut un manager impitoyable autant pour ses clients comme les Stones, les Beatles, que pour son propre compte. Son approche pour seduire ses clients ? Comptable New-Yorkais, il aura ete le premier a voir combien les maisons de disques exploitaient leurs artistes, a l'exposer et donc a obtenir des contrats bien plus juteux pour ses clients, quitte a se servir un peu trop au passage. Ces contrats juteux d'alors sont aujourd'hui la norme puisque il s'agissait, avant meme la negociation des conditions financieres, de bien attribuer leurs droits aux artistes. Avant Allen Klein, les royalties n'etaient qu'une obole conditionnelle accordees aux auteurs... Les rapaces de l'edition profitaient d'un fait : s'il y a bien une categorie professionnelles qui ne pense pas a sa retraite, c'est les artistes.

Alors aujourd'hui on vient defendre les maisons de disques, ces grands mecenes de la cuture ? Il faudrait remettre les choses en perspective une bonne fois pour toutes, et considerer l'evolution du secteur sur le long terme. Oui,forcement ca depasse la majorite des hommes politiques qui vivent a la -courte- echelle d'un mandat, d'une echeance electorale. Malheureusement les plus ambitieux vivent concretemenet leur posterite sans depasser le stade du poster.

mardi 7 juillet 2009

The Fog of War

Étrangement hier soir j'ai eu envie de revoir le puissant documentaire d'Errol Morris. Le début au moins, avec une courte scène de McNamarra dans son élément au coeur des 60s, qui enchaîne avec une générique qui pose on ne peut mieux le sujet, et l'émotion grace a la composition magnifique de Philip Glass.
Le lendemain j'apprends la mort de McNamara. La question que tout le monde me posait, apres que j'ai offert moultes fois le film en DVD (alors qu'au départ je l'avais téléchargé... f*ck Hadopi), tenait au jugement à porter sur cet homme qui essaie de s'amender en exposant toutes ses erreurs qui ont causé tant de morts civiles et militaires.
Bizarrement je ne me suis jamais pose la question de juger le personnage, peut-être trop subjugue par la puissance du documentaire dans son intégralité, pas juste comme un documentaire sur McNamara. C'était peut-être aussi son but de généraliser a partir de son expérience pour oter la pression de ses erreurs.

Si réponse il doit y avoir sur McNamara, celle-ci me parait la plus simple :
It's true, he was much more than a number cruncher. He was a sentimental, emotional man, tortured in some ways. But more than anything, he was a man who wanted to, needed to, be in control. And he could not be that man—no one can.
from
Newsweek

mercredi 6 mai 2009

138

Voilà de quoi mettre du baume au coeur : alors qu'après toutes les manigances en coulisses pour saboter le côté contraignant (pour Hadopi) de l'amendement 138, plus personne ne croyait aux chances de revoir le Bono/Cohn-Bendit, hé bien pourtant c'est fait !
La réaction de Guy Bono n'a pas tardé à nous parvenir :" C'est une nouvelle claque pour Sarkozy et le gouvernement français. Le Parlement a dit non à Sarkozy autant sur le fond que sur la forme. Les eurodéputés ont dit non à la riposte graduée et non aux pressions inadmissibles exercée par la France sur le premier organe démocratique du continent européen. "
J'ai toujours pensé que Sarkozy serait, au bout du compte, victime de son gros défaut de vouloir imposer sa volonté coûte que coûte.

mardi 28 avril 2009

William Morris + Endeavor = Will MorE?

Article pas très intéressant en soit (simple juxtaposition de déclarations à chaud sans travail de mise en perspective) mais qui illustre les changements que vont subir les professions intermédiaires des médias.
Mr. Emanuel, whose brother Rahm is the White House chief of staff, told agents who flocked to his office that the weak economy was a major impetus to consolidation.
Entre deux répétitions de détails sans importance sur la nouvelle organisation des 2 "majors" de la représentation de talents William Morris + Endeavor, il est vaguement évoqué l'opportunité de "rationaliser" en période de crise. Par la bouche du charismatique frère de celui qui joue le rôle du "méchant" à la Maison blanche, ça passe mieux.
For years, virtually every significant Hollywood agency has explored possible mergers with competitors as companies looked for growth and new horizons at a time when core movie and television businesses have been constrained by digital inroads and cost cutbacks.
A l'heure où les banquiers recommencent à se sucrer, grâce à l'argent des contribuables, la "crise" pousse un peu les agents artistiques à prendre en compte les mutations plus profondes de l'économie numérique, et notamment le fait que les intermédiaires vont devoir travailler beaucoup plus pour justifier leurs 10% de commission sur tout ce qui bouge.
Ou alors, les agences rationalisées vont se concentrer sur les gros coups, laissant la place à un nouveau marché pour des "offres" alternatives. Ce serait pas mal aussi.

lundi 27 avril 2009

Epuration ou réconciliation numérique ?

Aujourd'hui, très belle réponse du berger aux mégères malaprises qui s'énervaient la semaine dernière contre le vote du PS pour repousser Hadopi (voir post du 22/4).

La réponse est complète, argumentée sans passion contrairement à ces pauvres cinéastes déconnectés qui prennent encore leur position dans la société au sérieux.
La loi censée défendre l’exception culturelle devient une « loi d’exception » en Europe. Dès lors, en refusant le fait du prince, comme nombre de députés de la majorité, nous ne comprenons pas en quoi nous devrions demander pardon aux artistes qui nous ont toujours trouvés à leurs côtés dans l’action gouvernementale comme dans nos politiques locales. Nous voudrions juste que ceux qui nous interpellent prennent conscience que voter une loi est un acte plus grave que de signer une pétition. C’est un engagement au service de l’intérêt général dont on doit répondre la tête haute, sans raser les murs.

Lorsque la loi est mal foutue et qu’elle ne règle rien, il vaut mieux que la main du législateur tremble et qu’elle refuse de céder à la politique de « l’Hadopire ». On nous rétorque qu’il n’y a pas d’alternative. On refuse même de débattre de notre proposition de « contribution créative » au prétexte qu’elle ne serait pas à la hauteur des enjeux financiers du téléchargement. De qui se moque-t-on  ? La redevance de deux ou trois euros mensuels que nous proposons couplée à la réorientation de la taxe sur les FAI générera près d’un milliard d’euros pour rémunérer chaque année les droits d’auteurs, quand Hadopi ne leur rapportera pas un centime. Elle est aussi l’occasion de forcer un dialogue, sans haine, sans anathème, auquel se refusent aujourd’hui l’Etat et les majors, sur les coûts de fabrication et de diffusion des produits culturels.

Forcer le dialogue, rentrer dans le détail de la ventilation des bénéfices créés par les produits culturels, voilà ce que les puissants intermédiaires de la Culture veulent éviter à tout prix. L'apport des labels d'une Major, d'un conglomérat de production/distribution/exploitation dans le cinéma, d'une société d'auteurs... serait ridiculisé une fois mis à nu au beau milieu de l'économie numérique. Du moins dans l'état actuel de la volonté de ces brontosaures de la Culture de s'adapter.
Qu'ils meurent avec leur trésor de guerre et les souvenirs de leur rente de situation. Personne ne viendra les pleurer, ni les artistes, ni même leurs anciens actionnaires qui comprendront vite aussi où se nichent les gisements de croissance de l'économie.

mercredi 22 avril 2009

Les vieux de la veille

15j après la bataille, JJ Annaud, Philippe Lioret, Bertrand Tavernier, Danièle Thompson... publient une tribune dans Libé, pour dire quoi ? Qu'ils ne sont vraiment pas contents du vote des socialistes contre Hadopi. Ils se sentent même un peu incompris, les pauvres, eux qui croyaient que leur oeuvre avaient une dimension sociale.

C'est à dire qu'ils débarquent un peu. Le PS est à la rue depuis un sacré bout de temps, mais globalement ce n'est pas notre problème si on doit encore parler d'Hadopi. La compagnie des vieux cinéastes arrivés reproche aux députés de l'opposition de ne rien faire de constructif ? Mais alors eux aussi ils feraient mieux de proposer qqch au lieu de piquer une colère contre ce vote de détail contre Hadopi.
Et après ils s'étonnent qu'on les traite de bétail, de veaux qui suivent le lobbying de ces intermédiaires de la production qui vont mourir demain, sans qu'Hadopi n'y change rien ? Et c'est les mêmes qui mettront sans discuter leur nom sur une pétition qui parle un peu de droits de l'homme ?

Comme les hommes politiques qui soutiennent cette loi ils sont déconnectés du monde réel, ça fait trop longtemps qu'ils n'ont pas eu de fin de mois difficile. En revanche la création, l'économie de la création, la nouvelle économie/révolution numérique (cette expression date de 10 ans les gars, faut se réveiller, ça ne vient pas de commencer), les nouveaux modes de consommation, un nouveau pricing pour la nouvelle chaîne de distribution/diffusion... tout ça ils connaissent super bien, c'est des spécialistes. De sacrées têtes pour tout dire, il faudrait vraiment réfléchir à leur attribuer un Prix Nobel de l'économie, de la Paix et en créer un aussi pour le Cinéma qui porterait leur nom.

lundi 20 avril 2009

La gratuité en question

Chris Anderson, le rédacteur en chef de Wired, auteur il y a 4 ans de The Long Tail (La Longue Traîne), est donc quelqu'un qui connait un peu mieux internet que la majorité des élus qui travaillent, parfois, à le réguler (le discours du vieux sénateur républicain corrompu de l'Alaska - belle carte de visite - Internet is a series of Tubes fait encore rire 3 ans après).

Chris Anderson travaille depuis 2 ans (au moins) à son prochain livre, qui sortira en juillet, sur le phénomène de la gratuité et internet : Free: The Future of a Radical Price.

Il publiait déjà un avant goût de son travail l'an dernier, et j'ai l'impression que ceux qui étaient capables de l'entendre et de réagir à son approche n'ont pas été très enthousiasmés par la perspective d'un débat (synthèse en français ici). Il faut dire que même parmi les plus virulents détracteurs d'épiphénomènes coûteux comme Hadopi, le plus difficile à argumenter est la solution au problème du téléchargement gratuit. Parce qu'intuitivement, avec nos schémas de pensée hérités de la vieille économie, tous ces fichiers téléchargés gratuitement doivent bien correspondre quelque part à un problème, un déficit de ventes. Hé bien non justement. D'un côté il y a des adolescents qui téléchargent massivement, par ennui, par émulation..., mais leur pouvoir d'achat est de toute façon limité alors autant qu'ils participent au buzz gratuitement. De l'autre il y a les adultes qui téléchargent, mais ont, eux, plus souvent l'occasion d'acheter. Ils ne sont pas dans la situation frustrante de l'ado qui découvre tout en vrac et se noie dans la profusion incontrôlée. Les adultes ont une carte de crédit et ne sont qu'à un clic de faire un achat impulsif de tel disque ou de tel film. Sans compter que les produits dérivés non-numériques (livres, gadgets, déco...) n'ont aucune raison de marcher moins bien, au contraire.
Scenario 1: Low-cost digital distribution will make the summer blockbuster free. Theaters will make their money from concessions — and by selling the premium moviegoing experience at a high price.
Ce que nous dit Chris Anderson, en bref, c'est qu'il faut inclure la gratuité dans la manière de penser son marketing. Il a l'air en avance si j'en crois la manière dont le débat est soigneusement évité sur la place publique. Tant mieux, ça veut dire qu'on peut encore être en avance là-dessus (avis aux entrepreneurs qui voient loin) mais aussi que certains vont louper la dernière chance qui leur est offerte de prendre en marche le train de l'économie numérique (adieu veaux, vaches à lait, Sacem et compagnies craignos).

mardi 7 avril 2009

La parole est à la défonce

Dernier mot cette fois promis, et je laisse la loi Hadopi avorter dans son coin.

    2. Refusez systématiquement les Recommandés adressés à l'adresse précise qu'utilise votre FAI (conseillé précédemment par Maitre Eolas). Vous conviendrez que les recommandés sont très rarement des chèques de généreux donateurs. Si vous attendez quand même des RAR importants, ajoutez une ligne dans l'adresse de votre compte Internet (un truc anodin genre "boite n°512a") qui vous permettra d'identifier à coup sûr le farceur qui vous envoie une missive avec force formalités. Deux raisons à ça :
  • le facteur ne sera pas forcément coopératif pour vous indiquer l'expéditeur (surtout s'il vient de se taper 4 étages à pied pour avoir votre signature)
  • si vous n'êtes pas là (ou que le facteur n'a pas voulu risquer de se taper 4 étages pour rien) l'avis de passage ne mentionnera pas l'expéditeur et j'imagine que vous ne voudrez pas faire la queue 1/2h un samedi matin à votre bureau de poste juste pour avoir confirmation que vous êtes dans la base de publipostage des nouveaux emplois vieux créés par Crétine Albanel.

    Pas de bras, pas de chocolat ; pas de preuve légale d'un avertissement, pas de risque de sanction. Et qui c'est qui aura gaspillé l'argent des contribuables en touchant des sous de la Sacem et compagnie ?


Bon je vous laisse, j'ai des téléchargements en retard. Tout ce débat face à des industriels de mauvaise foi et des politiques commis d'office m'a donné une de ces soif de culture gratuite... Comme une envie de commettre un crime gratuit.